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Financement des Start-up

L’Europe rattrape son retard dans le venture capital



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Le head of investment du FEI, David Dana, présentait l’état des lieux du secteur du venture capital lors de du Global Ventures Summit, mercredi et jeudi à la Maison du savoir à Belval. (Photo: Paperjam)

Lors du Global Ventures Summit, mercredi et jeudi à Belval, le head of investment du FEI, David Dana, a présenté l’état des lieux de l’industrie du venture capital en Europe. Plus d’innovation, plus d’investissements, plus de start-up: le marché européen rattrape son retard.

«Si vous êtes là, c’est que vous avez senti que quelque chose se passe en Europe», déclarait d’emblée le head of investment du Fonds européen d’investissement (FEI), David Dana, devant un auditoire essentiellement composé de venture capitalists américains et asiatiques. Ceux-ci venaient à la rencontre de start-upper européens, à l’occasion du Global Ventures Summit (GVS), que la Maison du savoir de Belval accueillait mercredi et jeudi.

«Dix ans plus tôt, vous vous seriez demandé pourquoi investir dans le venture capital en Europe», assure David Dana, lors de la présentation d’un état des lieux de l’industrie du venture capital en Europe. «Les performances n’étaient pas là. Mais nous sommes désormais au moins comparables aux États-Unis.»

Accélération et expansion des investissements

L’exemple du FEI, qui n’investit pas directement dans les entreprises mais par le biais d’intermédiaires financiers, est frappant. 700 fonds en bénéficient. Mais le rythme s’est considérablement accéléré: de deux ou trois investissements par an dans les années 1990, il est désormais passé à plus de 55 par an.

Et le FEI était, il y a 25 ans, l’un des seuls investisseurs sur ce segment. «Avec 500 millions d’euros d’investissement par an, nous représentions il y a 10 ans un tiers du marché», se rappelle David Dana. «Désormais, avec 1,5 milliard d’euros par an, notre part de marché est de 10 à 15%. Le marché évolue, et dans la bonne direction.»

Quant aux fonds d’investissement européens, «dans le top 10, le minimum que vous pouvez générer est 42% net», assure David Dana. «C’est quelque chose que personne n’aurait pu espérer par le passé. Le premier est à plus de 173%.»

Les start-up se multiplient

En parallèle, les start-up aussi sont en pleine dynamique en Europe. «Sur les cinq dernières années, nous avons eu plus de 120 nouvelles start-up européennes levant en un round plus de 100 millions de dollars», décompte David Dana. «Si 40% sont au Royaume-Uni, le reste se répartit entre Berlin, Paris, la Suisse et l’Espagne.»

Et ce phénomène s’accélère: «Sur les 10 dernières années, nous avions entre un et trois cas par an. Mais sur les dernières trois années, c’est 10, 20, voire 30 par an. Nous en avons eu plus durant la première moitié de l’année 2019 que sur l’ensemble de l’année 2018.»

De même concernant les licornes (start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars): «Il y en a beaucoup désormais en Europe. Voilà cinq ou six ans, quand nous traquions des licornes, c’était un peu vide. Désormais nous n’avons pas assez d’espace pour le montrer sur une seule page», constate David Dana en montrant une feuille pleine de noms.

L’Europe innove

Comment expliquer cette évolution? «Nous avons toujours eu en Europe la matière pour fournir de l’innovation, avec des capacités techniques, de nombreux chercheurs, des PhD, des étudiants et beaucoup de talents sur le terrain», explique David Dana. «Nous avons plus de scientifiques en Europe qu’aux États-Unis!»

Par le passé, le marché du venture capital se répartissait avec, d’un côté, l’innovation pour les États-Unis et, de l’autre, la réglementation pour l’Europe. «Nous voulons changer!», assure David Dana. «L’innovation provient beaucoup de l’Europe désormais, même si nous gardons une bonne part de la réglementation.»

Une réglementation bienvenue, notamment dans des secteurs comme la fintech ou la regtech, comme le rappelait le ministre des Finances, Pierre Gramegna, lors de son discours d’ouverture du GVS .

Des performances qui expliquent pourquoi de nombreux acteurs non européens, principalement américains et asiatiques, établissent désormais leurs opérations en Europe. Un processus qui peut d’ailleurs s’avérer complexe.

«L’Europe est très spécifique», explique David Dana. «Mais la difficulté est la même que pour les acteurs européens qui veulent entrer sur les marchés asiatiques et européens. Notre rôle est d’ailleurs d’aider ces entités à entrer dans l’écosystème du venture capital européen. Et nous sommes ravis de les initier à ses spécificités et à ses pratiques», conclut le head of investment du FEI.