POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

Inégalités post-Covid

Le FMI appelle à davantage taxer la richesse



«Les pays avancés peuvent augmenter la progressivité de l’imposition sur le revenu et recourir davantage aux impôts sur les successions et les donations, ainsi qu’à la fiscalité foncière», indique notamment le FMI. (Photos: White House / European Union / Maison Moderne)

«Les pays avancés peuvent augmenter la progressivité de l’imposition sur le revenu et recourir davantage aux impôts sur les successions et les donations, ainsi qu’à la fiscalité foncière», indique notamment le FMI. (Photos: White House / European Union / Maison Moderne)

Taxe foncière, hausse de la progressivité de l’impôt sur le revenu, impôt sur les bénéfices des entreprises ou sur les successions… le FMI conseille aux gouvernements de faire jouer la fiscalité, notamment en taxant davantage la richesse, afin de réduire les inégalités, qui s’aggravent avec la crise du Covid.

Le FMI appelle les gouvernements à davantage taxer la richesse afin de réduire les inégalités, qui se sont aggravées avec les conséquences sanitaires et économiques de la pandémie, juge l’organisation: «Les grandes inégalités préexistantes ont aggravé l’incidence de la pandémie de Covid-19, alors que la crise, de son côté, a intensifié ces inégalités.»

Et les outils fiscaux ne manquent pas pour atteindre cet objectif, selon le FMI: «Les pays avancés peuvent augmenter la progressivité de l’imposition sur le revenu et recourir davantage aux impôts sur les successions et les donations, ainsi qu’à la fiscalité foncière», conseille ainsi l’organisation, dans son «Moniteur des finances publiques» d’avril 2021, publié jeudi.

Elle propose aussi de mettre en place «un impôt sur les excédents de bénéfices des entreprises», et même d’envisager «l’option de l’impôt sur la fortune».

Investir dans les services publics

Ce gain de recettes permettrait alors d’investir plus et mieux dans les services de base – soins de santé, éducation de qualité et infrastructure numérique –, qui «peuvent faire perdurer, génération après génération, les écarts de revenus» en cas d’inégalités d’accès.

«La riposte des pouvoirs publics devrait prendre la mesure du fait que les différents aspects des inégalités (revenus, richesse, chances) se renforcent mutuellement et créent un cercle vicieux. Les interventions doivent donc associer des politiques de prédistribution (qui ont une incidence sur les revenus avant impôts et transferts) à des politiques de redistribution (qui réduisent les inégalités des revenus du marché)», explique le FMI.

Une population favorable

Pour soutenir son propos, le FMI rappelle que de nombreuses études internationales ont montré que, dans les pays émergents comme dans les pays avancés, les personnes interrogées se déclarent «favorables à une augmentation des dépenses financées par l’impôt dans les domaines de l’éducation, des soins de santé, de l’assistance aux personnes âgées, ainsi qu’à une imposition plus progressive».

Et que, après la crise du Covid, ce phénomène va encore s’accroître: «Selon une étude récente, si le membre d’un ménage tombe malade du Covid-19 ou perd son emploi, la probabilité d’adhérer à une imposition progressive augmente de 15 points de pourcentage», note le FMI. «La satisfaction de la demande croissante de services publics de base et de politiques plus inclusives est déterminante pour que les dirigeants renforcent la confiance de la population et contribuent à la cohésion sociale», ajoute l’organisation.

Taxe foncière quasi inexistante

Au Luxembourg, alors que la taxe foncière et l’impôt sur les successions sont quasi inexistants, les inégalités ont notablement augmenté ces dernières années, avant même la pandémie. Alors qu’en 2007, le revenu moyen perçu par les 5% les plus aisés était 8,2 fois plus important que celui des 5% les moins aisés, il était 17,3 fois plus important en 2019.

Un autre indicateur peut susciter des inquiétudes: entre 2003 et 2019, le taux de risque de pauvreté avait augmenté de 11,9% à 17,5%, ce qui signifie qu’en 2019, 17,5% de la population avait un revenu au-dessous du seuil de pauvreté (ou de 60% du revenu médian) au Luxembourg.

Le LSAP propose

Le sujet de la fiscalité post-Covid a récemment été abordé lors du congrès du parti socialiste par le ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Économie sociale et solidaire, Dan Kersch (LSAP), qui avait alors proposé la mise en place d’un «impôt Covid» visant de manière sélective les entreprises qui seraient sorties gagnantes de la crise .

Une proposition qui n’a pas manqué de diviser la coalition, le DP se prononçant d’emblée contre, et de provoquer une levée de boucliers de la part du patronat .