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Opinion

Les fonds investissent-ils assez dans les fintech?



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Ross Thomson, managing director chez FundRock Luxembourg, et Émilie Allaert, head of operations and projects chez Lhoft Foundation. (Photo: Maison Moderne)

C’est la question que Paperjam a posée à Émilie Allaert, head of operations and projects chez Lhoft Foundation, et Ross Thomson, managing director chez FundRock Luxembourg.

«La situation est favorable», selon Émilie Allaert, head of operations and projects chez Lhoft Foundation

Deuxième centre de fonds d’investissement au monde après les États-Unis, le Luxembourg joue depuis longtemps un rôle central dans l’ouverture des marchés à la distribution internationale de fonds et se positionne clairement comme un précurseur de la mise en œuvre de la réglementation européenne des fonds.

Aujourd’hui, si le Grand-Duché veut garder sa position de leader, l’ouverture vers le digital et l’investissement dans les fintech est une nécessité. Cependant, il y a différentes façons de considérer l’investissement: cela peut être un investissement financier ou bien un investissement en temps et en ressources afin de collaborer avec les fintech.

En effet, la réglementation pour les fonds d’investissement est de plus en plus importante aujourd’hui avec ce que l’on appelle le «Regulatory Tsunami». Cela a un coût énorme et touche toutes les fonctions de l’asset management: du custodian aux transfer agents, aux ManCo. Ce travail lié aux réglementations reste encore manuel à l’heure actuelle et les contingences sont telles que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.

La technologie blockchain est particulièrement intéressante si elle est appliquée sur la chaîne du fonds de A à Z.

Émilie Allaert,  head of operations and projects,  Lhoft Foundation

C’est pourquoi les solutions fundtech, spécialisées dans la compliance, sont des alliés précieux aujourd’hui pour les fonds d’investissement, car elles peuvent permettre d’expliquer aux clients pourquoi il y a des défauts dans leurs politiques d’investissements, quelles sont les mesures à prendre, et rétablir la situation au plus vite afin d’éviter les mesures répressives du superviseur (amende, ou autre).

En tant que co-chairman du working group Blockchain & Digital Assets de l’Alfi, je vois plusieurs projets qui utilisent la technologie blockchain pour les fonds d’investissement et dont les perspectives sont prometteuses: que ce soit la plate-forme Iznes ou le projet FundsDLT (collaboration entre Fundsquare, InTech et KPMG Luxembourg).

La technologie blockchain est particulièrement intéressante si elle est appliquée sur la chaîne du fonds de A à Z. Aujourd’hui, l’administration du fonds fonctionne en silo, chaque strate a son système, chaque strate a son information, qui est souvent dupliquée. Or, avec la technologie blockchain, on pourrait avoir l’information en un seul endroit, immuable, qui est transmise sur toute la chaîne de valeur du fonds sans être modifiée, garantissant la traçabilité du fonds et de ses actifs.

L’industrie des fonds met des moyens dans les solutions fintech et développe des projets, mais il y a peu ou pas de communication dessus.

Émilie Allaert,  head of operations and projects,  Lhoft Foundation

En définitive, il ne faut pas seulement voir les solutions regtech ou fundtech comme un moyen de remédiation pour les fonds d’investissement, mais aussi un moyen d’obtenir de nouvelles opportunités, de développer de nouveaux services, et donc potentiellement de nouvelles sources de revenus, ce qui permettra de maintenir la place de leader du Luxembourg.

Les pistes de travail existent, les investissements aussi. Des projets sont en cours, mais pour une grande part, ils sont faits en interne. En résumé, l’industrie des fonds met des moyens dans les solutions fintech et développe des projets, mais il y a peu ou pas de communication dessus. C’est un problème, car ce défaut de communication n’encourage pas la collaboration, pourtant nécessaire pour mener un projet global ou du moins échanger les bonnes pratiques et créer des synergies.

Le Luxembourg bénéficie d’un cadre réglementaire proactif et pro-innovation et dispose donc de tous les moyens pour oser plus et répondre aux demandes et aux attentes des nouveaux investisseurs de la génération «millennials». La situation est favorable, les attentes sont là et s’il y a un pays qui peut oser, c’est le Luxembourg.

«L’Europe à la traîne», selon Ross Thomson, managing director chez FundRock Luxembourg

L’investissement dans les fintech continue à être solide en Europe, mais il reste toujours à la traîne par rapport aux États-Unis. Récemment, nous avons vu de plus en plus de sociétés de private equity commencer à créer des fonds de capital-risque en vue d’investir dans des fintech.

Blackfin Capital Partners, actionnaire majoritaire de FundRock, est passée d’un marché mature à la création d’un fonds fintech européen, avec un œil sur le marché luxembourgeois. Le Luxembourg est dans une position privilégiée pour en bénéficier grâce à son écosystème financier en place.

En tant qu’entreprise, FundRock est aussi de plus en plus à la recherche de fintech pour résoudre des tâches «manuelles», pour mettre en œuvre de nouvelles réglementations et pour rationaliser ses opérations. L’ensemble de l’industrie faisant de plus en plus appel à l’externalisation, nous avons investi non seulement de l’argent, mais aussi du temps, afin d’incorporer des solutions fintech adaptées à nos besoins.