POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Aide aux États

L’Eurogroupe bloque à nouveau sur un  plan commun



Le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno, affirme qu’une solution est proche. Ce sera pour ce jeudi. (Photo: Shutterstock)

Le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno, affirme qu’une solution est proche. Ce sera pour ce jeudi. (Photo: Shutterstock)

Impasse pour l’Eurogroupe. Les ministres des Finances de la zone euro ne parviennent pas à se mettre d’accord sur la manière d’aider les pays les plus faibles à surmonter la crise sanitaire. Après 16 heures de conférence, ils se retrouveront jeudi.

Les ministres des Finances de l’Union européenne peinent à se mettre d’accord sur un plan global pour soutenir les pays de la zone euro les plus affectés par la crise sanitaire. Ce mercredi matin, après 16 heures de discussion, le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno, a ajourné les discussions à ce jeudi 9 avril.

«Nous sommes proches d’un accord, mais nous n’y sommes pas encore», a tweeté le Portugais. Selon le quotidien belge Le Soir, la discussion coince entre la position des Pays-Bas et celle de l’Italie sur la création de «coronabonds».

L’appellation elle-même ne serait d’ailleurs plus vraiment acceptée, les ministres préférant parler d’une proposition d’«euro-obligations». Bref, cette idée de mutualiser la dette entre pays de la zone euro semble dans l’ornière alors que l’Italie n’en démord pas.

Les craintes de l’Italie

Elle craint en effet que si l’idée de recours à des prêts du mécanisme européen de stabilité (MES) l’emporte, elle doive mettre en place un plan draconien de retour à l’équilibre macroéconomique.

Cette condition est en effet prévue dans les conditions de prêts du MES, établies après la crise des dettes souveraines en septembre 2012. Les pays du nord de l’Europe souhaitent en effet le maintien d’une certaine rigueur alors que, ce week-end, présentant un plan qui inclurait le recours au MES, Mario Centeno avait parlé de conditions fortement assouplies.

La voie médiane de la France

Pour calmer le jeu, en début de semaine, la France avait proposé une voie médiane grâce à la création d’un fonds européen qui émettrait de la dette commune, mais qui serait limité dans le temps. Le temps de permettre à certains États de digérer le choc de la crise sanitaire.

Les États pourraient emprunter jusqu’à 3% de leur PIB et chacun rembourserait le fonds sur base de son niveau de richesse nationale. L’Italie pourrait ainsi recevoir plus qu’elle ne rembourserait.

Les États de la zone euro continueront donc à discuter des moindres détails du communiqué ce jeudi – comme au bon vieux temps de la crise des États souverains – ainsi que de l’augmentation de la capacité de prêt de la BEI jusqu’à 200 milliards d’euros et d’un mécanisme de prêts aux États pour financer le système d’assurance du chômage partiel.

Interrogé sur BFM, Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, a parlé d’«une honte pour les ministres des Finances, une honte pour l’Eurogroupe et une honte pour l’Europe». Malgré des milliers de morts, «les ministres des Finances jouent sur les mots et les adjectifs».

Dans une interview sur la radio publique 100, 7 ce 8 avril, le ministre des Finances, Pierre Gramegna  (DP), s’est montré relativement optimiste. «Les négociations sont encore difficiles, mais je trouve cela positif qu’elles continuent parce que nous sommes devant la crise la plus sérieuse depuis la Seconde Guerre mondiale. Au-delà de la crise sanitaire, tous les pays vont voir leur PIB chuter.»

Il a laissé entendre que c’était finalement un plan de 500 milliards d’euros pour soutenir l’économie européenne qui était sur la table, suite à l’adoption d’une position commune entre la France et l’Allemagne. Une proposition que le Luxembourg soutient. «Je comprends que certains pays veuillent poser leurs conditions. Mais ce qui est fondamental, c’est que nous sommes dans le même bateau et qu’il faut continuer à le piloter. Personne ne sautera du bateau. Nous avons la possibilité de sortir de la crise ensemble, de manière solidaire. À l’époque du plan Marshall, l’Europe s’était relevée à l’aide d’un tiers. Aujourd’hui, elle doit le faire elle-même.»