Yves Le Traon (à gauche), directeur du SnT à l’Université du Luxembourg, en compagnie d’Anthony Cirot, VP Google Cloud Emea sud.    (Photo: Maison Moderne)

Yves Le Traon (à gauche), directeur du SnT à l’Université du Luxembourg, en compagnie d’Anthony Cirot, VP Google Cloud Emea sud.    (Photo: Maison Moderne)

Le lancement du cloud souverain entre Proximus-LuxConnect et Google a donné à ce dernier le sentiment que le Luxembourg avait davantage envie de travailler avec lui. Message reçu: Google ouvre aujourd’hui un bureau au Luxembourg, monte un partenariat de formation avec l’Université du Luxembourg et met 500.000 dollars de crédits dans ses formations. Interview avec son vice-président EMEA Sud Google Cloud, Anthony Cirot.

Aujourd’hui, vous avez deux grandes annonces?

Anthony Cirot. – «La première, c’est que nous ouvrons un bureau avec des équipes Google, au Luxembourg. Un bureau ‘officiel’ Google, avec des équipes qui seront là pour s’occuper des clients, qu’ils soient privés ou du secteur public, mais aussi animer l’écosystème autour des sujets qui nous sont chers: la gestion des données et l’application des modèles d’intelligence artificielle sur ces données.

La seconde est l’ouverture d’un centre d’excellence dédié à l’intelligence artificielle et à la cybersécurité, en partenariat avec l’Université du Luxembourg. Cela permettra, de la même manière, d’animer l’écosystème, que ce soit des étudiants, des PME ou des grandes entreprises, pour bénéficier de compétences digitales sur ces deux sujets, dans le but de faire progresser le Luxembourg. Il y a une annonce dans l’annonce, puisqu’au niveau de la cybersécurité, via notre programme Google Dot Org, nous allons effectuer une dotation de 500.000 dollars qui va permettre à l’Université d’avoir accès à des contenus de cours, des trainings avancés sur la cybersécurité.

En termes de taille d’équipes, pourriez-vous nous dire ce que ça signifie pour l’emploi?

«Notre bureau comptera entre 10 et 100 personnes.

Pourquoi ces annonces ont lieu maintenant? Un changement de stratégie?

«Ça fait vraiment partie de notre stratégie d’expansion. Nous étudions toujours ces sujets avec l’affinité locale et l’envie de travailler avec nous. C’est un facteur déterminant. Depuis que nous avons annoncé, en 2023, le lancement de Clarence, le cloud souverain, joint-venture entre Proximus et LuxConnect, nous avons senti un appétit local, notamment du gouvernement, à l’époque de , alors Premier ministre. Un appétit de travailler avec Google. Nous nous sommes dit que nous devrions aller plus loin. Amenons l’expertise de Google pour déployer notre philosophie sur l’IA et la cybersécurité dans l’écosystème luxembourgeois.

Clarence est un projet pionnier en Europe, qu’il faut bien comprendre, puisque si Google «prête» ses technologies, il ne fait pas les mises à jour lui-même et il n’a aucun moyen d’accès aux données… Ce qui vous enlève un peu de ‘contrôle’ sur la chaîne de valeur autour du cloud, non?

«Nous ne sommes pas obsédés par le contrôle. Ce qui compte, c’est ce que les entreprises vont faire à partir de nos technologies. Cette offre de cloud déconnecté est pionnière dans l’utilisation de cette plateforme. L’objectif est de donner accès à nos services et Clarence va développer des applications, comme pour la CSSF et le CTIE. Les clients peuvent localiser les données. Un acteur local opère le système. Mais nous allons continuer à mettre à disposition les nouveautés technologiques, charge à Clarence de décider de les implémenter ou non. C’est totalement déconnecté. Entièrement opéré au Luxembourg.

Les entreprises ne peuvent pas attendre un ou deux ans. Les cycles d’un an pour sortir une application sont plutôt devenus des cycles de trois semaines-un mois.
Anthony Cirot 

Anthony Cirot vice-président EMEA Sud Google Cloud

Ne faisons pas de politique, mais l’arrivée au pouvoir de l’administration Trump vous met, peut-être, en situation délicate, puisque d’un côté elle vous demande des accès et, de l’autre, vous développez des produits de souveraineté ailleurs qu’aux États-Unis.

