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CARTE BLANCHE

«La fonction compliance doit se réinventer»


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Face à des réglementations de plus en plus complexes, occasionnant des coûts importants pour le secteur bancaire, la fonction compliance doit trouver les moyens de se réinventer. Dans ce contexte, le recours à de nouveaux outils digitaux peut s’avérer décisif.

Le secteur bancaire est confronté à de nombreux bouleversements depuis quelques années. Des bouleversements technologiques, avec l’arrivée massive d’outils digitaux qu’il a fallu intégrer pour répondre aux nouvelles attentes des clients. Mais aussi des changements réglementaires profonds et difficiles à absorber. «L’intégration de ces réglementations a contribué à faire diminuer la profitabilité des banques», indique Bertrand Parfait, Director et Risk Advisory au sein de Deloitte Tax & Consulting Luxembourg. «La fonction compliance doit donc nécessairement se réinventer, parvenir à travailler différemment pour être plus efficace et limiter ainsi les coûts.»

La compliance doit accompagner la digitalisation

Pour y parvenir, la fonction compliance doit pouvoir s’approprier de nouveaux outils digitaux, mais elle doit également accompagner l’ensemble du processus de digitalisation à l’œuvre dans de nombreuses banques. «Le secteur bancaire est en plein processus de digitalisation de son activité», poursuit Bertrand Parfait. «Dans ce cadre, beaucoup de processus sont repensés et il me semble tout à fait justifié que la fonction compliance soit partie prenante de cette opération. C’est particulièrement le cas pour la digitalisation de l’onboarding ou de l’acceptation d’un crédit, qui sont des processus très encadrés d’un point de vue réglementaire.»

Le travail du responsable compliance consiste toujours à superviser, contrôler et conseiller, mais dans un environnement où la rentabilité est moindre qu’auparavant.
Bertrand Parfait

Bertrand Parfait,  Director et Risk Advisory,  Deloitte Tax & Consulting Luxembourg

Pour Bertrand Parfait, ce n’est toutefois pas seulement l’environnement qui doit se modifier, mais aussi la fonction en elle-même. «Le travail du responsable compliance consiste toujours à superviser, contrôler et conseiller, mais dans un environnement où la rentabilité est moindre qu’auparavant. Il doit donc disposer de nouveaux outils pour faire son travail plus efficacement. Les technologies, à ce niveau, se sont considérablement développées: on peut par exemple recourir à du data analytics, qui permet de mieux analyser les interactions et ainsi identifier les comportements anormaux. Cela pourrait être fait en collaboration avec les départements plus ‘business’ de la banque, qui cherchent déjà à mieux exploiter les données. Mais d’autres outils existent: le RPA, l’IA, etc.»

Recruter et former, une nécessité

Cette nouvelle boîte à outils nécessitera toutefois le recrutement de nouveaux experts IT, denrée toujours plus rare sur le marché de l’emploi, et donc coûteuse. Or, l’objectif était de réduire les coûts. «Évidemment, l’investissement dans des outils digitaux et dans le recrutement d’experts capables d’en faire le meilleur usage a un coût à court terme», expose Bertrand Parfait. «Mais le gain d’efficacité qu’on obtiendra grâce à cet investissement permettra de faire des économies sur le long terme.» En outre, l’expertise nécessaire pourra également être acquise en formant le personnel existant. «Il s’agira de réinventer les profils existants, autant que d’engager de nouveaux profils. La même démarche doit également être menée par rapport à la complexification de la réglementation: de nouveaux experts ont été engagés sur des thématiques spécifiques, mais certains membres du personnel se sont également formés pour être au fait des dernières évolutions réglementaires.»

Rendre la compliance indolore

Pour aider les institutions bancaires à transformer leur département compliance, Deloitte Luxembourg a lancé dernièrement ses CCO Labs, destinés au Chief Compliance Officer, mais aussi aux autres responsables de la compliance au sein de l’entreprise ainsi qu’aux membres de la direction concernés par ce sujet. Il s’agit d’un accompagnement des entreprises leur permettant de définir un plan de transformation qui repose sur des étapes concrètes. «Nous partons des souhaits formulés par le client avant d’organiser nos labs. En utilisant une approche basée sur les risques que l’activité présente en matière de conformité, et en fixant ainsi des priorités, nous sommes capables de définir en un ou deux jours un projet qui permet aux banques de réinventer leur approche de la compliance», précise Bertrand Parfait.

Nous souhaitons rendre la compliance complètement indolore.
Bertrand Parfait

Bertrand Parfait,  Director et Risk Advisory,  Deloitte Tax & Consulting Luxembourg

In fine, la volonté de Deloitte est de rendre la mise en conformité non seulement plus efficace, mais aussi moins perceptible au sein de l’entreprise. «En intégrant cet aspect à la structure, au business en tant que tel, nous souhaitons rendre la compliance complètement indolore. À terme, on doit donc moins sentir son poids, tout en la rendant plus efficace. C’est ce que nous tentons de mettre concrètement en place au sein des entreprises à travers nos CCO Labs», conclut Bertrand Parfait.