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Industrie du cinéma

Film Fund: bilan 2018 et pistes d’amélioration



Le Film Fund aide à la production d’œuvres cinématographiques. (Photo: Mike Zenari/archives Paperjam)

Le Film Fund aide à la production d’œuvres cinématographiques. (Photo: Mike Zenari/archives Paperjam)

À l’occasion d’une conférence de presse, le Film Fund Luxembourg a présenté son bilan annuel. De plus, les résultats de l’audit sur son fonctionnement y ont été détaillés, avec des pistes d’amélioration.

Le bilan annuel du Film Fund Luxembourg a été présenté par son directeur, Guy Daleiden , en présence de Xavier Bettel , ministre des Communications et des Médias.

À cette occasion, le ministre a renouvelé son soutien au secteur et a insisté sur le fait que cette dépense pour le soutien au cinéma «n’est pas une dépense, mais un investissement».

Un bilan 2018 sans surprise

Tout d’abord, les différentes aides distribuées par le Luxembourg Film Fund ont été détaillées. Au total, 36,2 millions ont été distribués par le comité de sélection à 46 projets en 2018, ce qui représente 122 demandes d’aides financières sélectives. La part la plus importante du financement va aux aides à la production qui représentent à elles seules 35,8 millions d’euros.

Le nouveau partenariat entre le Film Fund et le Fonds des médias du Canada a permis l’octroi de 281.239 euros répartis entre cinq projets. Cette nouvelle entente internationale a été signée pour deux ans et vise à établir une mesure incitative dotée de 1,2 million (600.000 euros par partenaire).

Le Film Fund a aussi été présent sur de nombreux festivals et marchés pour favoriser le rayonnement et la promotion des films luxembourgeois. C’est ainsi que le Film Fund a participé à la Berlinale, au marché du film à Cannes ou encore au Marché international du film d’animation d’Annecy et au Cartoon Movie de Bordeaux. 2018 a aussi été l’occasion d’organiser la 8e édition du Filmpräis.

C’est le comité de sélection qui est en charge d’évaluer les projets selon différents critères – artistiques, économique et sociaux –, et d’émettre un avis sur l’octroi de subsides.

Michèle Bram,  présidente du CA,  Film Fund

Par ailleurs, un fait est à souligner: le Film Fund intègre pour la première fois les instances de gouvernance d’Arte, avec voix consultatives. Les deux partenaires s’engagent ainsi à investir dans des développements et des coproductions destinées à être diffusées sur Arte ou sur ses offres numériques. Une belle opportunité pour l’industrie cinématographique luxembourgeoise. En parallèle, le partenariat avec RTL Télé Lëtzebuerg se poursuit.

Le secteur de la réalité virtuelle n’est pas abandonné, bien au contraire. Suite au succès rencontré en 2018 au pavillon VR du Luxembourg City Film Festival , ce pavillon prendra plus d’ampleur l’année prochaine et quittera le Casino Luxembourg pour s’installer à Neimënster.

Dans le contexte du soutien au cinéma européen, le Film Fund participe à Eurimages et Desk Europe Créative Média, ce qui offre également des possibilités de financement et de formations supplémentaires aux professionnels luxembourgeois. Le fonds d’aide au codéveloppement dans la Grande Région poursuit son chemin et un nouveau fonds de soutien dédié à la jeune création dans les pays d’Afrique francophone a été mis en place.

Un audit détaillé

Un audit du Film Fund a été commandé à Value Associates par le ministre de tutelle il y a un peu plus d’un an, après que le Film Fund a demandé une hausse conséquente de son budget puisqu’il s’était retrouvé au milieu de l’année à ne plus avoir d’argent disponible pour soutenir les projets soumis. Le budget a alors été augmenté de 33,9 millions en 2018 à 37 millions pour 2019.

«Le bilan de l’audit est globalement positif et va de pair avec plusieurs recommandations», a rapidement annoncé Xavier Bettel. «Pour mener cette analyse, six groupes de travail ont été mis en place et tous les acteurs du secteur ont été impliqués dans cette réflexion», a-t-il soutenu.

En 2014, le Film Fund a fait évoluer son système d’aides, qui étaient auparavant indirectes, pour devenir directes. «Trois organes se sont alors mis en place pour traiter les demandes d’aide: le conseil d’administration, le comité de sélection et l’administration», explique Michèle Bram, présidente du CA du Film Fund.

Globalement, la situation est bonne, mais il peut y avoir quelques améliorations, ce qui est tout à fait normal.
Manuel Baldauff

Manuel Baldauff,  fondateur,  Value Associates

«C’est le comité de sélection qui est en charge d’évaluer les projets selon différents critères – artistiques, économique et sociaux –, et d’émettre un avis sur l’octroi de subsides. Nous sommes contents qu’un audit indépendant ait pu observer ce nouvel ensemble de règles, et nous confirme que ce système fonctionne», a rassuré Michèle Bram.

«La mise en place de ces trois organes permet d’éviter les plus grands abus», confirme Manuel Baldauff . «Je précise également qu’il ne s’agit pas d’un contrôle financier, qui est exercé par ailleurs annuellement, mais d’un soft audit, qui porte sur les procédures et le fonctionnement global du Film Fund, ainsi que les retombées économiques du secteur. Globalement, la situation est bonne, mais il peut y avoir quelques améliorations, ce qui est tout à fait normal».

Ces recommandations devraient d’ailleurs être transmises à la presse après qu’elles ont été présentées à la Chambre des députés ce mardi 12 novembre.

Par contre, le sujet du conflit d’intérêts soulevé dans l’audit, notamment à l’occasion d’un subside attribué à Paul Thiltges , qui est à la fois client et fournisseur du Film Fund, n’a pas été évoqué lors de la conférence de presse, tout comme le sujet de la trop forte concentration des pouvoirs entre les mains de Daleiden, qui a lui aussi été évité.

Des améliorations possibles

Suite à cet audit, il est proposé que le budget annuel soit mieux réparti pour éviter de se retrouver dans une situation comparable à celle de 2018, où le budget avait été consommé dans son ensemble déjà au milieu de l’année. Aussi, une réserve financière sera désormais constituée et le Film Fund pourra y piocher en cas de besoin exceptionnel.

Par ailleurs, l’audit a souligné qu’il n’est pas possible de prouver de fortes retombées économiques engendrées par le secteur, posant le problème des «productions pour le tiroir», où le subside est accordé indépendamment du succès en salles. Aussi, l’audit propose que les critères pour l’octroi des subsides prennent désormais en compte le potentiel de la distribution et de la promotion du projet soumis.