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État de la Nation: les syndicats restent sur leur faim



Les syndicats déplorent «l’insuffisance» des mesures annoncées par le gouvernement mardi. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Les syndicats déplorent «l’insuffisance» des mesures annoncées par le gouvernement mardi. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Les syndicats se montrent circonspects après les discours du Premier ministre, Xavier Bettel et du ministre des Finances, Pierre Gramegna, prononcés mardi et mercredi lors de l’état de la Nation et du dépôt du budget 2021.

Entre le discours sur l’état de la Nation et le dépôt du projet de budget 2021 – 4 heures en tout –, le gouvernement a eu longuement l’occasion de défendre son action et de préciser sa vision de l’année à venir. Une séquence jugée avec circonspection et prudence par les principaux syndicats du pays.

«M. Bettel a répété beaucoup de choses qu’on savait déjà», note Romain Wolff , président de la Confédération générale de la fonction publique (CGFP). «Ce qui est positif de mon point de vue, c’est que quelque chose va se faire au niveau des fonds d’investissement spécialisés [actifs dans l’immobilier] et que le régime des stock-options va être aboli.» Toutefois, «nous n’en avons pas encore les détails et ne savons pas ce qu’il en résultera». Il s’étonne également du report sine die de la réforme fiscale, «un projet très important du gouvernement».

1.000 en un an, c’est beaucoup. Sont-ce des créations nettes de postes ou le remplacement d’une partie des agents partant en pension?

Romain Wolff,  président,  CGFP

Si l’allusion rapide de Pierre Gramegna  (DP) à la création de 1.000 postes dans la fonction publique en 2021 semble une bonne nouvelle, M. Wolff reste sur sa réserve. «1.000 en un an, c’est beaucoup. Sont-ce des créations nettes de postes ou le remplacement d’une partie des agents partant en pension? Où trouver ces gens, comment financer ces recrutements?» La CGFP soutient en tout cas la volonté du gouvernement de poursuivre les investissements et réitère sa revendication de voir ces dépenses exclues du calcul du Programme de stabilité et de croissance (PSC) européen, le cadre budgétaire imposant aux États membres le respect du déficit de 3% du PIB et un endettement de 60% du PIB. Le Grand-Duché devrait afficher un déficit de 7,4% du PIB en 2020, ramené à 2,7% en 2021 si les prévisions du gouvernement se réalisent.

L’OGBL estime, de son côté, que «les leçons des crises précédentes ont été retenues», tout en soulignant «l’insuffisance des annonces positives au regard de la situation sociale et économique que traverse actuellement le pays et des multiples crises préexistantes qui n’ont fait que s’accentuer dans le cadre de la crise liée au Covid-19 (transformations du monde du travail, logement, pouvoir d’achat, inégalités, climat…)».

Le syndicat salue le choix de ne pas mener une politique d’austérité et de conserver «un État-providence fort», ainsi que la poursuite des investissements à un haut niveau et la porte ouverte à de nouveaux emprunts publics. Il accueille également favorablement la reconduction du chômage partiel extraordinaire au-delà du 31 décembre 2020, tout en réitérant sa revendication de voir ce dispositif conditionné à des garanties d’emploi et de salaire.

L’allocation de vie chère n’a plus été adaptée depuis 2009 et sa revalorisation annoncée peut donc, au mieux, être considérée comme un ajustement modeste et toujours insuffisant.

OGBL

Cependant, l’OGBL épingle des mesures «largement insuffisantes», comme le crédit d’impôt dégressif destiné à compenser la taxe carbone sur les carburants, jugé «bien trop faible pour réellement compenser la nouvelle taxe» et nul pour un revenu annuel imposable de 80.000 euros, alors que le salaire moyen se situe autour de 65.000 euros. Le syndicat réclame de la cohérence avec un dispositif pour les locataires ne pouvant choisir leur mode de chauffage et s’interroge sur le sort des ménages démunis déjà exonérés d’impôt.

Quant à la hausse de 10% de l’allocation de vie chère, elle est jugée dérisoire. Il est «inadmissible que le gouvernement [la] présente comme étant une compensation sociale en lien avec l’introduction de la taxe carbone. En effet, l’allocation de vie chère n’a plus été adaptée depuis 2009 et sa revalorisation annoncée peut donc, au mieux, être considérée comme un ajustement modeste et toujours insuffisant, qui aurait dû être réalisé depuis longtemps.» Le syndicat demande le maintien du doublement de l’allocation en 2021 et une augmentation significative par la suite.

De l’autre côté de l’échelle salariale, le syndicat s’oppose à la prime participative, qui lui semble «très similaire» aux stock-options abolies.

La tripartite passée sous silence

Concernant le logement, l’OGBL «se félicite» de la volonté gouvernementale d’imposer les FIS dans le secteur immobilier et foncier, mais juge la mesure «globalement bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour relever sérieusement le défi que constitue la crise du logement», réclamant la mise sur le marché de davantage de logements sociaux, l’obligation pour les Communes de promouvoir les logements abordables ou encore la réforme de l’impôt foncier.

Il déplore surtout les «silences» du gouvernement sur les «nécessaires réformes en matière de droit du travail» et la revalorisation des prestations familiales. D’autant que Xavier Bettel  (DP) avait refusé d’organiser une nouvelle tripartite avant son discours sur l’état de la Nation, ce qui aurait présagé une prise de position.

Les chambres professionnelles livreront leur analyse d’ici quelques semaines, le temps d’éplucher les 600 pages du projet de budget 2021.