POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Sondage Asti

Les frontaliers pragmatiques, mais attachés au Luxembourg



Si les frontaliers décident de venir travailler au Luxembourg pour des raisons matérielles, ils ont une vision positive du pays et, avec le temps, s’y attachent davantage, constate une enquête menée par l’Asti.

Les frontaliers qui viennent travailler au Luxembourg le font principalement pour des motifs matériels. Mais leur ressenti «par rapport au Luxembourg, s’il est sur certains aspects critique, est fondamentalement positif», soulignait ce mercredi le député Charles Margue (Déi Gréng), lors de la présentation d’un sondage réalisé par l’Asti en janvier dernier sur un échantillon de 500 travailleurs frontaliers en provenance de la France, de la Belgique et de l’Allemagne.

Après les volets sur  «la participation politique et sociale de tous les résidents» et «les défis de la cohésion sociale» , ce troisième et dernier volet d’une étude de l’Asti sur le «vivre-ensemble au Luxembourg» aborde le thème des frontaliers.

Un pays «multiculturel»

Si les frontaliers viennent donc très majoritairement au Luxembourg pour bénéficier d’un meilleur salaire et de perspectives d’emploi plus intéressantes, leur vision du pays est positive: les mots qui ressortent le plus pour le décrire sont «multiculturel» (22%), «riche» (19%) et «beau» (19%).

Et 88% de sondés reconnaissent de même «un certain attachement» au Luxembourg, contre 90% pour leur pays de résidence. Un sentiment d’attachement des frontaliers au Luxembourg qui s’accentuerait au fil du temps, selon l’Asti: «Les frontaliers plus anciens et plus âgés indiquent avoir davantage de contacts avec la société luxembourgeoise et se sentir plus liés au pays, car avec le temps, ils se sont fait des amis qui vivent au Luxembourg», estime l’Asti.

74% des sondés disent beaucoup apprécier les Luxembourgeois. Le terme qui les caractérise le mieux, selon les frontaliers interrogés, est «sympathique», bien qu’ils restent «distants».

Des contacts peu fréquents avec les Luxembourgeois

Ce qui peut s’expliquer par des contacts relativement rares avec les Luxembourgeois. «Rappelons que les Luxembourgeois travaillent surtout dans les administrations publiques et les secteurs protégés où la présence des frontaliers, excepté dans les secteurs de la santé et du social, est très minoritaire», explique l’Asti.

Un difficile statut de «privilégiés»

Les frontaliers interrogés sont 91% à aimer leur entreprise et leurs collègues, et 86% à se sentir bien au Luxembourg hors contexte de travail. Ils peuvent néanmoins souffrir de ce que certains peuvent considérer comme un statut de «privilégiés», «les résidents leur faisant comprendre qu’ils devraient se considérer heureux de pouvoir travailler dans ce pays compte tenu du niveau des salaires et des prestations sociales fournies», explique l’Asti. «Et les citoyens vivant dans le pays de résidence des frontaliers leur reprochant leur niveau de vie bien supérieur, ce qui fait grimper les prix – de l’immobilier en particulier – et l’animosité.»

Les frontaliers restent davantage attachés au suivi de l’actualité de leur pays de résidence et sont une minorité à suivre les médias luxembourgeois, bien qu’ils lisent en nombre des médias destinés aux frontaliers.

Des droits respectés

«Un dernier point à souligner», note Charles Margue: «84% des personnes interrogées sont d’avis que le Luxembourg traite correctement les travailleurs frontaliers au niveau de leurs droits. Au-delà des justes revendications d’égalité de traitement de tous les travailleurs, il n’est pas anodin de constater que nos voisins que nous accueillons au quotidien se sentent correctement traités. C’est un bon indicateur du vivre-ensemble.»

La crise actuelle, qui selon l’Asti a mis en exergue l’importance de l’apport des frontaliers au fonctionnement de la société luxembourgeoise, doit être l’occasion pour cette dernière de prendre conscience qu’il ne faut pas les considérer «comme seule force de travail»: «Nous pouvons aller de l’avant, non seulement si nous vivons et travaillons, mais aussi si nous décidons, tous ensemble», rappelle l’Asti.