PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Nouveaux portefeuilles

Fonds alternatifs: les dessous d’un phénomène



Renaud Breyer, partner, sustainability leader au sein d’EY Luxembourg. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Renaud Breyer, partner, sustainability leader au sein d’EY Luxembourg. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Visant à investir dans des actifs «réels» plutôt que dans des actifs cotés en bourse, les fonds alternatifs sont l’objet d’un succès grandissant depuis quelques années. Aujourd’hui, ce sont même eux qui connaissent la plus importante croissance au Luxembourg. Mais dans quoi investissent-ils exactement? Avec quelle stratégie? Et quel rendement? Nous faisons le point pour vous.

Dettes d’infrastructure

Dans le contexte de transition énergétique qui est le nôtre, les fonds peuvent financer la création de nouvelles infrastructures.

De plus en plus souvent, on pointe le secteur financier comme un précieux auxiliaire de la transition énergétique. Il faut dire que ce sont plusieurs milliers de milliards d’euros qui sont brassés dans cette industrie et que l’ampleur de ces capitaux pourrait permettre de mettre rapidement en œuvre les changements nécessaires pour faire face à l’urgence climatique. Dans cette perspective, les fonds d’infrastructure peuvent jouer un rôle important. «À travers ce type de fonds alternatif, on peut financer la création de routes ou de ponts, mais aussi de champs de panneaux solaires ou d’éoliennes, pointe Renaud Breyer. Dans ce contexte où la durabilité prend de plus en plus d’importance, les fonds d’infrastructure sont donc des leviers d’envergure.»

Au-delà de cet aspect environnemental qui constitue une tendance forte, les fonds d’infrastructure sont également impactés par d’autres éléments conjoncturels. La pandémie, tout d’abord, a redéfini notre façon de travailler. La façon dont on conçoit les bureaux, les transports et même nos logements a donc également évolué. Or, les fonds d’infrastructure investissent souvent dans ce type de structures. L’évolution de la technologie modifie aussi profondément nos attentes par rapport à nos infrastructures, avec une importance croissante de l’intelligence artificielle et d’autres technologies digitales. Cette tendance doit évidemment être prise en compte par les fonds d’infrastructure. Pour les maîtriser, il faudra monter en compétences sur ces sujets souvent pointus. On le voit, l’enjeu «ressources humaines» n’est donc jamais bien loin.

Des milliards pour l’infrastructure

Si des chiffres précis sur les fonds d’infrastructure au Luxembourg ne sont pas collectés par l’Alfi ou d’autres acteurs, il est toutefois clair qu’il s’agit d’un business porteur pour les années à venir. Selon une étude de Deloitte, 2022 sera véritablement l’année de l’infrastructure: 1,2 billion de dollars seront investis aux États-Unis dans des projets d’infrastructure, 1,5 billion de dollars en Inde, 110 milliards de dollars en Australie, 55 milliards de dollars en Allemagne, notamment dans des projets liés à la production d’hydrogène, à l’éolien offshore, ainsi qu’aux véhicules électriques…

Comme pour la plupart des «actifs réels», le Luxembourg offre une large gamme de structures légales, particulièrement adaptées aux investissements dans l’infrastructure. Les plus populaires restent toutefois la SCSp et le Fiar. Ces véhicules permettent d’investir dans des projets d’infrastructure en Europe, mais aussi en dehors des frontières de l’Union, ce qui offre beaucoup de flexibilité aux investisseurs.

Si les rendements obtenus à travers un fonds d’infrastructure peuvent être très intéressants, ce type de structure entraîne également des coûts, qui vont de la création du fonds aux frais d’audit, en passant par les coûts de compliance ou de conseil.

