POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Une transition en trois étapes

L’Europe présente sa stratégie pour l’hydrogène



Avant de rouler dans des bus à hydrogène propre, il faudra patienter: il n’est pas compétitif économiquement par rapport à l’hydrogène fossile. D’où une transition en trois étapes en Europe. (Photo: Shutterstock)

Avant de rouler dans des bus à hydrogène propre, il faudra patienter: il n’est pas compétitif économiquement par rapport à l’hydrogène fossile. D’où une transition en trois étapes en Europe. (Photo: Shutterstock)

La Commission européenne a présenté ce mercredi à la mi-journée sa stratégie pour l’hydrogène. Un plan en trois étapes, assorti de 38 mesures et d’une nouvelle «Alliance européenne pour un hydrogène propre».

Les investissements cumulés dans l’hydrogène renouvelable en Europe pourraient atteindre 180 à 470 milliards d’euros d’ici 2050, et de l’ordre de 3 à 18 milliards d’euros pour l’hydrogène fossile bas carbone. Combinée au leadership de l’UE dans les technologies des énergies renouvelables, l’émergence d’une chaîne de valeur au service d’une multitude de secteurs industriels et d’autres utilisations finales pourrait atteindre jusqu’à un million de personnes. Les analystes estiment que l’hydrogène propre pourrait atteindre 24% de la demande mondiale d’énergie d’ici 2050, avec un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 630 milliards d’euros.

L’Europe en est sûre: l’hydrogène vert a un avenir, mais pas tout de suite.

«L’hydrogène peut alimenter des secteurs qui ne se prêtent pas à l’électrification et offrir des possibilités de stockage pour compenser les variations des flux d’énergies renouvelables, mais cela requiert une action coordonnée entre les secteurs public et privé, au niveau de l’UE. La priorité est de développer l’hydrogène renouvelable, produit principalement à partir des énergies éolienne et solaire», indique le communiqué de la Commission européenne, dans sa nouvelle stratégie en faveur de l’hydrogène .

«Toutefois», précise-t-elle, «à court et à moyen terme, d’autres formes d’hydrogène bas carbone seront nécessaires pour réduire rapidement les émissions et soutenir le développement d’un marché viable».

Elle prévoit donc une transition en trois étapes:

- de 2020 à 2024, installation d’une capacité d’au moins 6 gigawatts d’électrolyseurs pour la production d’hydrogène renouvelable dans l’UE, avec l’objectif de produire jusqu’à un million de tonnes d’hydrogène renouvelable;

- de 2025 à 2030, au moins 40 gigawatts d’électrolyseurs pour la production d’hydrogène renouvelable et une production allant jusqu’à 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable dans l’UE;

- de 2030 à 2050, les technologies utilisant l’hydrogène renouvelable devraient atteindre leur maturité et être déployées à grande échelle dans tous les secteurs difficiles à décarboner.

Dans l’après-midi, pour piloter son projet et notamment les évolutions technologiques, a été lancée l’Alliance européenne pour un hydrogène propre.

«L’Alliance européenne pour un hydrogène propre, lancée ce jour, permettra d’orienter les investissements vers la production d’hydrogène», a expliqué le commissaire au Marché unique, Thierry Breton. «Elle constituera une réserve de projets concrets destinés à soutenir les efforts de décarbonation des industries européennes à forte intensité énergétique, telles que les industries sidérurgique et chimique. Cette alliance revêt une importance stratégique pour la réalisation des ambitions que nous nourrissons dans le cadre de notre pacte vert et pour la résilience de notre industrie.»

Et trois axes pour une intégration énergétique

Au même moment, Bruxelles a aussi présenté une «stratégie pour l’intégration du système énergétique» , basée sur trois piliers:

un système énergétique plus «circulaire», centré sur l’efficacité énergétique. La stratégie définira des mesures concrètes pour appliquer dans la pratique le principe de «primauté de l’efficacité énergétique» et utiliser plus efficacement les sources d’énergie locales dans les bâtiments ou communautés. Ou comment réutiliser la chaleur résiduelle provenant de sites industriels, de centres de données ou d’autres sources, et d’énergie produite à partir de biodéchets ou dans les stations d’épuration des eaux usées. La «vague de rénovations» constituera un volet important de ces réformes;

- une électrification directe accrue des secteurs d’utilisation finale. Le secteur de l’électricité affichant la part la plus élevée d’énergies renouvelables, il faudra utiliser l’électricité partout où cela est possible: par exemple, pour les pompes à chaleur dans les bâtiments, les véhicules électriques dans les transports ou les fours électriques dans certaines industries. Un réseau d’un million de points de recharge pour véhicules électriques comptera parmi les résultats visibles, de même que l’expansion de l’énergie solaire et de l’énergie éolienne;

- pour les secteurs où l’électrification est difficile, la stratégie promeut des combustibles plus propres, notamment de l’hydrogène renouvelable et des biocarburants et biogaz durables. La Commission proposera un nouveau système de classification et de certification des combustibles renouvelables à faible teneur en carbone.