POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

3 questions à Prof. Aline Muller (Liser)

«Les facteurs culturels constituent les freins majeurs»



Prof. Aline Muller: «Pour moi, le féminin n’est pas une compétence, mais la diversité est une richesse.» (Photo: Blitz Agency 2018)

Prof. Aline Muller: «Pour moi, le féminin n’est pas une compétence, mais la diversité est une richesse.» (Photo: Blitz Agency 2018)

En vue de l’événement «10x6 Women: 100 femmes pour diriger» organisé par le Paperjam + Delano Club le 25 février 2021, Aline Muller (Liser) nous expose sa vision de la diversité dans les entreprises.

Quels seraient encore les principaux freins à une réelle diversité dans l’entreprise?

Prof. Aline Muller . – «Les facteurs culturels constituent les freins majeurs. Ceux-ci peuvent s’exprimer au sein de l’entreprise, mais ils s’expriment aussi au sein de nos sociétés qui ont des normes culturelles plus ou moins favorables à l’équilibre hommes-femmes. Un article paru en 2014 dans The Leadership Quarterly comparait les trajectoires personnelles et professionnelles de 30 hommes et 30 femmes dirigeants de grandes sociétés cotées. Le constat est que l’accumulation d’expériences professionnelles pertinentes pour diriger présente des différences marquées depuis la naissance jusqu’à la vie professionnelle.

Les femmes auraient significativement moins accès à ces expériences, ce qui influence considérablement la possibilité donnée aux femmes à accéder à des postes de direction.

Mais il est également intéressant d’observer les différences dans l’exercice des fonctions dirigeantes. Une récente méta-analyse basée sur 158 études empiriques, chacune sur des centaines d’entreprises, révèle qu’à même poste, par rapport aux hommes, les femmes dirigeantes disposent d’un capital humain plus important tout en dirigeant des entreprises moins prestigieuses. De même qu’à même performance d’entreprise, les dirigeants féminins voient leurs performances moins valorisées sur les marchés boursiers. Et ces différences sont d’autant plus marquées que la culture du pays est moins favorable à l’égalité du genre.

Auriez-vous une proposition, une nouvelle idée pour les entreprises afin d’augmenter la diversité?

«À mes yeux, il est absolument nécessaire d’avoir les chiffres, de mesurer en toute objectivité la situation d’aujourd’hui, et surtout de savoir où nous voulons aller, où nous avons besoin d’aller et pourquoi. 

Ce n’est pas par des discours ou des réglementations que nous augmenterons la diversité, mais à travers la reconnaissance par tous de la valeur ajoutée que cette diversité apporte. Tant que des doutes persisteront quant à la valeur ajoutée de la diversité, nous n’avancerons pas.

Car, pour moi, le féminin n’est pas une compétence, mais la diversité est une richesse.

Il reste cependant encore à convaincre, même si des entreprises parviennent déjà à exploiter cette richesse. De plus en plus d’études montrent que les entreprises intégrant la diversité au niveau de leurs directions auraient tendance à être plus performantes, tant sur le plan organisationnel que financier. Une direction diversifiée en termes de genre, mais aussi de culture, âge ou éducation est un moteur pour la diversité des perspectives prises en compte, sur la gestion des risques, sur la qualité de l’implémentation des changements stratégiques, sur l’alignement aux besoins et attentes de la société ou des marchés, etc. Tant d’éléments qui ont un impact direct sur les performances de l’entreprise.

L’avantage de l’équilibre entre hommes et femmes serait d’ailleurs plus grand dans les entreprises qui font face à une plus grande adversité. Par rapport à l’actualité, quelques premières études suggèrent à ce titre que les femmes dirigeantes ont franchi les étapes de la pandémie de Covid-19 avec plus de succès que leurs homologues masculins – mais prudence: si la presse s’en empare déjà, nous manquons de recul et nous devons encore laisser la science nous apporter les preuves des bénéfices de la diversité dans la gestion de cette crise.

Aujourd’hui, qu’est-ce qu’une femme qui dirige?

«Homme ou femme qui dirige est pour moi une personne qui ne cesse d’apprendre et qui a la passion de transmettre et de développer. Quand on dirige, on a pour mission de mettre en musique une multitude d’instruments de manière cohérente, efficiente, agile et harmonieuse. Cela demande de la technique, un certain charisme, mais aussi une très fine écoute et ouverture à l’autre. Et beaucoup d’humilité, car rien n’est plus dangereux que le pouvoir dans son exercice.

Je pense qu’une femme qui dirige est une femme qui développe avec entre autres qualités celle-ci: transmettre avec cette intime volonté de créer les conditions de l’épanouissement des talents; avoir cette écoute intuitive particulière qui crée cet environnement stimulant permettant aux talents de se développer avec audace, créativité et habilité. Ou du moins, c’est ma vision de la femme qui dirige.»

Vous pouvez vous inscrire à l’événement «10x6 Women: 100 femmes pour diriger» directement sur le site du Paperjam + Delano Club.  Cet événement en livestream bénéficiera d’une traduction simultanée français-anglais.