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Il y a urgence(s) pour l’Europe (1/5)

La gestion des fonds a un impact sur le climat



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Meris Sehovic: «Selon moi, la place financière luxembourgeoise a un impact bien plus grand sur le climat.» (Photo: Maison Moderne/Archives)

Pour le Luxembourg comme pour l’Europe, l’avenir sera vert ou ne sera pas. Dans le domaine de la gestion des fonds aussi, Meris Sehovic, tête de liste Déi Gréng, en est convaincu. Mieux même: selon lui, le climat doit être vu comme une réelle opportunité dans le domaine de la finance.

Meris Sehovic, co-tête de liste Déi Gréng avec l’eurodéputée sortante Tilly Metz , a toujours été surpris de ce constat: «On parle beaucoup du fameux tourisme à la pompe, de ses effets sur les finances, la mobilité et l’environnement. Mais selon moi, la place financière luxembourgeoise a un impact bien plus grand sur le climat.»

Il voit donc le Luxem­bourg dans l’obligation «de se réorienter vers un modèle de place financière verte. C’est possible. Le Luxem­bourg n’a-t-il pas été le premier pays à émettre un green bond?»

Un autre bon exemple est à chercher du côté de Luxflag, qui fait notamment la promotion de la finance durable. «On a gagné une grande bataille en ce début du mois d’avril avec l’adoption en première lecture au Parle­ment européen de la directive sur la taxonomie de la finance verte, c’est-à-dire un classement qui établit si une activité économique ou financière est durable ou pas, verte ou pas. C’était même assez inattendu, car il y a eu de nombreuses résistances auparavant. Avec Luxflag, on a élaboré en son temps un label qui excluait d’entrée tout ce qui avait trait au nucléaire et aux énergies polluantes. On voulait être au moins aussi bon que l’Europe, mais avant.»

Changement de paradigme

Dans le domaine des fonds, il ne fait nul doute à ses yeux que l’on est face à un changement total de paradigme.

«Désormais, on part du climat et on fait converger les flux financiers en ce sens. Les fonds étatiques ne peuvent plus investir dans le pétrole ou le charbon, ce ne serait plus toléré, mais bien dans les énergies renouvelables. Quand je dis que les choses sont totalement inversées, c’est parce que désormais, investir dans un fonds qui n’est pas vert est un investissement à risque.»

Le climat doit donc être vu comme une réelle opportunité dans le domaine de la finance également.

Meris Sehovic,  co-tête de liste Déi Gréng

Et le risque, les investisseurs, c’est bien connu, aiment autant l’éviter. «Le climat doit donc être vu comme une réelle opportunité dans le domaine de la finance également. Comment faire autrement puisque l’ensemble de la communauté internationale s’est engagé avec l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C? Il faut donc transformer le défi en opportunité. Les jeunes qui sont descendus dans les rues en Europe ont montré la voie.»  Meris Sehovic considère que la lutte pour le climat est en réalité une chance pour les pays et les entreprises.

«Et les maisons de gestion de fonds ont bien compris cela. Il suffit de voir les nouveaux produits qui sont proposés. Hubert Vedrine, ancien diplomate et ministre français, évoque fort justement ce qu’il appelle la ‘compétitivité écologique’. Je suis totalement en phase avec cela. Le monde appartiendra à ceux qui seront efficaces en ce sens, pas à ceux qui seront dépendants des énergies primaires.»