«Ce qui est intéressant, peu importe la politique, c’est qu’on a anticipé ces sujets de souveraineté bien avant 2023. Si vous prenez ma région, l’Europe du Sud et le Moyen-Orient, nous avons créé des partenariats sur les trois dernières années, dans la plupart des grands pays en Europe, dont le Luxembourg avec Clarence, avec Thales en France, Telecom Italia en Italie ou Inmarsat en Espagne.

Une sphère de clouds souverains parce qu’il y a une attente des clients. Sur les sujets de défense, c’est obligatoirement déconnecté, tout le monde le comprend. Mais on voit aussi que le secteur public ou des secteurs réglementés, comme la finance ou l’assurance, nous demandent aussi ce type de solutions pour faire face à leurs cadres réglementaires. C’est une réponse à une attente du marché.

Ce qui est aussi intéressant, c’est que les Européens se plaignent de la régulation, tandis que des entreprises comme la vôtre considèrent que ça fait partie de l’environnement et qu’il faut faire avec…

«Notre philosophie est de s’adapter à l’écosystème tel qu’il est. Et de se mettre en conformité avec les exigences des régulateurs. Nous anticipons. Nous essayons de trouver des schémas techniques les plus opérants possibles, d’où les discussions, y compris avec la Commission européenne ou la Banque centrale européenne. Il faut garder le sens du rythme. Les entreprises ne peuvent pas attendre un ou deux ans. Les cycles d’un an pour sortir une application sont plutôt devenus des cycles de trois semaines-un mois.

Google a une philosophie participative.
Anthony Cirot

Anthony Cirotvice-président EMEA Sud Google Cloud

En trois semaines, on veut avoir une application basée sur l’IA et qui tourne. Nous sommes entre les deux. Nous sommes un mouvement d’innovation très, très fort et des régulateurs qui font leur travail, et nous essayons de trouver des compromis. Mais il faut prendre de l’élan. Aujourd’hui, nous sommes prêts. Aujourd’hui, si on nous demande des applications d’intelligence artificielle souveraines, au Luxembourg, nous sommes capables de les délivrer aujourd’hui.

L’autre aspect, c’est la cybersécurité. Là encore, les déclarations du président américain invitent à penser que le Luxembourg, comme d’autres, va devoir dépenser plus pour la défense. Mais ne va pas forcément acheter des chars ou des avions de combat. Du coup, votre initiative peut-elle se lire comme un accompagnement de cette tendance?

«Complètement. Nous avons la chance et la malchance de vivre dans un monde d’attaques en permanence. Nous devons nous protéger nous-mêmes, en tant que fournisseur applicatif – je parle de Google –, notre surface d’attaque est très importante. Nous avons mis en place des procédures pour nous protéger. De ces procédures, nous avons fait des produits. Et ces produits, nous les mettons à disposition de l’écosystème. Une manière de se protéger – sachant que la forteresse ne marche plus depuis des années, quels que soient les firewalls ou ce que vous mettez en place – est d’avoir la capacité de gérer énormément de données, de corrélation de données, et donc il nous faut utiliser des technologies de big data et d’IA pour automatiser et comprendre ce qui se passe quand on est victime d’une attaque.

Il faut des ‘caméras’ à l’intérieur et à l’extérieur et si vous comprenez ce qui se passe, vous pouvez mettre des politiques en place. Il faut juste savoir qu’on est attaqué. C’est toute cette connaissance du monde de la cybersécurité que nous avons mise dans des cours, que nous allons venir délivrer en partenariat avec l’Université du Luxembourg. Google a une philosophie participative.

L’open source n’est pas qu’un vain mot chez nous. L’open training, c’est donner à la communauté. Et si vous vous dites qu’elles sont les mieux adaptées, tant mieux; si ce n’est pas le cas, vous aurez acquis des connaissances approfondies de ce qui se passe. Si on investit, c’est sûr, c’est qu’on attend un retour sur investissement. Ce qui parlera le plus, ce sont les partenariats qui se monteront au fur et à mesure. Y compris dans le monde des digital natives, les start-up. Aujourd’hui, nous incubons 20 à 25 start-up luxembourgeoises. Ce serait bien de faire sortir des licornes luxembourgeoises et de les accompagner dans la durée.»

(Un deuxième volet de cette interview menée en amont de l’événement de ce jeudi à la Philharmonie sera entièrement dédié au data center de Bissen. Il sera publié vendredi matin).