ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

INDUSTRIE ET RECHERCHE

Florec, ou l’économie circulaire quantifiée



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Pour mieux exploiter le potentiel de circularité, mettre un cadre favorable aux partenariats d’instituts de recherche et industriels est fondamental. À l’instar de ce que font le List et Tarkett. (Photo: Luxinnovation)

Industriels et chercheurs publics sont de plus en plus souvent impliqués dans des projets touchant à l’économie circulaire. Le List et Tarkett mettent la dernière main à un projet permettant une analyse financière plus poussée des processus circulaires.

Recherche et économie circulaire peuvent très bien faire bon ménage. Sébastien Zinck, Senior R&D Engineer spécialisé en économie circulaire au sein du Luxembourg Institute of Science and Technology (List), en est persuadé. «La recherche peut être d’une grande aide pour bien et mieux prendre en compte tous les paramètres de développement durable qui interagissent», a-t-il expliqué ce lundi, lors de la table ronde qui a accompagné la présentation du dernier «Actualité & Tendances», publié par la Chambre de commerce et dédié à l’économie circulaire.

Du reste, l’étude fondatrice du processus de mise en œuvre des principes de l’économie circulaire au Luxembourg, «Luxembourg as a knowledge capital and testing ground for the circular economy», présentée en février 2015 par la secrétaire d’État à l’Économie, Francine Closener , ne disait pas autre chose.

Réalisé par l’institut international EPEA, via la consultation de plus de 50 parties prenantes au Luxembourg, le document de plus de 500 pages estimait, entre autres, que pour exploiter au mieux le potentiel de circularité dans le pays, il fallait lancer des projets pilotes et mettre en place un cadre permettant la collaboration entre l’industrie et la recherche, «de manière à accélérer la transition vers une économie circulaire diversifiée», précisait le texte.

Avec le soutien du FNR

Le List a multiplié, ces dernières années, les projets de recherche liés aux questions énergétiques, avec une composante circulaire évidente: valorisation de la chaleur résiduelle dans l’industrie; efficacité des processus et amélioration de l’efficacité énergétique; utilisation des énergies renouvelables, principalement en lien avec la biomasse et les systèmes photovoltaïques; systèmes de gestion soutenant le déploiement d’énergies renouvelables dans les réseaux électriques… les exemples ne manquent pas, pas plus que les collaborations avec les acteurs industriels (Kronospan, ArcelorMittal, Sudstroum, Electris…).

Tarkett GDL, la société basée à Lentzweiler et spécialisée dans la fabrication de revêtements de sol, fait partie des partenaires industriels avec lesquels le List travaille régulièrement, notamment sur des projets orientés impacts environnementaux ou analyses de cycles de vie. «Mais nous avons constaté qu’il nous manquait une dimension d’analyse financière que nous ne trouvions pas non plus dans les publications existantes», explique Alain Casoli, Regulatory Affairs director au sein de l’unité R&D Corporate chez Tarkett à Wiltz.

C’est pourquoi, dans la continuité des travaux déjà réalisés avec le List, le projet Florec a été lancé il y a deux ans, soutenu sur deux ans par le Fonds national de recherche (FNR). Il s’est agi d’étudier, spécifiquement pour les revêtements de sol en PVC, le business model circulaire, depuis la production jusqu’au recyclage ou aux différents mécanismes de reprise des matériaux, en passant par la problématique des transports.

«Nous avons étudié l’ensemble de la chaîne de valeur afin de mesurer à la fois l’impact environnemental et le coût économique sur l’ensemble du cycle de vie de tels revêtements, en comparant les modèles linéaires et circulaires», précise Thomas Schaubroeck, R&T associate au centre de recherche public. «La complexité de ce travail tient notamment dans la diversité de toutes les parties prenantes: la société elle-même, ses équipes de vente, les installateurs, les déménageurs, les transporteurs… sans oublier évidemment l’utilisateur final en lui-même! Pour que l’approche soit efficace, il faut impérativement que toutes ces parties prenantes soient impliquées à un moment ou un autre.»

Projections

Cette analyse globale s’est faite sur une zone géographique bien précise (le Benelux et la France), impliquant plusieurs sites de production ou de recyclage de Tarkett. «La modélisation sur laquelle nous sommes en train de travailler permet aussi d’envisager de faire des projections des bénéfices et avantages que peut tirer chacune des parties prenantes à s’engager dans une telle démarche d’économie circulaire», précise M. Casoli.

Prévu d’être achevé d’ici à la fin de l’année, ce projet Florec entre, en ce début d’été, dans la phase de validation des résultats obtenus et de la mesure de leur pertinence. «Nous sommes en train de vérifier si les données fournies par la modélisation sont réalistes comparé aux paramètres de départ.»  

Ce projet est évidemment destiné à être, ultérieurement, dupliqué à d’autres applications industrielles, chez Tarkett ou ailleurs. «L’idée est de simplifier au maximum l’outil afin qu’il puisse être configuré et utilisé par le plus grand nombre par la suite», explique M. Schaubroeck.

Tarkett produit quotidiennement quelque 1,3 million de mètres carrés de revêtements de sol (dont 45% environ sont en PVC) et utilise environ 10% de matériaux recyclés. «Notre objectif à l’horizon 2030 est d’arriver à 30%», indique M. Casoli.