L’Eltif, un fonds dédié

Les investissements dans l’infrastructure étant considérés comme particulièrement importants dans le contexte actuel, l’Union européenne a créé un régime spécial destiné à canaliser les placements à long terme effectués dans l’économie réelle, et particulièrement ceux qui sont en ligne avec ses objectifs de croissance intelligente, durable et inclusive. Ce type de fonds, appelé Eltif (European Long-Term Investment Fund), doit être géré par un gestionnaire de fonds autorisé et peut investir dans une large gamme d’actifs: entreprises de taille réduite ou moyenne, développement de bâtiments publics, d’infrastructures sociales, de transports, de communication, ou encore de production d’énergie renouvelable.

Sous ce régime, on peut donc trouver des fonds immobiliers, de dette, d’infrastructure ou de private equity. L’Eltif vise toutefois à développer des projets qui sont dans l’intérêt de l’ensemble des Européens. Il facilite le développement de fonds transfrontaliers qui – nouveauté notable – sont accessibles aux investisseurs de détail. «Élargir l’accès des investisseurs de détail aux fonds alternatifs fait vraiment partie des priorités du secteur des fonds au cours des prochaines années, même si les investisseurs institutionnels continueront certainement à être les plus importants en matière de volume», explique Renaud Breyer.

Dans ce sens, l’Eltif constitue donc un réel pas en avant. Il pourrait, de plus, jouer un rôle très important dans l’évolution de nos sociétés vers un modèle plus durable. 

Fonds immobiliers

L’immobilier est un autre type d’actif très représenté dans l’ensemble des fonds alternatifs au Luxembourg. Plus de 300 fonds de ce type sont enregistrés dans le pays.

Avec 311 fonds enregistrés au troisième trimestre 2021 et un volume total d’actifs sous gestion s’élevant à 104,4 milliards d’euros, l’immobilier est un actif lui aussi très populaire au sein de l’univers des fonds alternatifs. Particulièrement concret, il correspond bien à l’image qu’ont les investisseurs des actifs alternatifs, aussi appelés «actifs réels». Certes, l’immobilier a toujours été la pierre angulaire des stratégies d’investissement, particulièrement dans nos régions, mais le recours à un fonds d’investissement offre plusieurs avantages complémentaires. «À travers un fonds immobilier, on peut accéder à une série de biens qui seraient inaccessibles à un investisseur seul, assure Renaud Breyer, partner, sustainability leader au sein d’EY Luxembourg. En outre, on bénéficie de l’expertise de professionnels par rapport à des marchés qu’on ne connaît pas forcément, puisque le fonds est amené à investir dans de nombreux pays. Cette diversification géographique, couplée à une diversification du type de biens dans lesquels le fonds investit, permet par ailleurs de mieux répartir les risques.»

Des rendements intéressants

Cette combinaison offre aux investisseurs la promesse d’un rendement intéressant, quelle que soit la stratégie pour laquelle on opte. «Un fonds immobilier peut obtenir un rendement en achetant et en vendant des biens au meilleur moment. Mais il peut aussi le faire en exploitant un immeuble résidentiel ou de bureaux pendant de longues années, à travers la location», détaille Renaud Breyer. La question du risque se pose toutefois de la même façon pour ce type de fonds. S’il s’agit d’acquérir un terrain, de construire un bien dessus puis de l’exploiter, le risque sera plus important que lorsqu’on achète et exploite un bâtiment existant. Mais le rendement pourrait aussi s’avérer supérieur… Quant au coût de ce type de fonds pour l’investisseur, il varie également en fonction de sa complexité (multijuridictionnel, plusieurs types de biens, etc.). Il faut toutefois distinguer les frais liés à la mise en place de la structure des frais de gestion, qui servent notamment à rémunérer les experts en charge de la gestion du risque, des aspects légaux, etc.

