PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

CARTE BLANCHE

«Les fonds, vecteurs de relance pour l’économie»


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L’industrie des fonds s’illustre actuellement par sa résilience au Covid et à une année 2020 littéralement chaotique. Les caractéristiques du secteur devraient en faire un outil stratégique au service du redressement de l’économie et de son développement futur.

La récente publication du rapport annuel du cabinet Bain sur le private equity témoigne de l’exceptionnelle résilience du secteur à la crise [1] :

Malgré une baisse globale de 24% du nombre de transactions au cours de l’année (environ 3.100, contre 4.100 en 2019), la valeur des transactions a permis à l’industrie de générer 592 milliards de dollars de transactions de rachat (dont 410 milliards sur Q3 et Q4), soit 8% de plus qu’en 2019.

Au Luxembourg, les actifs nets dans les fonds d’investissement ont franchi, fin janvier, la barre symbolique des 5000 milliards d’euros  [2] , soit une hausse de 5,44% sur un an.

Globalement, la croissance n’a pas été portée par le nombre des transactions, mais par leur taille: des transactions plus importantes qui reflètent la concentration continue de l’industrie et le maintien à des niveaux très élevés des prix des actifs. Les multiples de rachat sont en moyenne de 11,4 fois l’EBITDA aux États-Unis, 12,6 fois en Europe.

Cette tendance est portée par un marché inondé de capitaux et où les opportunités se raréfient: en 2020, le capital accumulé par les fonds d’investissement, le dry powder, a franchi un nouveau record à 2.900 milliards de dollars, en hausse de 11,5%.

Cette masse à déployer, bien antérieure à la crise, est aussi une des raisons à l’origine de la reprise. Aux premiers signaux de confiance, allumés tant par l’intervention des banques centrales que par l’arrivée des premiers vaccins, l’attention des gestionnaires d’actifs, jusque-là accaparés par le suivi des plans de crise, s’est réorientée vers la conclusion de transactions.

Signe de ce retour soudain à la croissance, après 2008, il a fallu près de sept ans pour que le S&P 500 retrouve son niveau d’avant crise. En 2020, 150 jours ont suffi.

Du reste, le rebond de l’industrie ne devrait pas surprendre: l’une des forces du secteur est sa capacité à prospérer pendant les périodes difficiles, comme en témoignent les rendements des millésimes qui ont suivi les ralentissements de 2002 et 2009 (TRI moyens de l’ordre de 17% à 21%).

Bien sûr, la crise est toujours là, et son impact sur l’économie réelle extrêmement difficile à prévoir. Combien de temps la politique monétaire du «quoi qu’il en coûte» pourra-t-elle être maintenue, quels secteurs se révèleront affectés de façon structurelle, quels autres porteurs d’opportunités? Autant de questions, in fine, que se pose tout gestionnaire d’actifs au quotidien.

Tantôt désigné comme co-responsable de la crise de 2008, et depuis sous le feu d’un nombre croissant de régulations dont l’effectivité peut laisser perplexe  [3] , le private equity pourrait s’avérer un levier de première importance pour les gouvernements.

Espérons, à l’échelle globale, que les politiques de mobilisation de l’épargne accumulée pendant la pandémie  [4] feront preuve d’audace, et qu’une saine confiance sera accordée aux gestionnaires pour participer au redressement de l’économie. Après tout, 2020 nous aura démontré que le Covid est terriblement contagieux, mais moins que l’optimisme et l’esprit d’entreprise.

[1] Bain & Company – Global Private Equity Report 2021. https://www.bain.com/globalassets/noindex/2021/bain_report_2021-global-private-equity-report.pdf

[2] https://www.cssf.lu/fr/2021/03/situation-globale-des-organismes-de-placement-collectif-a-la-fin-du-mois-de-janvier-2021/

[3] On pensera au reporting requis par PRIIPS, ou encore aux récentes mesures SFDR. 

[4] La totalité de l’épargne française estimée sur 2020 et 2021 est bien supérieure au montant du plan de relance . https://www.lefigaro.fr/finances-perso/les-francais-ont-massivement-epargne-en-2020-20201226#:~:text=note%20Le%20Parisien%20.-,Selon%20les%20derni%C3%A8res%20estimations%20de%20la%20Banque%20de%20France%2C%20la,de%20130%20milliards%20d’euros