LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Sorties

Un œil sur une œuvre (1/10)

«Feed Me» de Rachel Maclean au Casino Luxembourg



«Feed Me» est certainement le film le plus abouti de Rachel Maclean. (Photo: Rachel Maclean)

«Feed Me» est certainement le film le plus abouti de Rachel Maclean. (Photo: Rachel Maclean)

Dans le cadre de l’opération «Un été pas comme les autres», Paperjam propose de découvrir une œuvre exposée actuellement au Luxembourg. Pour commencer, poussons les portes du Casino Luxembourg, qui présente actuellement la vidéo «Feed Me» de Rachel Maclean.

Cette artiste n’est pas inconnue du public au Grand-Duché puisque déjà en 2015, le Casino Luxembourg consacrait une exposition monographique à Rachel Maclean, «OK, You’ve Had Your Fun» . Les visiteurs ont alors découvert son univers décalé, subversif et coloré que l’on retrouve dans la vidéo «Feed Me» (2015, 60 minutes), son projet le plus ambitieux et le plus audacieux, présenté jusqu’au 6 septembre.

De la conception à la réalisation finale, Rachel Maclean (née en 1987 et installée à Glasgow) contrôle absolument tout: l’écriture du scénario, la confection des costumes, le choix des scènes et des dialogues ainsi que le tournage en chroma key. En plus de son rôle de chef d’orchestre, Rachel Maclean incarne elle-même chacun de ses personnages. L’omniprésence visuelle de l’artiste confère aux vidéos une esthétique originale et un esprit subversif qui caractérisent son travail.

En réalisant cette œuvre, Rachel Maclean – qui a participé à la Biennale de Venise en 2017 – n’hésite pas à bousculer les habitudes et les préoccupations de la société contemporaine. Avec un enrobage aux couleurs acidulées, elle pose dans son film la question du plaisir immédiat, de l’assouvissement des désirs à travers l’extravagance et l’excès. Comme une réécriture hypermoderne des sept péchés capitaux, elle n’hésite pas à formuler une critique acerbe de la commercialisation (et la sexualisation) de l’enfance, complétée d’une infantilisation analogue du comportement adulte.

Extrait de la vidéo «Feed Me» de Rachel Maclean (Photo: Rachel Maclean)

1 / 4

Extrait de la vidéo «Feed Me» de Rachel Maclean (Photo: Rachel Maclean)

2 / 4

Extrait de la vidéo «Feed Me» de Rachel Maclean (Photo: Rachel Maclean)

3 / 4

Extrait de la vidéo «Feed Me» de Rachel Maclean (Photo: Rachel Maclean)

4 / 4

Voici comment le Casino Luxembourg explique cette œuvre:

«Notre société contemporaine veut nous faire croire que le bonheur se trouve dans l’assouvissement de nos désirs. Si vous avez un rêve, poursuivez-le. Si ça vous démange, grattez. Si vous avez une pulsion, alors satisfaites-la. Mais si ce qui nous rend heureux nous pousse à toujours en vouloir plus ou à creuser un trou de plus en plus profond à combler? La satisfaction immédiate – le Saint-Graal de notre époque superficielle et effrénée – est de plus en plus à portée de clic. Pourtant, comme nous ne manquerons pas de le constater, ses effets se dissipent bien souvent tout aussi rapidement, entraînant un sentiment de vide qui accentue davantage l’envie initiale. La prochaine bouchée de la pomme sera-t-elle suffisante? Cet appétit pour la consommation mène-t-il à la dépendance, voire à la destruction? Peut-on souffrir d’un excès de bonnes choses?

La vidéo numérique ‘Feed Me’ (2015) de Rachel Maclean est une parabole des plaisirs et des dangers de l’assouvissement, et une parodie cinglante et corrosive sur un monde où la cupidité est bénéfique et où il est normal de céder à toutes les tentations et à tous les caprices. L’extravagance et l’excès, sœurs affreuses, mais séduisantes, chuchotant à l’avarice de notre âme, toujours avides de chatouiller le point sensible du palais culturel contemporain, sont, à l’évidence, également des traits caractéristiques de la palette artistique de Rachel Maclean, manifestes dans son amour indéniable pour le déguisement et dans les confections numériques multicouches avec lesquelles elle drape et décore ses œuvres. À l’aide d’effets hauts en couleur générés par ordinateur, elle crée un enrobage fantastique et truculent. Elle ne lésine pas non plus sur les excès dans le maquillage, appliqué en couches épaisses, les costumes et les prothèses: ces artifices traditionnels du monde du théâtre lui permettent de prendre les traits d’une farandole de personnages dans une série de spectacles impressionnants.»

À découvrir au Casino Luxembourg en accès libre.

41, rue Notre-Dame à Luxembourg, ouvert de 11h à 18h, fermé le mardi