Selon l’Alfi (Luxembourg Real Estate Investment Funds Survey 2021), les structures légales choisies par les gestionnaires de fonds pour la mise en place de fonds immobiliers sont souvent des SCSp (société en commandite spéciale) sous la forme de Sicav combinées avec le régime FIS (53% des fonds immobiliers de la Place en 2021). Le Fiar rencontre également un succès croissant pour ce type de fonds. Nous sommes en effet passés d’un seul fonds de ce type en 2016 – année de lancement du Fiar – à 134 en 2021. Le plus souvent, les gestionnaires optent pour une stratégie multisecteur (47% des fonds). Pour les fonds qui se concentrent sur un seul secteur, l’Alfi indique que le résidentiel est en tête (9%), suivi du commerce et de l’immobilier de bureaux (7%). Autre chiffre intéressant: 66% de ces fonds investissent en Europe, 7% le font dans le monde, 9% en Amérique du Nord et 8% dans la région Asie-Pacifique. 85% des investisseurs dans ces fonds sont européens.

Une grande variété de biens

Si nous avons principalement évoqué le résidentiel, l’immobilier de bureaux et de commerce, il faut toutefois noter qu’un fonds immobilier peut investir dans d’autres biens encore, avec des stratégies différentes. «On peut par exemple investir dans du logement social, qui est un segment particulier du résidentiel, ou encore opter pour le value-added, qui consiste à acquérir un bien immobilier et à l’améliorer, que ce soit en termes de confort ou d’énergie, par exemple», explique le partner d’EY Luxembourg. Avec le renforcement des exigences en matière de durabilité, de nombreux fonds optent ainsi, aujourd’hui, pour des immeubles très énergivores, qui sont transformés pour devenir des structures qui utilisent une énergie renouvelable, dans des volumes très réduits.

Notons que les fonds immobiliers pourraient, au cours des prochaines années, attirer non seulement des professionnels et des institutionnels, mais aussi des privés. La volonté, au sein du secteur financier, est en effet de capter les importantes liquidités dont ceux-ci disposent, et l’immobilier est de nature à rassurer ces investisseurs. Pour généraliser cette pratique, il faudra toutefois adapter la réglementation qui, aujourd’hui, préfère encore réserver les fonds alternatifs à des «investisseurs avertis». Mais les mentalités évoluent et des véhicules comme l’Eltif offrent déjà de belles possibilités aux particuliers.

Fonds de dette privée

Avec une croissance de plus de 40%, les fonds de dette privée sont ceux qui ont le plus progressé au Luxembourg cette année.

Année après année, les fonds de dette privée connaissent une croissance impressionnante au Luxembourg. En 2020, le volume des actifs sous gestion avait déjà augmenté de 36,2%. 2021 a vu ce phénomène s’accentuer, avec une hausse de 40,6% des actifs sous gestion dans des fonds de dette privée, pour un montant total de 181,7 milliards d’euros. Désormais, 35% des fonds de dette privée européens sont domiciliés au Luxembourg.

Mais la dette privée, qu’est-ce que c’est exactement? À l’instar de ce qui se passe dans le private equity, le fonds de dette privée va accorder des prêts à des entreprises qui ont besoin de capitaux, que ce soit en cas de difficulté ou pour lancer une nouvelle activité. Mais là où un fonds de private equity, en investissant dans une entreprise, va acquérir des parts de la société, un fonds de dette privée n’en fera rien. Il sera donc moins intéressé par le développement conséquent de l’activité de l’entreprise. Le fonds de dette privée joue ainsi plutôt le rôle d’une banque, qui prête et attend un remboursement avec des intérêts.

Depuis la crise financière de 2008, ce rôle des fonds de dette a pris une importance considérable. Vu la frilosité des banques à prêter des capitaux à des start-up ou des structures en difficulté, cette solution s’est en effet avérée indispensable. Mais qu’en est-il des risques pour l’investisseur? «Comme c’est le cas pour la plupart des fonds alternatifs, le risque qu’on assume dans un fonds de dette privée va dépendre de ce qu’on finance, estime Renaud Breyer, partner, sustainability leader au sein d’EY Luxembourg. Il est évident qu’il sera plus risqué de financer une société en grande difficulté, dans un secteur concurrentiel, qu’une entreprise mieux établie, disposant de produits compétitifs et d’une clientèle établie. Le risque, ici aussi, est donc étroitement lié à la nature de l’actif.»

