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Stratégie

Fortuna vise plus haut avec un actionnaire de poids



Jerry Grbic explique que Fortuna a souvent été sollicitée avant de porter son choix sur Chenavari. (Photo: Patricia Pitsch/Maison Moderne)

Jerry Grbic explique que Fortuna a souvent été sollicitée avant de porter son choix sur Chenavari. (Photo: Patricia Pitsch/Maison Moderne)

La banque luxembourgeoise Fortuna se prépare à une reprise par le gestionnaire d’actifs britannique Chenavari Investment Managers. Son directeur général, Jerry Grbic, nous explique ce choix et pourquoi la banque coopérative avait besoin de changer de mains.

Pour l’année de ses 100 ans, la banque luxembourgeoise Fortuna s’offre un nouvel actionnaire. Malgré le confinement, elle a pu mener à bien des négociations avec le gestionnaire d’actifs britannique Chenavari Investment Managers pour une reprise de 100% des parts, aujourd’hui disséminées entre 400 coopérateurs.

L’institution du boulevard de la Pétrusse avait besoin d’un partenaire extérieur pour assurer son futur. «Le développement de la réglementation au niveau des acteurs financiers fait qu’il est de plus en plus difficile pour les acteurs de petite taille de survivre», explique Jerry Grbic, son directeur général.

Une première opération de rachat avait été tentée en octobre 2018 avec Bank of Beirut, mais les négociations ont été finalement abandonnées  au début de cette année. «La sphère financière libanaise connaît de gros problèmes de liquidités actuellement», explique le responsable de Fortuna. «Ce n’était plus une bonne option. Il y avait pourtant un potentiel à développer avec la diaspora libanaise très présente en Europe.»

Fortuna est une petite structure qui a développé une activité non risquée et compréhensible.
Jerry Grbic

Jerry Grbic,  directeur général,  Fortuna

Il explique aussi avoir été fortement sollicité au cours des dernières années par des acteurs cherchant à obtenir un pied-à-terre en Europe ou au Luxembourg. «Fortuna est une petite structure qui a développé une activité non risquée et compréhensible. Nous sommes donc une cible intéressante», admet monsieur Grbic.

Si la mayonnaise a pris avec Chenavari, c’est notamment parce que le gestionnaire d’actifs est spécialisé dans les fonds de dette et que l’essentiel de l’activité de Fortuna est dans l’octroi de crédits et la banque privée. Il y a donc des synergies à développer. Une première piste pourrait être dans l’octroi de crédits aux clients fortunés.

«Nos actionnaires ont aussi été rassurés par le côté entrepreneurial de Chenavari et par la garantie que notre banque pourra garder son nom, son indépendance et son centre de décision au Luxembourg», explique Jerry Grbic.

Une activité renforcée

La banque devrait aussi voir ses fonds propres augmenter – il est prévu de les doubler dans une première phase – et son activité renforcée en Grande Région, son territoire historique, voire étendue sur le territoire français.

«Notre nouvel actionnaire est conscient que, pour gagner de l’argent, il faut d’abord investir», poursuit le responsable de Fortuna. «Son objectif n’est pas de réduire les coûts. Il sait qu’il a racheté une activité non risquée, mais dans laquelle il faudra injecter des moyens. Nous allons notamment renforcer le pôle de gestionnaires de crédit.»

Actuellement, Fortuna emploie une trentaine de personnes et devrait en compter trois de plus à la rentrée de septembre. Quant à la passation des clés entre les actionnaires actuels – tous luxembourgeois – et le britannique Chenavari, elle devrait se faire entre fin 2020 et début 2021, sous réserve de l’accord de la CSSF et de la Banque centrale européenne.