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carte blanche

«FIAs et investisseurs de détail: perspectives»


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Les fonds d’investissement alternatifs (FIAs) prennent de plus en plus de place sur le marché luxembourgeois. Longtemps restés dans l’ombre des OPCVM, ils rencontrent désormais un franc succès auprès des investisseurs institutionnels. Ce succès reste toutefois limité auprès des investisseurs privés.

Attractifs mais peu adaptés

Les FIAs se sont fortement développés récemment au niveau mondial, et des classes d’actifs comme l’immobilier, la dette ou les investissements en capital ont le vent en poupe au Luxembourg, lieu de prédilection pour le private equity, le venture capital, les fonds spéculatifs et les fonds immobiliers. Le succès de ces fonds s’explique en raison de leurs perspectives de rendement attractif, qui semblent compenser suffisamment les risques qu’ils comportent.

Parce que le cadre réglementaire de ceux-ci est davantage conçu pour les investisseurs institutionnels, il ne se prête toutefois pas aux investisseurs de détail et il est difficile pour ceux-ci d’y avoir accès. Les règles sont conçues pour protéger ces derniers des stratégies risquées, des frais inopinément élevés ou des investissements qu’ils ne peuvent vendre rapidement. Néanmoins, si les exigences réglementaires expliquent pourquoi tous les particuliers n’ont pas ce type de produit dans leur portefeuille d’actifs, les contraintes liées aux caractéristiques des investissements eux-mêmes (i.e. absence de liquidité et long terme) expliquent également le peu de succès de ces actifs auprès des investisseurs de détail.

Intérêts similaires mais exigences divergentes

La cotation en bourse pourrait constituer une option pour permettre aux investisseurs de détail d’accéder aux FIAs, mais celle-ci n’est pas la panacée. Elle se prête difficilement au secteur du private equity par exemple, pour lequel la valorisation quotidienne du fonds est complexe voire illusoire. Pour les fonds immobiliers, la cotation est plus aisée et ces fonds connaissent un certain succès.

Différents modèles de FIAs tels que, par exemple, les EuVECA, pourraient intéresser les investisseurs de détail s’ils leur étaient ouverts. Mais, peu nombreux, ces derniers ont un succès limité.  En 2018, la CSSF n’a reçu aucune demande d’enregistrement en tant que gestionnaire EuVECA. L’ELTIF, un modèle de FIA ouvert aux investisseurs de détail, qui investit dans des actifs à long terme tels que par exemple les PME et les infrastructures, rencontre également peu de succès. La possibilité pour l’ELTIF d’investir dans les énergies renouvelables pourrait toutefois lui donner un nouvel essor au regard de l’intérêt grandissant en la matière.

Certains se posent donc la question de savoir si les restrictions concernant les investisseurs de détail offrent un niveau de protection approprié, insuffisant ou excessif.
 Keith O’Donnell

 Keith O’Donnell,  Managing Partner,  Atoz

À ce jour, puisque les FIAs lèvent assez d’argent auprès des investisseurs institutionnels, l’intérêt d’attirer des investisseurs de détail n’est pas crucial. À cet égard, il faut noter que les exigences dans le secteur de la vente au détail entraîneraient inévitablement l’introduction de mesures supplémentaires de protection pour les petits investisseurs. Pour les gestionnaires, cela augmenterait le coût des activités, qui ne serait peut-être pas compensé par l’augmentation de la participation des investisseurs de détail.

Certains se posent donc la question de savoir si les restrictions concernant les investisseurs de détail offrent un niveau de protection approprié, insuffisant ou excessif, ou si ces restrictions constituent un obstacle inadéquat à l’accès des investisseurs à certaines opportunités d’investissement. Ainsi, selon certaines études, de telles restrictions seraient malavisées. Une étude menée par Voya Financial en 2017 considère que l’investissement en private equity réduirait notamment le risque d’un portefeuille de placement grâce à la diversification.

À la recherche d’un point de convergence?

Pour l’investissement par des particuliers dans ces classes d’actifs, la voie la plus réaliste semble être via un fonds de pension du 2e ou 3e pilier. Une autre possibilité pourrait se trouver dans les innovations technologiques. L’«amazonisation» des investissements, c’est-à-dire l’achat via des plates-formes en ligne, pourrait ainsi offrir une solution partielle pour l’attractivité des FIAs pour les particuliers. Mais elle ne résout pas tous les problèmes, et les investisseurs doivent accepter le manque de liquidité des actifs sous-jacents sur une longue période.

Un juste milieu entre protection de l’investisseur et la promotion et l’accessibilité des investissements pourrait être recherché.
 Keith O’Donnell

 Keith O’Donnell,  Managing Partner,  Atoz

Afin que les FIAs soient accessibles à tous, en ce compris les investisseurs de détail, un juste milieu entre protection de l’investisseur et la promotion et l’accessibilité des investissements pourrait être recherché. La Securities and Exchange Commission américaine explore à ce sujet les possibilités d’accroître en toute sécurité l’accès des investisseurs de détail et des retraités au private equity et au venture capital à la lumière des bénéfices potentiels et des risques liés aux investissements dans ces fonds. Les enseignements tirés de cette analyse seront, sans conteste, intéressants pour l’évolution potentielle des perspectives d’ouverture des FIAs aux investisseurs de détail.