FIS et Raif en tête

Selon une étude conjointe de l’Alfi et de KPMG (Private Debt Fund Survey 2021), les fonds de dette privée luxembourgeois régulés sont le plus souvent structurés à travers le régime légal du FIS (56%, -11% par rapport à 2020), le Fiar (36%, +8% par rapport à 2020), l’UCI «Part II» (3%, -2% par rapport à 2020), et le Sicar (5%, +5% par rapport à 2020). Notons que si les Fiar, SIF et autres Sicar sont réservés aux «investisseurs avertis», ce n’est pas le cas des fonds «Part II».

Quant aux fonds non régulés, ils sont très majoritairement structurés via la SCSp (88%, +4% depuis 2020). Notons toutefois que les fonds de dette privée non régulés sont légèrement minoritaires au Luxembourg: 42%, pour 58% de fonds régulés. Enfin, un dernier élément chiffré intéressant est lié aux stratégies déployées par les gestionnaires de ces fonds: 50% des fonds de dette privée sont à un seul compartiment, alors que 33% utilisent des sous-fonds pour développer des stratégies d’investissement séparées.

L’ESG gagne du terrain

Comme dans l’ensemble des fonds alternatifs, les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) sont réellement montés en puissance au cours des dernières années en ce qui concerne les fonds de dette privée. La réglementation européenne, à cet égard, a sans doute joué un rôle important. Parmi les textes les plus importants adoptés, on peut relever la SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation), qui permet de classer les fonds qui prennent en compte des critères de durabilité et ceux qui ne le font pas.

Si, aujourd’hui, 61% des fonds de dette privée luxembourgeois sont toujours classés sous l’article 6 de la SFDR (fonds qui n’intègrent aucun critère de durabilité dans leur stratégie d’investissement), ils sont désormais 33% à répondre aux exigences de l’article 8 (fonds qui promeuvent des caractéristiques environnementales et/ou sociales) et 6% à se conformer à celles de l’article 9 (fonds qui ont un objectif d’investissement durable).

Au cours des prochaines années, la proportion de ces fonds de dette privée classés sous les articles 8 et 9 de la SFDR devrait aller croissant. Du côté des investisseurs, le respect des critères ESG n’est désormais plus, en effet, un «nice to have», mais bien une priorité qui va sans doute devenir plus évidente encore à l’avenir. Or, à travers le prêt de capitaux aux entreprises, on peut avoir une influence déterminante sur la façon dont elles opèrent un changement de modèle en matière énergétique, environnementale ou sociale. Bientôt, seules les sociétés capables de prouver leur respect de certains critères ESG pourront obtenir ce type de financement…

Private equity/venture capital

Comptant parmi les actifs les plus populaires au Luxembourg, le private equity porte le marché des fonds alternatifs.

En 2021, les actifs sous gestion dans le segment du private equity au Luxembourg ont connu une augmentation de 29,9%, pour un total de 137,2 milliards d’euros. Une bonne partie de cette croissance est due à l’injection de nouveaux capitaux, qui est également en hausse en 2021. Ces éléments montrent le succès de ce type de fonds alternatif. Un succès qui n’est pas récent, puisque cette classe d’actifs connaît une croissance continue depuis 20 ans au Luxembourg, un pays dans lequel sont désormais gérés plus de 10% des actifs en private equity globaux.

Cette trajectoire s’explique d’abord par la nature des investissements indirectement réalisés en plaçant des fonds dans une structure dédiée au private equity et au venture capital. Traditionnellement, ces fonds investissent en effet dans des entreprises non cotées en bourse, en misant sur leur importante croissance au cours des années à venir. Or, dans un contexte de crise, où les banques rechignent de plus en plus souvent à prêter à des sociétés en développement proposant des produits ou services innovants, les fonds de private equity sont venus combler un manque. «Cette situation a été renforcée par la crise du Covid, qui a entraîné une disponibilité accrue des capitaux, notamment du côté des acteurs institutionnels, estime Renaud Breyer, partner, sustainability leader au sein d’EY Luxembourg. Or, le private equity, à l’instar de nombreux actifs alternatifs, permet aujourd’hui d’obtenir de bons rendements. D’un autre côté, de nombreuses sociétés cherchent à développer de nouvelles solutions, notamment dans le cadre de la transition énergétique. On voit donc se rencontrer deux besoins: celui des entreprises, d’un côté, et celui des investisseurs de l’autre.»

