POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

TélécommunicatioNS

Les grillons, les zones blanches et le Luxembourg



258159.jpg

Se déconnecter en vacances, une tendance? Pas sûr. À l’heure de la communication exacerbée, trouver du réseau passe souvent avant trouver de l’eau potable. (Photo: Shutterstock)

Dans quel pays est-on assuré de trouver du réseau en vacances? Comme Checkmynet au Luxembourg, les Lyonnais de nPerf ont construit une application et un site en mode collaboratif. Quand la 4G décide de votre lieu de vacances...

Plus les grillons se frottent les ailes (leur bruit caractéristique), moins le touriste a de réseau. Habitué à se connecter partout et facilement, le touriste luxembourgeois dans le sud de la France, en Grèce ou au Portugal s’en rend encore plus vite compte que les autres: car officiellement, au Luxembourg, il n’y a pas de zone blanche, à la différence de l’Allemagne ou de la France.

C’est le directeur de l’Institut luxembourgeois de régulation, Luc Tapella , qui s’en félicitait, en septembre dernier. Son équipe nuançait le bon classement du Luxembourg dans le DESI, l’index européen sur l’économie digitale et la société .

Relief, forêts du nord, diminution de couverture décidée par les opérateurs pour augmenter leur couverture ou proximité des frontières qui compliquent la donne, du bout des dents, l’ILR admettait que la situation était parfois moins idyllique que le disent les chiffres officiels.

Lors de la conférence de presse donnée par l’ILR il y a près d’un an, le chargé de direction au service des communications du gouvernement, Pierre Goerens, soulignait qu’il était compliqué de vérifier les données des opérateurs.

L’application « Checkmynet » devait y aider, mais après un pic de vérification de la 4G à son lancement (4.521 mesures en avril 2018), les consommateurs ne sont plus que 1.300 en moyenne mensuelle sur un an, à alimenter en données (et à profiter de) ce service de l’ILR.

Sur cette base, la carte luxembourgeoise de la qualité de la 4G est assez nuancée, le vert représentant les endroits où le meilleur débit a été mesuré et le rouge les endroits les plus problématiques.

3 millions de données en six mois

Chez nPerf, c’est l’inverse. La société lyonnaise est une sorte de Waze de la qualité de la connexion. Elle collecte les contrôles effectués par les utilisateurs eux-mêmes depuis 2014, le rouge y représente les endroits avec un bon accès au réseau et le gris... les zones blanches.

258146.png

Le rouge indique les zones de couverture de la 4G+ et l’orange de la 4G.  (Photo: Capture d'écran / nPerf)

La seule différence est que la carte des Français s’appuie sur près de trois millions de données depuis le 1er février.

La Cour des comptes critique

En fin d’année, la Cour des comptes européenne avait rendu un avis assez négatif. Le plan auquel l’Union européenne a consacré 15 milliards d’euros entre 2014 et 2020 pour fournir jusqu’à 30 mégabits par seconde à tous les Européens d’ici 2013, puis supérieur à 30Mbps d’ici 2020 et qu’un Européen sur deux ait un abonnement à ultra-haut débit (+100Mbps), ne sera pas atteint.

«Les zones rurales, où le secteur privé est moins incité à investir dans la fourniture du haut débit, restent moins bien connectées que les villes, et la pénétration sur le marché du haut débit ultra-rapide est nettement inférieure aux objectifs», dit le rapport . Le premier objectif est atteint. Mais, fin 2017, seuls 50% des Européens avaient plus de 30Mbps, sauf dans 14 États membres, et seuls 15% des ménages avaient un abonnement à ultra-haut débit.

L’intérêt pour nPerf est précisément de permettre de vérifier la connectivité partout dans le monde à partir des vérifications effectuées par des utilisateurs.

Zones blanches: Français et Belges se fâchent

En début d’année, le gouvernement français avait lancé un vaste plan de lutte contre les zones blanches . Trois milliards d’euros déboursés par les opérateurs, dans le contexte du renouvellement de leurs fréquences, pour 5.000 nouvelles stations par opérateur en trois ans.

Où en est-on? Difficile à dire. L’opération qui devait se faire en toute transparence devient très vite obscure pour le citoyen lambda.

Sur le site monreseaumobile.fr , lieu de la transparence, une seule carte n’est pas disponible à un public non averti: celle de la qualité mesurée du réseau sur les lieux de vie... En zone rurale, le débit descendant ne dépasse pas les 17Mbps et le débit montant 5Mbps.

Seule certitude, le 12 juillet, le gouvernement a publié la liste des sites qui devront être couverts avant la fin de l’année. 

Fin mai, la Wallonie a mis fin à ses dernières zones blanches , au terme de négociations au forceps entre les autorités et les trois opérateurs, qui ont dû investir 60 millions d’euros.

Dans un contexte de circulation des données et de projets transfrontaliers, sur l’intelligence artificielle avec le Grand Est français et sur la voiture autonome avec l’Allemagne et la France, la question de la couverture à un très bon niveau est centrale.

Il ne s’agit plus, au son des grillons, de publier des photos au bord d’une plage sublime sur son compte Instagram.