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140 millions à gagner 

Euromillions: même les non-joueurs sont tentés



Une cagnotte exceptionnelle a le don d’attirer nombre de joueurs «non habituels». (Photo: Shutterstock)

Une cagnotte exceptionnelle a le don d’attirer nombre de joueurs «non habituels». (Photo: Shutterstock)

Le jackpot Euromillions atteindra 140 millions d’euros ce vendredi 28 août. Un gain qui attire ceux qui ne jouent pas habituellement et dope donc les ventes de la Loterie nationale.

140 millions d’euros seront à gagner ce vendredi 28 août lors du tirage Euromillions. Un montant conséquent, supérieur aux 130 millions remportés en février par un Espagnol , mais qui ne figure pas encore dans le top 10 des gains de la loterie européenne, dont le plafond a été fixé à 190 millions.

Si la cagnotte a pris du ventre, c’est grâce à 10 tirages de suite sans gagnant au rang 1 (5 bons numéros et 2 étoiles). Et évidemment cela attise les appétits des joueurs. Ou plutôt des non-joueurs. «En effet, dès que la cagnotte dépasse les 100 millions, on constate un effet sur les ventes», explique Léon Losch, directeur de la Loterie nationale. «Ce sont surtout les joueurs irréguliers, que l’on qualifie aussi de ‘non habituels’, dont ceux qui ne jouent quasi jamais, qui participent en se disant qu’ils vont quand même tenter leur chance… L’image que l’on peut prendre est celle d’un oignon: le centre, ce sont nos joueurs fidèles; puis on ajoute des couches au fur et à mesure de l’augmentation des cagnottes, des couches qui se composent de joueurs de moins en moins habituels plus on s’éloigne du centre.»

Le gain record au Luxembourg: 65.793.284€ en 2013

Même si ce «noyau dur» est difficile à estimer, «grâce à la Wincard, on sait que nos joueurs habitués sont entre 40 et 50.000. Pour des cagnottes importantes, on connaît des pics jusqu’à 100.000 joueurs», poursuit Léon Losch. En moyenne, en 2018, chaque joueur luxembourgeois dépensait 24,18 euros par semaine pour participer au tirage de l’Euromillions. 

Il est un fait qu’une forme d’habitude s’est installée, même envers des montants importants à gagner.
Léon Losch

Léon Losch,  directeur,  Loterie nationale

En 16 ans, la loterie européenne a fait son trou, représentant en 2018 plus de 40% du chiffre d’affaires des jeux de hasard au Luxembourg. «On constate cependant une stabilisation de ce taux», développe encore le directeur. «Il est un fait qu’une forme d’habitude s’est installée, même envers des montants importants à gagner. Il y a 15 ans, faire gagner 100 millions suscitait une effervescence incroyable, une couverture médiatique importante… C’est nettement moins le cas maintenant. Le gain de base était de 15 millions, puis on est passé à 17 millions. Cela va peut-être encore évoluer. Nous sommes dans un domaine où il faut sans cesse innover, évoluer, proposer de nouveaux produits.»

Et quelques jolis lots sont déjà tombés au Luxembourg, dont 28,6 millions en janvier 2020 et 31,6 millions en janvier 2015. Le record? Un gain de 65.793.284€ remporté le 27 septembre 2013, après six tirages sans gagnant.

La crise sanitaire aura un impact sur le chiffre d’affaires

Cet engouement pour ce tirage fera en tout cas du bien à la Loterie nationale, qui reverse une part importante des paris (47,3 millions d’euros en 2018) à l’Œuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte. Car la crise sanitaire a donné un fameux coup de frein aux ventes.

«Le lockdown a vu la fermeture de nombreux points de vente: librairies, cafés… De plus, les gens se sont logiquement concentrés sur les besoins alimentaires, ceux de première nécessité. En quelques semaines, on a enregistré une baisse de 45 à 50% de nos ventes», confie Léon Losch. Et internet ne pouvait compenser. «En 2019, sur les 112 millions du chiffre d’affaires, 5 ou 6 venaient du web. Même si ce segment est en croissance, c’est insuffisant pour compenser une telle chute des ventes physiques.»

Au mois de mai, la Loterie nationale estimait que son chiffre d’affaires chuterait de 10% cette année. Même si les ventes étaient en hausse de 2% jusqu’au moment où a frappé le Covid-19. Depuis lors, les perspectives sont cependant plus optimistes. «Les gens sont moins partis à l’étranger et nos ventes sont meilleures en juin, juillet et août par rapport à l’an passé. De quoi envisager une perte de chiffre d’affaires de 5%, au lieu de 10%. Il n’y a pas de quoi se réjouir, mais dans les circonstances d’une année comme celle-ci je pense que c’est acceptable.»