Un environnement réglementaire adapté

Mais les facteurs conjoncturels ne sont pas les seuls à expliquer cet attrait pour les fonds de private equity. Le Luxembourg offre également un environnement légal parfaitement adapté à ce type de structures. La création du Fiar (fonds d’investissement alternatif réservé), en 2016, a notamment permis de mettre à disposition des gestionnaires un véhicule entièrement dédié aux investissements alternatifs, et n’étant pas directement régulé par la CSSF (Commission de surveillance du secteur financier), ce qui réduit considérablement le time to market.

Mais il est également possible de développer des fonds de private equity/venture capital à travers la Sicar (société d’investissement en capital à risque), le FIS (fonds d’investissement spécialisé), voire la SCA (société en commandite par actions) ou le SCSp (société en commandite spéciale). La transposition rapide de l’AIFMD (Alternative Investment Fund Managers Directive) au Luxembourg a, par ailleurs, permis d’offrir un certain contrôle sur toutes ces structures, propice à renforcer la confiance des investisseurs.

Une stratégie guidée par l’appétence au risque

Cette variété des structures légales permet aux gestionnaires de bénéficier d’une grande flexibilité et de construire un fonds de private equity répondant parfaitement aux besoins des investisseurs. Mais la stratégie utilisée dépend toutefois en grande partie du profil de risque de ces derniers. «En private equity, on peut vraiment investir dans un très grand nombre d’entreprises aux caractéristiques très différentes: des start-up actives dans les proptech ou les fintech jusqu’aux entreprises de taille moyenne. Évidemment, le risque variera en fonction du choix des sociétés… tout comme le rendement», explique Renaud Breyer.

On voit se rencontrer deux besoins: celui des entreprises et celui des investisseurs.
Renaud Breyer

Renaud Breyer,  partner, sustainability leader,  EY Luxembourg

Le choix du gestionnaire aura, à cet égard, une grande importance. «Comme pour l’ensemble des fonds alternatifs, il est nécessaire de réunir des compétences pointues dans le domaine dans lequel on souhaite investir pour espérer des rendements intéressants. Cela peut aussi avoir un impact sur les frais qui seront facturés: plus le secteur et les investissements sont complexes, plus les coûts en ressources humaines seront importants», ajoute le sustainability leader d’EY Luxembourg.

Précisons qu’aujourd’hui le segment du private equity est marqué, comme l’ensemble du secteur financier, par la transition énergétique et la recherche de durabilité. De nombreuses sociétés sont en effet créées pour développer des produits et services qui permettront d’atteindre cet objectif. Et les fonds de private equity sont bien entendu à l’affût des pépites qui mettront sur le marché des solutions qui feront la différence…

Hedge funds

Contenant des actifs liquides, contrairement aux autres fonds alternatifs, les hedge funds recherchent des performances absolues.

Bénéficiant d’un régime moins réglementé, le hedge fund est un fonds spéculatif qui utilise beaucoup les produits dérivés, la vente à découvert et l’effet de levier. Le gestionnaire d’un hedge fund recherche des performances absolues, indépendantes du contexte du marché. Pour cela, il bénéficie souvent d’un mandat plus large que celui accordé pour d’autres fonds d’investissement alternatifs, ce qui lui permet de modifier sa stratégie avec plus de flexibilité. Le modèle tarifaire est également différent puisque, en plus des frais de gestion, des frais sont généralement facturés en fonction des résultats.

