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Le fitness, roi du CES à lAS Vegas

Le futur du «toutouyoutou»



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L’«Amazfit Home Studio» de Huami emmène le sportif amateur dans une expérience immersive inédite. La star du CES. (Photo: Huami)

Montres connectées, équipements de jogging et nouveaux tapis roulants qui transforment le sportif du dimanche en héros d’une course cycliste ou corrigent ses postures... le fitness 2.0, largement représenté au CES de Las Vegas, n’a plus rien à voir avec la mythique «Gym Tonic» des années 80.

Le sport est bon pour la santé: 34 ans après l’arrêt de «Gym Tonic», émission culte qui a réuni jusqu’à 12 millions de téléspectateurs en collants devant leur poste de télévision jusqu’en 1986, Véronique (De Villèle) et Davina (Delor) sont en parfaite condition physique.

La première continue de donner des cours, les «Silver Tonic», pour têtes grises qui auraient connu la première génération de ces shows télévisés de 30 à 45 minutes tous les dimanches. La seconde, devenue Gelek Drölkar, vit retirée depuis 2010 dans son centre monastique tibétain Chökhor Ling, qu’elle a fondé dans le Poitou.

Les deux icônes du bien-être, qui ont probablement joué un rôle dans l’activité régulière de ces 62 millions d’Européens qui s’entretiennent chaque semaine, ne reconnaîtraient probablement plus le paysage.

Un Européen sur 10 qui dépense 40 euros par mois

Fini le bricolage dans le vieil entrepôt de jeans, 66 rue Nicolo, à Paris, où elles enregistraient leurs émissions. Le fitness est un business à 27,2 milliards d’euros par an en Europe, qui emploie 750.000 personnes dans 61.984 clubs ou structures,  selon le rapport de Deloitte sur le sujet .

En 10 ans, le nombre d’Européens qui se préoccupent de leur(s) forme(s) a augmenté de 72%, mais ne représente jamais qu’un Européen sur 10, qui s’entraîne la plupart du temps dehors (40%), à la maison (36%), entre son domicile et son bureau (26%)… ou dans un centre de fitness (15%). Pour se muscler, perdre du poids ou lutter contre les excès, cet Européen dépense en moyenne 38,6 euros par mois en abonnement, et beaucoup plus en matériel.

Le chiffre est supérieur au montant moyen dépensé par les Américains et aiguise les appétits de fournisseurs de toutes sortes de solutions.

Immersion contre tapis manuel

La star du Consumer Electronics Show de Las Vegas est clairement l’«Amazfit Home Studio» de Huami, un tapis roulant associé à trois enceintes et un écran doté de caméra 3D ToF, qui emmène le sportif dans une autre dimension. Soit il peut entrer dans un des 1.000 cours proposés par Studio, le partenaire du leader mondial des objets connectés de sport (18 millions), soit un coach, réel ou virtuel, peut rectifier sa position de course ou l’encourager.

Avec la réalité virtuelle ou augmentée, le champ des possibles est immense dans le secteur. Ce tapis «new age» a même laissé sur place un autre produit similaire présenté à l’ouverture du plus gros salon du monde, mardi matin: le BodyEnergy Treadmill est entièrement propulsé à la force des bras et des jambes de celui qui l’utilise.

Un choix écologique? Non, même si le communiqué de la marque assure que «remplacer les tapis roulants électriques par les siens pourrait épargner beaucoup d’électricité».

Mais de sécurité, plutôt: 24.000 accidents se produisent sur des tapis roulants chaque année aux États-Unis, soit 40% des blessures liées à des machines de fitness. Cette première mondiale de BodyEnergy cache une autre considération: la plupart des 65 millions de seniors américains qui utilisent un tapis redoutent la motorisation et sa vitesse.

La tendance est identique avec d’autres appareils:  Ergatta a présenté un rameur connecté  qui favorisera lui aussi l’interaction, et Myx, un nouveau vélo d’appartement connecté, lui aussi.

Ces équipements génèrent des investissements de près de trois milliards d’euros par an en Europe, où les propriétaires des salles doivent continuer à renouveler leurs appareils face à une clientèle de plus en plus exigeante.

La course... à la donnée de santé

Mais courir sur un tapis et pédaler sur un vélo d’appartement restent globalement des expériences ennuyeuses à l’heure où l’on vit le nez collé à son smartphone…

Ce qui explique les efforts des géants des tech en direction de la réalité augmentée ou virtuelle – deux choses différentes – pour attirer de nouveaux clients. Apple et Facebook dépensent des milliards de dollars en recherche et développement pour réussir à présenter des lunettes légères d’ici trois à cinq ans.

Le nerf de la guerre. Ce qu’a très bien compris Samsung, par exemple, qui a montré sur scène ses lunettes du «Gait Enhancing and Motivation System» (Gems) – un simple prototype, assure la porte-parole –, qui permet à l’utilisateur de calibrer sa manière de réaliser ses exercices et de voir apparaître un coach virtuel en face de lui pour corriger ses mauvais gestes ou postures et l’encourager.

Il y a de nombreuses initiatives qui sont prises en ce sens, presque autant que de fournisseurs de montres connectées. Derrière le marché du fitness, il y a aussi la donnée de santé, la plus «bankable» de toutes les données.

Sans attendre ces développements, les New-Yorkais de Mirror ont à nouveau présenté leur miroir magique pour suivre les cours de fitness et mesurer l’efficacité de son activité sur son smartphone. Sauf que ça commence à ne plus être tout à fait nouveau, le produit ayant déjà été testé il y a plus d’un an…