ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Le List en pointe sur les batteries

La gaufre que la Schueberfouer ne verra pas



Au lieu des gaufres traditionnelles, plates et sur lesquelles les géants du secteur font des gravures de plus en plus fines (voir photo), la gaufre en 3D sera pleine de petits trous remplis de matériaux afin de transmettre et stocker de l’énergie. (Photo: Shutterstock)

Au lieu des gaufres traditionnelles, plates et sur lesquelles les géants du secteur font des gravures de plus en plus fines (voir photo), la gaufre en 3D sera pleine de petits trous remplis de matériaux afin de transmettre et stocker de l’énergie. (Photo: Shutterstock)

Le List collabore avec la société américaine XNRGI sur une gaufre en 3D qui va révolutionner le monde des batteries. Ce projet prometteur, déjà très avancé, sape l’Alliance européenne sur les batteries, annoncée en 2017 par l’Union européenne et relancée par la France et l’Allemagne en mai.

Cette gaufre-là ne sera pas vendue à la Schueberfouer. Produite à base de silicium poreux, sa structure inédite en 3D va donner naissance à des batteries révolutionnaires: les produire coûtera près de deux fois moins cher, elles auront 70 fois plus de surface, les problèmes de surchauffe et d’incendie vont disparaître et la durée de vie de ces puces sera trois à cinq fois supérieure à celle d’une batterie lithium-ion.

Chaque disque de silicium de 30cm peut contenir jusqu’à 160 millions de pores microscopiques, comme autant de très petites batteries isolées les unes des autres, qui offrent ces avantages. C’est ce sur quoi travaille le Luxembourg Institute of Science and Technology (List) pour XNRGI, son partenaire depuis 2018 .

80 millions de dollars et 30 brevets

De quoi, par exemple, recharger sa voiture électrique à 90% en 15 minutes, et pour une autonomie de 1.200 kilomètres contre 400 aujourd’hui. C’est la société américaine qui le dit. 

Dopé aux financements publics – notamment des ministères américains de la Défense (US Marine) et de l’Énergie – et privés – Intel ou Motorola –, le partenaire du List a dépensé plus de 80 millions de dollars pour mettre au point ces technologies de pointe en 15 ans. La société dispose de 15 brevets, et 13 autres sont en cours d’examen.

«Nous prévoyons d’utiliser nos batteries dans des produits de mobilité tels que des motos, des scooters, des drones, des robots, etc., d’ici 2020», a déclaré son CEO, Chris D’Couto . «En ce qui concerne les véhicules électriques, ce sera probablement en 2022 ou 2023 pour un volume limité, puis en 2024 pour un volume élevé. C’est à peu près la norme pour l’industrie automobile, après leurs nombreux tests.»

La société américaine sera en mesure d’alimenter le marché avant que les Européens aient fini de se mettre d’accord.

Deux à trois milliards manquent déjà

Octobre 2017, l’Union européenne et la Banque européenne d’investissement lancent, avec les mêmes ambitions que les acteurs américains ou chinois, une Alliance européenne des batteries. «Selon certaines prévisions, à partir de 2025, l’Union européenne pourrait capter un marché de 250 milliards d’euros par an à partir de la production de 10 à 20 ‘gigafactories’»,  assure le premier document sur cette Alliance .

Si les Américains de XNRGI vont plus vite, c’est qu’ils utilisent des technologies qu’ils mélangent et s’appuient sur des structures de production déjà existantes.

Dans leur nouvelle version de l’Alliance européenne, début mai, les deux ministres français et allemand de l’Économie, Bruno Le Maire et Peter Altmaier, et le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic, évoquent un premier projet pilote en 2020 avec 200 emplois à la clé, puis deux usines en France et en Allemagne vers 2022-2023 avec 1.500 emplois chacune pour des «batteries liquides améliorées», sur la même technologie qu’aujourd’hui.

Puis, une quatrième génération vers 2025-2026.

À condition de boucler le financement, estimé à 5 ou 6 milliards d’euros. La France a indiqué vouloir y consacrer 700 millions d’euros sur cinq ans, l’Allemagne un milliard d’euros et la Commission européenne 1,2 milliard, soient «à peine» 3 milliards d’euros.

Cela fera déjà deux ans que le List et son partenaire inondent le marché .