POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Marche blanche

Et pourtant, la vaccination, ça marche!



Au niveau européen, la comparaison entre le taux de vaccination et le taux de mortalité sur 14 jours met en évidence l’efficacité de la vaccination. (Photos: European Union; Delano. Photomontage: Maison Moderne)

Au niveau européen, la comparaison entre le taux de vaccination et le taux de mortalité sur 14 jours met en évidence l’efficacité de la vaccination. (Photos: European Union; Delano. Photomontage: Maison Moderne)

Une marche blanche réunit à nouveau, dimanche, des manifestants s’opposant à la fois aux mesures sanitaires et à la vaccination. Les vaccins représentent pourtant la meilleure solution pour éviter des restrictions supplémentaires, comme le démontrent sans ambiguïté les données scientifiques.

La sixième «marche blanche silencieuse» (MBS) a eu lieu ce dimanche à Luxembourg-ville dans un contexte où l’épidémie s’aggrave en EuropeLuxembourg inclus –, et où certains pays, tels l’Autriche et les Pays-Bas, ont décidé de recourir à nouveau au confinement. Sans même encore évoquer le variant Omicron.

Les manifestants ont cependant, semble-t-il, été moins nombreux que lors des dernières éditions. Si le but affiché est de «défendre la liberté de pensée et de parole», la MBS se fédère autour de la colère provoquée par les mesures sanitaires – en l’occurrence le CovidCheck – et d’un profond scepticisme vis-à-vis de l’efficacité des vaccins anti-Covid.

Un scepticisme qui va pourtant à l’encontre de toutes les données scientifiques qui s’accumulent et qui prouvent désormais de manière indubitable l’efficacité des vaccins sur le terrain, alors que ceux-ci sont maintenant utilisés depuis des mois. Le Conseil supérieur des maladies infectieuses (CSMI), qui réunit au Luxembourg les experts scientifiques sur le sujet, l’a rappelé dans une recommandation datée du 8 novembre dernier: «Une large étude israélienne portant sur plus d’un million de personnes à 90% vaccinées avec deux doses a montré une effectivité de 96% à 97% sur tous les objectifs cliniques (formes graves de la maladie, hospitalisation et décès) et de 83% à 88% sur l’infection asymptomatique.»

Disparité selon le taux de vaccination

Au niveau de l’Union européenne, alors que les taux de vaccination sont très différents d’un pays à l’autre (de 93% en Irlande à 29% en Bulgarie), la comparaison entre ce taux de vaccination et le taux de mortalité sur 14 jours met aussi en évidence l’efficacité de la vaccination (15 morts sur une période de 14 jours en Irlande contre 325 en Bulgarie).

À l’échelle du Luxembourg, le vaccin a aussi prouvé son efficacité sur le terrain, notamment au niveau de la population âgée de 70 ans et plus complètement vaccinée, avec une protection de «85% contre les infections, 99% contre les hospitalisations et 92% contre les décès», constate le CSMI. «Il y a donc presque neuf fois moins de risque d’être infecté et dix fois moins d’hospitalisations pour Covid-19 chez les personnes complètement vaccinées de 70 ans et plus», ajoute le Conseil.

Dans les structures d’hébergement pour personnes âgées, une «protection similaire» est observée chez les résidents de plus de 70 ans, «avec une réduction des infections de 90%, des hospitalisations de 98% et des décès de 96% après la deuxième dose», remarque le CSMI.

Toujours efficace

Alors que l’épidémie repart au Luxembourg, les derniers chiffres disponibles sont aussi rassurants quant à l’efficacité de la vaccination. Le rapport hebdomadaire du ministère de la Santé, concernant la semaine du 15 au 21 novembre, remarque ainsi que, parmi les 1.897 nouvelles infections, le taux d’incidence des personnes testées positives non vaccinées est de 450,92 pour 100.000 habitants, alors qu’il est de 217,71 pour celles qui avaient un schéma vaccinal complet. Ainsi, «les personnes non vaccinées ont plus de deux fois plus de risque d’être infectées que les personnes avec un schéma vaccinal complet», constate le rapport.

Dans les hôpitaux, la situation semble dans un premier temps moins évidente: 20 patients sur 39 hospitalisés en soins normaux n’étaient pas vaccinés (19 avaient un schéma vaccinal complet), alors que 4 patients sur 10 en soins intensifs n’étaient pas vaccinés (6 avaient un schéma vaccinal complet).

Hausse du taux des vaccinés

Mais, alors que les personnes vaccinées étaient quasi inexistantes en soins intensifs il y a quelques semaines, deux éléments expliquent ce phénomène de «rattrapage». Tout d’abord, la hausse du taux de vaccination entraîne mathématiquement une hausse de la présence des vaccinés dans la comptabilité des hospitalisations. Si 6 personnes en soins intensifs sur 10 sont vaccinées, cela ne signifie pas qu’une personne vaccinée a 6 chances sur 10 de se retrouver en soins intensifs. Car il faut bien sûr tenir compte du fait que 77% de la population luxembourgeoise est désormais vaccinée.

Pour pousser le raisonnement, on peut dire que si 100% de la population était vaccinée, le vaccin n’étant pas efficace à 100%, il y aurait tout de même des infections et des hospitalisations dans la population et, de fait, 100% des personnes hospitalisées seraient vaccinées. Ce qui ne prouverait pas pour autant l’inefficacité de la vaccination.

Il faut donc rapporter le nombre de personnes en soins intensifs à la population à laquelle ces personnes appartiennent. Ainsi, 6 personnes vaccinées en soins intensifs sur 425.854 personnes vaccinées dans le pays et 4 personnes non vaccinées sur 127.203 personnes éligibles à la vaccination, mais non vaccinées. Ce qui correspond à un taux de 1,4 personne vaccinée en soins intensifs sur 100.000, pour 3,14 personnes non vaccinées sur 100.000 en soins intensifs. Le risque de développer une forme grave reste donc bien plus faible au sein de la population vaccinée.

Baisse de l’immunité

Une deuxième raison explique la hausse de la présence de personnes vaccinées dans les hôpitaux: la baisse de l’immunité conférée par le vaccin avec le temps. «L’effectivité vaccinale reste excellente contre les formes sévères, mais a tendance à décroître avec le temps», reconnaît ainsi le CSMI, et ce «en particulier dans les tranches d’âge les plus élevées (plus de 65 ans) et chez les personnes immunodéprimées».

La nécessité d’une troisième dose de vaccin, ouverte à tous les adultes de plus de 18 ans, est pour cette raison fortement recommandée. Car le risque de développer une forme sévère du Covid, en particulier pour les personnes vulnérables, augmente avec le temps si cette troisième dose n’est pas administrée.

Peu de troisièmes doses

Or, au Luxembourg, la campagne pour ce booster patine. Lors d’une conférence de presse, vendredi 19 novembre, la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), s’en était inquiétée, constatant que seuls 40% des personnes de plus de 65 ans avaient reçu la dose de booster.

Les vaccins ne sont donc pas parfaits. Ils ne protègent pas à 100%. Ils sont moins efficaces sur les personnes immunodéprimées. La protection qu’ils confèrent diminue avec le temps. Mais leur efficacité reste excellente et ils constituent la meilleure protection disponible pour le moment. Ainsi que le meilleur moyen d’éviter un confinement cet hiver.