POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Monseigneur Jean-Claude Hollerich

«Être choisi pour une telle charge fait un peu peur»



Le Pape François et Mgr Hollerich se connaissent depuis longtemps, s’apprécient et partagent une même vision de l’Église. (Photo: Archevêché de Luxembourg)

Le Pape François et Mgr Hollerich se connaissent depuis longtemps, s’apprécient et partagent une même vision de l’Église. (Photo: Archevêché de Luxembourg)

Le 5 octobre, Monseigneur Jean-Claude Hollerich sera le premier ecclésiastique luxembourgeois à devenir cardinal. Une désignation par le Pape François survenue de manière totalement inattendue, accueillie avec beaucoup d’humilité, mais aussi un peu de crainte.

Le Collège des cardinaux constitue la plus haute sphère de l’Église catholique. Ses membres sont les plus proches conseillers du Pape, dont ils assurent notamment la désignation. Le 5 octobre prochain, Monseigneur Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg, deviendra le premier ecclésiastique luxembourgeois élevé à ce rang. Le Pape François a en effet annoncé la nomination de 13 nouveaux cardinaux, dont 10 sont âgés de moins de 80 ans et feront donc aussi partie des électeurs épiscopaux.

En vacances au Portugal, Jean-Claude Hollerich a appris indirectement cette nouvelle qu’il n’attendait pas – Pape François ne lui avait rien dit lors de leurs dernières rencontres. Reçue avec humilité, mais aussi un peu de crainte.

Dans quelles circonstances avez-vous appris votre nomination ce dimanche 1er septembre?

Monseigneur Jean-Claude Hollerich. – «Je suis actuellement en vacances en Algarve et je sortais de la messe que je venais de célébrer. J’ai vu que j’avais reçu de très nombreux messages de félicitations, mais je ne savais pas pourquoi. J’ai donc fait des recherches sur internet, et c’est là que j’ai découvert, puis eu confirmation que le Pape François me nommait cardinal.

C’est une manière de faire qui est tout de même particulière?

«Je trouve que c’est en tout cas une bonne manière de faire. Cela ne met aucune pression sur les épaules des futurs cardinaux. Cela correspond très bien à la personnalité du Pape.

Donc la réorganisation de l’archevêché avec la nomination de Léo Wagener comme évêque auxiliaire ne s’est pas faite dans cette optique?

«En tout cas, pas à ma demande dans ce but, mais bien car un évêque auxiliaire était précieux à Luxembourg. Maintenant,  le Pape avait peut-être une idée derrière la tête à ce moment-là, et avait déjà prévu tout cela quand il a nommé Léo Wagener , ce que je ne savais pas.

Pourtant, vous affirmiez vous-même que le Luxembourg avait peu de chance d’avoir un cardinal...

«En effet, c’est ce que j’ai dit. D’abord parce que je ne voyais pas pourquoi je devais être choisi. Je ne suis pas extraordinaire, juste un être humain. Ensuite, car j’ai aussi affirmé qu’il y avait trop de cardinaux en Europe (100 sur les 215 actuellement en fonction). Enfin, car ce n’est pas un secret: le Pape aime beaucoup les lieux ‘marginaux’. Or, on ne peut pas dire que le Luxembourg soit vraiment un lieu ‘marginal’ en Europe.

Avec le Pape François, nous partageons la même vision de l’ Église .
Monseigneur Jean-Claude Hollerich

Monseigneur Jean-Claude Hollerich,  archevêque de Luxembourg

Vous êtes proche du Pape François?

«Nous nous connaissons depuis longtemps, nous apprécions et partageons la même vision de l’Église, celle qui doit être en 2019. Nous sommes totalement en phase. Par le passé, l’Église donnait des réponses complexes à des questions qui ne se posaient pas. Ce n’est plus possible. Nous devons être à l’écoute et nous nourrir de cela. Nous ne pouvons plus être une Église qui condamne, une Église qui discrimine, mais une Église qui tâche d’apprendre en dialoguant, et d’ainsi devenir plus riche.

Parmi les messages de félicitations, lequel vous a le plus touché?

«Il y a actuellement un navire avec des migrants qui croise en Méditerranée et qu’on empêche d’accoster à Lampedusa. On m’a dit qu’ils avaient applaudi et chanté quand ils ont appris la nouvelle de la nomination de trois cardinaux: Monseigneur Czerny, sous-secrétaire de la section Migrants du Dicastère pour le service du développement humain intégral, Monseigneur Zuppi (connu en Italie pour prôner un accueil digne des migrants, ndlr) et moi-même. Cela m’a fortement touché.

La situation des migrants est-elle une des causes qui vous touchent le plus?

«Oui, en effet, et c’est pour cela que je trouve que le Luxembourg agit comme il le faut. Je salue d’ailleurs l’action de notre ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn , qui n’oublie jamais son humanité.

Qu’est-ce qui va changer pour vous, une fois que vous serez devenu cardinal?

«Je ne pense pas qu’il y aura de grands changements  au niveau de l’Archidiocèse ou de la Comece , si ce n’est que je vais être beaucoup plus présent à Rome. Chaque cardinal fait en effet partie de plusieurs dicastères (en quelque sorte les ‘ministères’ qui constituent la Curie romaine, ndlr) et épaule le Pape de manière directe.

Mais l’Archidiocèse de Luxembourg sera-t-il entre de bonnes mains, en votre absence?

«J’ai au Luxembourg une magnifique équipe. Léo Wagener est un homme d’une grande sagesse. Et Patrick Muller, le nouveau vicaire général, est un homme d’une très grande droiture et consciencieux.

Je connais certains cardinaux depuis longtemps. Néanmoins, cela fait un peu drôle de me dire que je vais faire partie de leur club.
Jean-Claude Hollerich

Jean-Claude Hollerich,  archevêque de Luxembourg

Comment allez-vous préparer votre futur de cardinal?

«Je pense que je vais m’autoriser de passer quelques jours en silence, pour faire le point. Et être en pleine conscience des événements.

Vous serez un des plus jeunes cardinaux. Mais vous connaissez déjà beaucoup d’entre eux?

«Oui, certains depuis longtemps. Néanmoins, cela fait un petit peu drôle de me dire que je vais désormais faire partie de leur club. 

Que ressent-on quand on est ainsi choisi par le Pape?

«J’ai de la joie, mais pour le Luxembourg. Au-delà, oui, cela fait aussi un petit peu peur. C’est tout de même une charge très importante.»