POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Premier-mai des syndicats

«L’État n’est pas une vache à lait», dit Nora Back



La présidente de l’OGBL, Nora Back, a, la première, appelé l’État à intégrer les syndicats à la gestion de la crise et de l’après-crise. Le président du LCGB, Patrick Dury, a notamment souhaité une cellule de reclassement en cas de faillites et des mesures qui se prolongent au-delà de la crise.

[Ce texte a été mis à jour avec l’intervention du président du LCGB, programmée une heure après celle de Mme Back]

«En 1982, John Castegnaro a dit: ‘Avant la crise, ils ne nous ont pas demandé de partager des milliards de bénéfices. Après la crise, qu’ils ne nous demandent pas de payer des milliards de pertes’.» Sur le podium de la grande salle de la Maison du peuple vide, la présidente de l’OGBL, Nora Back , en appelle à la figure tutélaire du premier syndicat du pays.

Dans un discours de 25 minutes retransmis en même temps sur Facebook et sur Youtube – auquel 250 personnes ont assisté au total –, Nora Back insiste sur le fait que si le syndicat a soutenu les mesures prises par le gouvernement en un temps record, il n’est pas question d’en rester là.

«Nous exigeons la convocation d’une tripartite», répète-t-elle depuis quelques jours, quitte à provoquer l’ironie du patron des patrons, Nicolas Buck , sur les réseaux sociaux. «Le gouvernement a décidé de créer une taskforce d’exit au sein de laquelle ne figure aucun représentant des salariés. Ce n’est pas acceptable!»

L’état d’urgence, «une erreur non nécessaire»

Au milieu des 29 dérogations au droit du travail et des 41 règlements grand-ducaux adoptés dans l’urgence, la chef de file de l’OGBL s’est félicitée de l’accès au chômage partiel pour tous les secteurs, de l’interdiction des licenciements, du chômage partiel pour raisons familiales ou de la suspension des 78 semaines de chômage comme limite aux droits.

Mais elle a aussi pointé du doigt la dérogation au temps de travail des secteurs essentiels. Les salariés peuvent aller jusqu’à 12 heures par jour ou 60 heures par semaine. «C’était une erreur non nécessaire pour ceux qui travaillent déjà dans des conditions terribles! Nous veillerons à ce que cela disparaisse dès la fin de la crise!»

Pour son premier discours du Premier-Mai, Mme Back a aussi invité l’État à récupérer les aides aux entreprises dès que la situation se sera rétablie pour elles. «L’État n’est pas une vache à lait», a-t-elle martelé avant d’inviter à augmenter le salaire social minimum, à améliorer les conventions collectives ou à investir massivement dans la santé ou l’éducation, quitte à devoir emprunter.

Avant de rappeler, une nouvelle fois, que «la tripartite reste l’instrument» de référence pour gérer l’après-crise. 

Cellule de reclassement et cadre pour le travail à distance

De son côté, le président du LCGB, Patrick Dury , dans un message de 12 minutes diffusé sur le site internet du syndicat et sur Facebook, a lui aussi salué les mesures tout en pointant d’autres aspects.

«Pour pouvoir protéger la santé de chaque salarié, le LCGB a soumis des revendications au gouvernement et au patronat, dont notamment des règles compréhensibles pour des conditions de travail sûres pendant la pandémie; la mise à disposition de matériel de protection comme les masques, les gants et les gels désinfectants; le strict contrôle des nouvelles règles de comportement», a-t-il insisté.

La crise a montré l’impact de la digitalisation du travail, a souligné le président du LCGB, Patrick Dury, qui a appelé à un cadre réglementaire. (Photo: Paperjam)

La crise a montré l’impact de la digitalisation du travail, a souligné le président du LCGB, Patrick Dury, qui a appelé à un cadre réglementaire. (Photo: Paperjam)

À la «veille» du déconfinement, qui sera progressif, il confirme aussi «le droit de retrait pour le salarié en cas de non-respect des mesures de protection. C’est-à-dire, si les mesures sanitaires ne peuvent pas être respectées pour une raison quelconque, aucun salarié du Grand-Duché ne peut être forcé à travailler dans des conditions dangereuses pour leur santé. Ceci constitue une revendication principale du LCGB», qui demande le test de tous les salariés qui retournent après une absence prolongée au travail.

Le LCGB demande au gouvernement «d’améliorer et de développer davantage le chômage partiel en tant qu’instrument anticrise. Le chômage partiel doit, dans la mesure du possible, éviter tout licenciement et par conséquent être maintenu pour une période prolongée après la fin de la crise sanitaire», ainsi qu’«un ajustement de l’indemnité à 90% du salaire plafonnée à cinq fois le salaire social minimum.»

Il est difficile de comprendre pourquoi il a fallu attendre une telle crise avant que le ministre compétent ait réalisé qu’une telle limite crée des situations qui mettent en péril l’existence financière de personnes gravement malades. Le comportement des responsables dans ce dossier est simplement cynique et nullement justifiable.»

Patrick Dury,  président du LCGB

«En cas de faillite, les salariés concernés doivent pouvoir bénéficier dès le premier jour de l’indemnité de chômage. Pour amoindrir les conséquences du chômage, le LCGB revendique de nouveau la mise en place d’une cellule de reclassement nationale. Une telle structure permettra aux salariés qui perdront leur emploi dans cette crise de maintenir un emploi en les transférant vers d’autres entreprises.»

«Il faudra également réfléchir à lancer des travaux d’utilité publique pour gérer tout éventuel sureffectif de personnel dû à la crise», a-t-il déclaré, allant dans le sens de Mme Back.

Maintenir le congé collectif du BTP

«Le LCGB revendique également pour l’après-crise de ne plus jamais restaurer la limite de 78 semaines de maladie. Il est difficile de comprendre pourquoi il a fallu attendre une telle crise avant que le ministre compétent ait réalisé qu’une telle limite crée des situations qui mettent en péril l’existence financière de personnes gravement malades. Le comportement des responsables dans ce dossier est simplement cynique et nullement justifiable.»

«Le salaire social minimum devra être ajusté et adapté pour garantir à tous les salariés un revenu supérieur au seuil de risque de pauvreté.»

«La crise sanitaire actuelle a en outre relevé l’importance de la digitalisation, car cette dernière a justement permis la continuation partielle de notre économie par voie du télétravail et de visioconférences. Le LCGB demande ainsi aux ministres du Travail et des Finances de créer le cadre légal nécessaire pour développer encore davantage les outils digitaux. Il faut notamment continuer les mesures fiscales pour les frontaliers afin de garantir l’implémentation durable du télétravail comme méthode de travail alternative.»

 Enfin, le chef du LCGB a invité le gouvernement et le patronat à «ne pas tenter de profiter de cette crise en imposant la semaine de 60 heures ou en remettant en question des acquis bien établis, comme le congé collectif dans le secteur de la construction.»