Cela étant dit, les rendements des hedge funds peuvent s’avérer très importants pour les investisseurs. Comme l’indique leur nom – «to hedge» signifiant «couvrir», «se protéger» –, les hedge funds ont la capacité d’offrir des performances décorrélées des indices boursiers. La stratégie du gestionnaire consistera à maximiser le rendement lorsque le marché est en hausse, et à limiter l’impact lorsqu’il est en baisse. Cette vision «asymétrique» développée par les hedge funds rend ces derniers intéressants dans le cadre d’une diversification du portefeuille.

Traditionnellement, le Luxembourg était moins bien positionné pour la domiciliation de hedge funds que d’autres pays, comme les îles Caïmans ou encore notre plus important compétiteur en Europe, l’Irlande. Cette situation a toutefois rapidement évolué au cours des dernières années. Si, en 2019, les îles Caïmans continuaient à détenir la plus importante part de marché en matière de hedge funds (21,7%), suivies de l’Irlande (20,3%) et de l’État américain du Delaware (19,6%), le Luxembourg en détenait déjà 18,9%. Un chiffre impressionnant, sachant qu’il n’était que de 6% en 2011. Aujourd’hui, plus de la moitié des hedge funds basés en Europe sont domiciliés au Luxembourg.

Des records au niveau mondial

Le régime choisi pour un hedge fund dépend principalement de la stratégie adoptée et des investisseurs qu’on cherche à attirer. Fonds UCI «Part II», SIF et, plus récemment, Raif peuvent être utilisés. Au niveau de la structuration légale, ce sont plus souvent les SA (sociétés anonymes), SCA (sociétés en commandite par actions) ou SCS (sociétés en commandite simple) qui sont les plus populaires au Luxembourg.

Si les chiffres spécifiques concernant les actifs sous gestion dans des hedge funds au Luxembourg font défaut, il ne fait aucun doute que ce segment se porte à merveille. En octobre 2021, les encours des hedge funds au niveau global s’élevaient à 3,459 milliards d’euros. C’est la première fois dans l’histoire que le volume total d’actifs dans ce segment atteint un tel niveau.

Une croissance conditionnée par plusieurs facteurs

La question est de savoir comment évoluera ce type d’actifs au cours des prochains mois. Si personne ne possède de boule de cristal permettant de prédire l’avenir, la croissance du segment des hedge funds au Luxembourg, comme celle des fonds alternatifs dans son ensemble, sera très certainement liée à la disponibilité des ressources humaines. «Il est indispensable de pouvoir compter sur un certain nombre de professionnels pour que la croissance de ce secteur se poursuive, explique Renaud Breyer, partner, sustainability leader au sein d’EY Luxembourg. La complexité des fonds alternatifs l’impose en effet. Dans les années 80, les gestionnaires pouvaient se permettre de faire un peu de tout. Mais, aujourd’hui, ce n’est plus possible, tout cela s’est fortement spécialisé.» Parmi les priorités des services de ressources humaines du secteur, on trouve la nécessité d’engager (ou de retenir) des spécialistes en matière d’ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance).

En dehors de ce facteur humain, le développement des hedge funds et des autres fonds alternatifs au Luxembourg est également conditionné par l’évolution constante, dans le bon tempo, de l’environnement légal. «Cela dit, je suis plutôt positif par rapport à l’avenir de ce type d’actifs, car les opportunités sont bien présentes. Elles sont évidemment liées aux impératifs environnementaux, mais aussi à de nouveaux actifs digitaux. Sur la Place luxembourgeoise, on sent que l’intérêt pour des fonds crypto est en effet de plus en plus vif. Ce n’est pas encore une réalité au Luxembourg, mais c’est clairement dans les tuyaux pour de nombreux gestionnaires de fonds…», conclut Renaud Breyer.

Cet article a été rédigé pour l’édition magazine de Paperjam du mois de mai 2022 parue le 27 avril 2022. Le contenu du magazine est produit en exclusivité pour le magazine. Il est publié sur le site pour contribuer aux archives complètes de Paperjam.

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