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Franz Fayot à la veille du rendez-vous de Dubaï

«L’espace, ce n’est plus de la science-fiction»



L’observation de la Terre depuis l’espace et l’utilisation des données permettront de lutter contre des problèmes très concrets comme le réchauffement climatique. De quoi rendre l’espace plus intéressant pour le ministre de l’Économie, Franz Fayot. (Photo: Maison Moderne/archives)

L’observation de la Terre depuis l’espace et l’utilisation des données permettront de lutter contre des problèmes très concrets comme le réchauffement climatique. De quoi rendre l’espace plus intéressant pour le ministre de l’Économie, Franz Fayot. (Photo: Maison Moderne/archives)

Le ministre de l’Économie l’assure: avec la réorientation de la stratégie sur les ressources de l’espace, tout le monde en comprend le potentiel. À partir de ce samedi et jusqu’à mercredi, Franz Fayot (LSAP) emmène une imposante délégation luxembourgeoise à l’Expo universelle de Dubaï.

«Ces milliardaires qui voyagent aux limites de l’espace, je trouve cela très enfantin, et ce n’est certainement pas cela qui m’intéresse le plus dans les développements du secteur!» Interrogé sur les Elon Musk, Jeff Bezos et autres Richard Branson, qui rivalisent de testostérone à coups de vols suborbitaux, Franz Fayot  (LSAP) le dit lui-même: s’il n’est peut-être pas identifié comme «le ministre de l’Espace» comme pouvait l’être son prédécesseur, Étienne Schneider , il est «un passionné de l’espace».

Mercredi, depuis le Rwanda, où il a profité de la Semaine africaine de la microfinance pour signer un accord de coopération avec les autorités rwandaises, le ministre de l’Économie s’inscrit dans la continuité de l’action de celui qui l’a précédé.

Ce samedi, il ralliera directement Dubaï et l’Expo universelle à la tête d’une imposante délégation luxembourgeoise, qui va autant montrer son savoir-faire que nouer des contacts dans une région qui, elle aussi, rêve de se forger un destin dans l’espace. Dimanche, visite du pavillon luxembourgeois . Lundi, rendez-vous au Congrès international astronautique de Dubaï. Et mardi, feu d’artifice d’annonces.

M. Fayot, quel passionné de l’espace êtes-vous?

Franz Fayot. – «Je trouve qu’il y a des choses intéressantes à faire dans ce secteur qui se développe bien, qui a un peu changé d’orientation avec les années. Entre le lancement et l’initiative sur le space mining matérialisée dans la loi de 2017 et aujourd’hui. Nous sommes désormais passés à une stratégie sur les ressources de l’espace.

C’est un secteur très intense en recherche et développement, un bon match pour un pays qui va résolument dans un créneau de secteur à haute valeur ajoutée.
Franz Fayot

Franz Fayot,  ministre de l’Économie

Avec, d’un côté, des technologies qui nous permettront de mieux explorer l’espace – avec la lune en premier lieu et, par après, des perspectives d’aller sur Mars – et avec toute une série d’entreprises actives dans l’observation depuis l’espace de ce qui se passe sur Terre. L’utilisation de ces données aura de nombreux usages terrestres, que ce soit pour lutter contre le réchauffement climatique, le trafic maritime, la pêche, l’agriculture dans les pays en développement, avec une multitude d’applications qui seront bénéfiques pour la Terre.

De même, des entreprises développent des technologies à double usage, avec une utilité pour l’exploration de l’espace et sur Terre.

C’est un secteur très intense en recherche et développement, un bon match pour un pays qui va résolument dans un créneau de secteur à haute valeur ajoutée. L’ESRIC (lancée en novembre 2020, ndlr) est, à cet égard, un projet qui a beaucoup de potentiel. C’est aussi un secteur qui a beaucoup d’intérêt pour le Luxembourg, où un écosystème est en train de se créer, où l’on fait des efforts substantiels pour rester en tête de la course, au niveau de la recherche, de la législation ou des investissements dans des entreprises par l’intermédiaire des fonds d’investissement dans lesquels nous avons co-investi. Dans l’opinion publique, je suis peut-être moins associé à ce secteur, mais je pense vraiment que c’est un secteur intéressant qui ne sort pas de nulle part. SES nous a donné de la crédibilité pour construire cette initiative.

Avez-vous l’impression que l’opinion publique comprend mieux les investissements dans ce secteur? Votre prédécesseur a dû essuyer des critiques.

«Avec la réorientation du secteur, pour quitter le focus sur l’exploitation minière qui était l’idée de départ, la stratégie est mieux comprise. La technologie, les satellites et autres éléments d’exploration spatiale pourront fournir de vrais outils pour régler nos problèmes sur Terre, à commencer par le réchauffement climatique. Ces choses qui sont plus proches de nous et de nos problèmes terrestres permettent de mieux illustrer l’utilité de ce secteur au potentiel énorme. Quoi qu’on fasse, des investissements publics sont nécessaires dans chaque secteur économique. J’ai du mal à jauger l’opinion publique, mais je veux bien croire qu’au début, cela paraissait trop dans la science-fiction, loin de nous. 

Au lancement de cette initiative par M. Schneider, ce dernier avait indiqué que cette Expo universelle signifierait le moment où tout serait en place au Luxembourg. Considérez-vous qu’à Dubaï, vous pourrez montrer tout ce que vous vouliez mettre en place, ou avez-vous d’autres idées en tête?

«À Dubaï, nous ferons un certain nombre d’annonces. Mais les grands piliers sont en place. Il y a le cadre réglementaire et législatif, avec la loi sur les ressources spatiales qui vient d’être adoptée et l’interprétation de l’accord Artemis sur l’‘outer space’. Mais il y a aussi la recherche, avec l’ESRIC, la chaire de l’Université du Luxembourg sur l’espace, ou ce qui se passe au List. Il y a aussi les fonds d’investissement orientés vers les start-up ou les entreprises innovantes de l’espace.

Et, finalement, la promotion de l’écosystème luxembourgeois pour attirer de nouvelles entreprises porte ses fruits, puisque nous sommes à 70 entreprises actives dans ce secteur. Ça montre un véritable intérêt. Nous devrons encore y travailler. ESRIC vient de débuter et va monter en puissance dans les années à venir. Il faudra construire ce campus de l’espace, c’est prévu. Et ce sera déployé. Les grands axes sont là. Lorsqu’on en parle avec des responsables politiques étrangers ou des agences spatiales, notre stratégie rencontre une certaine appréciation parce qu’elle est complète et couvre tous les aspects de ce qu’il faut mettre en place.»