ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Dans le BTP

Entreprises luxembourgeoises cherchent salariés lorrains



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Plus de 300 postes étaient à pourvoir par les 20 agences d’intérim luxembourgeoises spécialisées dans le BTP, lors du forum de l’emploi organisé mercredi 28 août à Serémange-Erzange. (Photo: Paperjam)

Un forum de l’emploi était organisé dans la vallée de la Fensch mercredi 28 août. Vingt entreprises d’intérim luxembourgeoises, spécialisées dans le BTP, étaient présentes. 500 demandeurs d’emploi étaient conviés.

«Le marché du BTP au Luxembourg est en forte croissance avec tous les chantiers en cours. Les entreprises ont donc un fort besoin de main-d’œuvre, mais peinent à recruter des salariés qualifiés», explique Ralph Guebert, conseiller entreprise pour le transfrontalier à Pôle emploi Hayange.

Ce mercredi 28 août, un forum de l’emploi à destination des métiers du BTP était organisé dans la vallée de la Fensch, à Serémange-Erzange. Vingt agences d’intérim du Luxembourg, partenaires de Pôle emploi, étaient présentes, pour des missions en Lorraine et au Luxembourg.

La mobilité freine les frontaliers

«Nous organisons deux fois par an un forum comme celui-ci, un en février avant le début de la reprise d’activité, et un autre à la fin du congé collectif», poursuit Ralph Guebert. «Nous avons ciblé les demandeurs d’emploi qualifiés inscrits dans notre agence et mobiles au Luxembourg.»

Plus de 300 postes étaient à pourvoir, et 500 demandeurs d’emploi conviés par Pôle emploi. «Les choses ont changé sur le marché de l’emploi depuis trois à quatre ans. Désormais, les entreprises ne recherchent pas de nouveaux clients, mais de la main-d’œuvre», ajoute celui qui travaille à Pôle emploi depuis 27 ans.

«Un certain calcul à faire»

Le Luxembourg, avec ses salaires aux taux horaires supérieurs à ceux pratiqués en France, est bien sûr attractif, «mais de plus en plus de salariés ne veulent plus être tributaires des problèmes de mobilité, des transports, et du trafic sur les routes», explique Nadine Muller, chargée de recrutement chez Oceal Intérim. «Nous avons de nombreux postes ouverts, de coffreurs, plaquistes, plâtriers, on essaie de trouver les bons profils, et surtout des nouveaux profils.»

«Il y a un certain calcul à faire, entre le temps passé dans les bouchons et le salaire gagné à la fin du mois; c’est pourquoi certains salariés préfèrent désormais gagner un peu moins, mais éviter les contraintes de la mobilité vers le Luxembourg», ajoute Nadine Muller. «Surtout que la conjoncture est un peu meilleure en ce moment en France, donc certains frontaliers lorrains retournent travailler dans leur pays», confirme Ralph Guebert.

L’avantage des retraites et des allocations familiales

Pour Anthony, 36 ans et 12 ans d’ancienneté au Grand-Duché en tant que chargé d’affaires dans le chauffage-sanitaire, «le Luxembourg reste plus intéressant que la France, car je parle allemand et je connais bien les entreprises du secteur».

Licencié il y a quelques mois, le trentenaire se dit confiant quant au fait de trouver un nouvel emploi. «Mais je suis aussi prêt à baisser mes prétentions salariales pour retrouver du travail», confie cet habitant de Terville. «Pour moi, les avantages de travailler au Luxembourg se situent au niveau des retraites et des allocations familiales.»

Un constat partagé par Patrice, 52 ans, en recherche d’emploi depuis le mois de juin, suite à un licenciement. «J’étais en CDI en tant que conducteur de travaux, j’ai déjà des contacts avec d’autres entreprises. Je suis confiant, mais je sais qu’il faudra peut-être que je baisse mes prétentions salariales, mais cela reste un salaire très honnête.»

Des secteurs qui attirent moins

«Si l’on compare deux postes à des qualifications similaires en France et au Luxembourg, et que l’on calcule au prorata des heures travaillées, je ne suis pas sûr que les frontaliers lorrains soient gagnants au Grand-Duché, c’est pour cela qu’il faut bien réfléchir en fonction de sa situation», nuance Anthony.

Parmi les entreprises présentes, une n’est pas dans le secteur de l’intérim: il s’agit de Mersch & Schmitz, spécialisée dans le chauffage-sanitaire. Deux salariées, dont Laëtitia Bellemain, RRH de la société qui emploie 165 personnes, ont fait le déplacement pour parler en direct avec les demandeurs d’emploi.

Une formation à changer

«Nous avons une vingtaine de postes à pourvoir, et l’on ressent des difficultés pour recruter. Le Luxembourg est attractif pour les secteurs de la banque, ou dans l’administratif, mais pour des postes de chauffagistes, qui plus est qualifiés, cela devient vraiment compliqué de trouver.»

Pour la RRH de Mersch & Schmitz, «c’est au niveau de la formation qu’il faut que les choses changent, que l’image de nos métiers évolue. Nous faisons partie de Tralux, filiale luxembourgeoise du groupe lorrain Demathieu Bard, il y a donc de nombreuses possibilités d’évolution et de formation.»

Aujourd’hui, la part des frontaliers venant de Lorraine représente 52,2% de l’ensemble des frontaliers au Luxembourg. Et selon l’Agence d’urbanisme et de développement durable Lorraine Nord (Agape), le nombre de frontaliers français devrait passer à 153.100 en 2035 . La région française devrait donc «fournir 70% des frontaliers supplémentaires dont aura besoin le Luxembourg», selon l’Agape.

Une main-d’œuvre qui n’est pas extensible

«Les Lorrains font bien sûr partie des recrutements historiques que nous faisons», confirme Sylvain Patat, administrateur délégué de l’agence Access-Travail. «Mais notre premier vivier concerne la population lusophone.» Durant la matinée du forum de l’emploi de mercredi 28 août, «nous avons rencontré de nombreux profils intéressants, à la fois des cols bleus et des cols blancs. Nous étions présents les années précédentes, et nous avons déjà pu recruter des personnes pour nos clients grâce à cet événement.»

«L’activité est forte au Luxembourg, mais la main-d’œuvre, elle, n’est pas extensible, c’est la rançon de la gloire pour le Grand-Duché. Nous avons une quarantaine de postes ouverts, mais nous n’arrivons pas à tous les pourvoir.»

Des postes d’entreprises qui sont quelquefois dans plusieurs agences d’intérim, le métier étant devenu très concurrentiel. Les demandeurs d’emploi, plus convoités, n’hésitent, pour certains, pas à négocier leur salaire et à «faire jouer la concurrence».