Jean-Baptiste Nivet: «Une augmentation de l’âge de départ à la retraite ne serait envisagée que dans le cas d’une réelle hausse de l’espérance de vie en retraite, dans une logique de rééquilibrage entre la durée de vie active et celle passée à la retraite.» (Photo: Guy Wolff/Maison Moderne)

Jean-Baptiste Nivet: «Une augmentation de l’âge de départ à la retraite ne serait envisagée que dans le cas d’une réelle hausse de l’espérance de vie en retraite, dans une logique de rééquilibrage entre la durée de vie active et celle passée à la retraite.» (Photo: Guy Wolff/Maison Moderne)

L’augmentation de l’espérance de vie, passée et anticipée, est l’une des causes principales de la non-viabilité à long terme du système de pensions. L’indexation de l’âge de départ en retraite est l’une des alternatives pour la prendre en compte, sans remise en cause de gains sociaux.

La hausse de l’âge officiel de départ en retraite est l’une des lignes rouges décidées par le gouvernement pour la très probable future réforme des pensions, celui-ci préférant viser une augmentation de l’âge effectif de départ en retraite sans modifier l’âge légal de 65 ans. Cette volonté peut se comprendre par un âge légal finalement proche de ceux des autres pays européens, quand celui de l’âge effectif détone, 60,5 ans pour les hommes et 58,4 ans pour les femmes en 2022, contre 62,5 et 62,3 respectivement dans l’Union européenne. L’édification de cette ligne rouge s’explique aussi par une mesure considérée comme peu populaire, l’exemple français illustrant combien un report de l’âge de la retraite peut crisper la population.

Le choix de recourir à une augmentation de l’âge de départ à la pension, qui est illustrée en Allemagne par une hausse prévue de 66 ans et deux mois actuellement à 67 ans en 2031, résulte de l’évolution de l’espérance de vie à 60 ans. Celle-ci a augmenté au Luxembourg depuis la dernière réforme de 2012, de 1,4 année pour les hommes et de 1,1 pour les femmes pour atteindre respectivement 23,3 et 26,5 ans. Couplé à un âge effectif de départ en retraite relativement précoce, les pensionnés peuvent actuellement espérer profiter de leur retraite durant 25 ans au Luxembourg, la situation la plus favorable de l’Union européenne.

Et il est prévu que les progrès de la médecine continuent à augmenter la durée de retraite, l’IGSS anticipant une durée de pension moyenne atteignant 28 années en 2050 et 29 ans en 2070. Cette avancée manifeste serait l’une des principales raisons de la non-soutenabilité financière à long terme du système de pensions luxembourgeois, car elle participe du déséquilibre entre le nombre de cotisants et celui des pensionnés.

Pour répondre à ce futur déséquilibre, plutôt que de différer l’âge de la retraite, il serait possible d’indexer les différents âges légaux de départ à la retraite, anticipée à 57 et 60 ans, et l’âge officiel de 65 ans, à l’évolution de l’espérance de vie à 60 ans. Ainsi, une augmentation de l’âge de départ en retraite n’aurait lieu que dans le cas réel d’une hausse des années de vie de pension, et dans un souci de rééquilibrage entre la durée de vie active et de vie à la retraite. Cette mesure, déjà en place en Suède, aux Pays-Bas et au Danemark, aurait pour conséquence de maintenir la durée de pension moyenne aux alentours de 25 ans en moyenne d’ici à 2050. Elle a toutefois le grand mérite de permettre, couplée à d’autres éléments de réforme, de préserver le pouvoir d’achat des pensionnés bien davantage que les mesures d’économies envisageables sans augmentation de l’âge de la retraite.

Cette indexation devrait s’accompagner de mesures incitatives au vieillissement actif, avec l’instauration d’un bonus du montant de la pension pour les personnes qui diffèrent leur départ en retraite, et de politiques favorisant l’employabilité des seniors, portant sur leur formation, les postes peu adaptés ou encore la pénibilité.  L’indexation à l’espérance de vie à 60 ans n’est pas une solution «miracle» pour pérenniser le régime général des pensions mais une piste à envisager dont il est utile de simuler les effets financiers macroéconomiques et pour les pensionnés, comme pour d’autres mesures envisageables. C’est ainsi qu’Idea présentera le 3 avril, non pas une mais quatre réformes complètes du système de pensions luxembourgeois, avec des choix philosophiques et politiques marqués.

 « Réforme des pensions : que faire ? » le jeudi 3 avril

  se déroulera en deux temps. Idea révèlera et décryptera dans un premier temps ses propositions de réforme pour garantir la viabilité à long terme de notre système de retraite. Dans un second temps, la table-ronde «En juin, le temps des réformes ? » sera l’occasion de débattre de la nécessité ou non d’une réforme, des grands enjeux autour d’une telle démarche et de différentes visions d’avenir pour le système de pensions luxembourgeois.

Son déroulé sera le suivant :

Discours d’introduction de Michel Wurth, Président d’Idea

Discours de Martine Deprez, ministre de la Santé et de la Sécurité sociale

Présentation des quatre scénarios de réforme d’Idea par Muriel Bouchet, expert associé et ancien Directeur du think tank

Table-ronde « En juin, le temps des réformes? » avec la participation de :

Djuna Bernard, députée déi Gréng et membre de la Commission de la Santé et de la Sécurité sociale

Marc Wagener, directeur de l’Union des entreprises luxembourgeoises

Sylvain Hoffmann, directeur de la Chambre des salariés

Vincent Hein, directeur d’Idea

La conférence sera animée par  Caroline Mart, chef de l’information chez RTL Télé Lëtzebuerg. 

Quand? Le jeudi 3 avril, de 17h à 19h, suivi d’un cocktail

Où? Centre de conférences de la Chambre de commerce, 7 rue Alcide de Gasperi, Luxembourg

Vous pouvez cliquer sur ce lien pour vous inscrire :

* Jean-Baptiste Nivet est Senior Economist à la Fondation Idea