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Geox, du capital industriel au capital intellectuel



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Mario Moretti Polegato a lancé Geox dans un petit local loué à Trévise, en engageant cinq jeunes gens. (Photo: Nader Ghavami)

Mario Moretti Polegato a eu un jour l’idée de percer les semelles de ses chaussures pour plus de confort. Le concept protégé par un brevet, la marque Geox prenait son envol.

Une bonne idée peut venir n’importe quand, n’importe où, dans n’importe quelle situation. Mario Moretti Polegato (66 ans) en est la preuve. Né à Trévise, sa famille est incontournable dans le business du vin en Vénétie. Sa voie était donc toute tracée.

Jusqu’à ce qu’il se lance dans un jogging alors qu’il séjourne à Reno (États-Unis) pour un salon du vin. «Je souffrais de la chaleur mais, heureusement, j’avais un couteau dans la poche», explique-t-il à Paperjam, en marge d’une conférence donnée en mai à Luxembourg sur invitation de la Chambre de commerce italo- luxembourgeoise et de l’ambassade d’Italie. Dans le désert, il troue ses semelles et, du même coup, invente la chaussure ventilée. Geox est née.

Enfin, presque. «Avoir une bonne idée, c’est à la portée de tous», poursuit celui que Forbes place parmi les 350 plus grandes fortunes au monde. «Mais ensuite, il faut l’affiner et réussir son transfert dans le business.» Ce qu’il a fait. «J’ai déniché une membrane utilisée par la Nasa. Cela m’a permis de concevoir une semelle de chaussure qui respire, mais qui est aussi imperméable.»

Entraîner les autres dans son projet, c’est en réalité cela, le vrai succès.
Mario Moretti Polegato

Mario Moretti Polegato,  fondateur,  Geox

Mario Moretti Polegato fait breveter le concept et pense «pouvoir le vendre aux industriels». Mais cela n’intéresse aucun grand groupe spécialisé dans la chaussure de sport. «J’ai alors décidé de le faire moi-même. J’ai loué un petit local à Trévise et démarré avec cinq jeunes, comme Steve Jobs dans son garage», explique-t-il. Le succès sera rapide et exponentiel. Geox, ce sont maintenant plus de 1.000 magasins dans 100 pays, et 30.000 personnes employées.

Une idée a plus de valeur qu’une usine

Désormais, il parcourt le monde pour visiter ses magasins et donner des conférences sur la propriété intellectuelle. «Car c’est cela, la clé de tout. Voilà pourquoi je dis depuis des années qu’une idée a plus de valeur qu’une usine. Il est évident que la nature du capital va changer, passer d’un capital industriel à un capital intellectuel.

Il faut donc investir dans ce domaine.» Mais aussi innover, car «venir sur le marché avec un produit ‘normal’ n’a plus de sens!». Geox s’intéresse ainsi de près à la circulation de la chaleur dans le corps et a lancé une gamme de vêtements. «Et on a une F1 électrique en compétition.»

L’innovation a conduit Geox à déposer plus de 40 brevets, presque tous technologiques. Un formidable outil de défense contre la copie. Imitée, Geox n’est jamais égalée. «Copier une technologie que l’on ne maîtrise pas, ce n’est pas évident.»

Le succès est donc bien réel. Mais le travail n’est pas terminé. «Quel sera le monde demain? Je me pose tout le temps cette question. Il y aura des réponses à apporter.» Ce qu’il essayera de faire, avec ses équipes. «Car entraîner les autres dans son projet, c’est en réalité cela, le vrai succès.»