POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

tripartite

Les entreprises aidées par l’État ne pourront pas licencier



De nombreuses personnes en chômage partiel s’inquiètent pour l’avenir de leur emploi. (Photo: Shutterstock)

De nombreuses personnes en chômage partiel s’inquiètent pour l’avenir de leur emploi. (Photo: Shutterstock)

À l’invitation du ministre du Travail, une tripartite a eu lieu avec les syndicats et l’UEL. Plusieurs revendications ont été mises sur la table, en pleine pandémie du coronavirus, qui frappe de plein fouet les entreprises du Luxembourg. Des réponses ont été apportées de suite, d’autres sont attendues dans les jours et semaines à venir.

Ce n'était peut-être pas officiellement une réunion tripartite entre gouvernement, patronat et syndicat, mais l’esprit était bien celui-là. Face à la crise sanitaire qui sévit, son impact sur le monde du travail et l’ensemble de la société, on serre les rangs. D’autant que personne n’ignore plus que la crise économique qui va suivre sera elle aussi extrêmement violente. «J’ai connu la crise de la sidérurgie, mais ce n’est rien par rapport à ce qui arrive. Nous sommes ici face à la plus grande crise nationale depuis la fin de la Seconde Guerre», indique Patrick Dury , président du syndicat LCGB.

Nora Back , présidente de l’OGBL, abonde dans le même sens: «Il est difficile de dire précisément vers quoi on va, mais on sait que le plus dur est sans doute à venir.»

La santé et l’emploi

Lors de la vidéoconférence entre les trois parties, tout le monde a évidemment admis que la priorité du moment était sanitaire, à l’échelle de tout le Luxembourg. «C’est notre première priorité. Mais ensuite il y a la sauvegarde de l’emploi», poursuit Patrick Dury. 

Dès lors, le LCGB et l'OGBL portaient une même  première revendication: que les entreprises visées par des aides de l'État dans le cadre de la crise du coronavirus ne puissent licencier . «C’est fondamental», souligne Nora Back. «Le ministre nous a confirmé que licencier ne serait pas possible. De nombreuses personnes chez elles en chômage provisoire se posent des questions. Elles devaient être rassurées.»

Les syndicats ont ainsi voulu savoir si le gouvernement envisageait de nouvelles fermetures de commerce ou d’entreprises non essentielles . «On nous a expliqué qu’il était difficile de répondre. Tout dépendra de l’évolution de la situation», indique Patric Dury. 

Des demandes ont aussi été faites en ce qui concerne les heures d’ouverture et la manière d’empêcher certains d’acheter des quantités non appropriées. «Il ne faut pas non plus perdre de vue que les frontaliers pourraient être bloqués à la frontière, c’est un vrai problème potentiel.»

Chômage provisoire: 100% de salaire

Des masques et du matériel d’hygiène sera-t-il distribué aux employés, notamment dans le secteur alimentaire? «On nous a dit que cela n’était pas exclu. Nous avons rappelé que la sécurité des gens était aussi une priorité», commente le LCGB. Nora Back précise «que le ministre a indiqué que les stocks de masques étaient pour le moment insuffisants mais que tout serait fait pour la sécurité des employés. Nous avons fait passer le message aussi à l’UEL car ces derniers temps nous avons eu beaucoup de doléances sur des problèmes de sécurité sanitaire dans des entreprises.»

Les syndicats aimeraient aussi que le chômage provisoire soit revu . Et que le salaire soit assumé à hauteur de 100% au lieu de 80%. Aucune promesse n’a été fait à ce niveau «car il faut voir quels sont les employeurs prêts à assumer cela. Des négociations sont en cours.»

Pour sa part, Jean-Paul Olinger , directeur de l'Union des entreprises luxembourgeoises (UEL), souligne «que le système luxembourgeois est déjà très généreux, il faut s'en rendre compte. 80% du salaire cela n'existe pas partout, loin de là. On peut comprendre la demande mais il faut tout de même voir ce qui est réalisable et raisonnable en ces moments. »

Et alors que plusieurs entreprises ont annoncé l’octroi de primes, le LCGB et l’OGBL demandent «que celles-ci soient défiscalisées». Le ministre du Travail et Vice-premier ministre  Dan Kersch (LSAP) a répondu que cela serait étudié en son temps. Mais que les urgences étaient actuellement ailleurs.

Le télétravail et le statut des frontaliers ont également été abordés. «Nous avons voulu aussi avoir des apaisements sur un point important: la suspension des délais légaux. Par exemple, le nombre de semaines de congé de maladie qu’on peut dépasser. Ou encore la suspension des délais de perte des droits au chômage. Le gouvernement va intervenir sur ce point», pointe encore Nora Back.

Pour sa part, l'UEL rappelle que ses priorités sont au nombre de quatre. «En tout premier, il y a d'abord la santé des gens qui travaillent, c'est une évidence. Ensuite, il faut que les entreprises puissent disposer de liquidités pour passer le cas de cette crise sanitaire. La troisième priorité tient au maintien de l'emploi et la quatrième est de faire en sorte que ces moments soient les plus brefs possibles», indique Jean-Paul Olinger.

Le gouvernement s’est engagé à apporter certaines autres réponses complémentaires dans les jours et semaines à venir.

Une grande tripartite à la fin de la crise sanitaire

En attendant, les syndicats restent très mobilisés. «Les affiliés doivent savoir que nous sommes à leurs côtés. On travaille jour et nuit, les délégués sont sur le pont, on utilise le télétravail et tous les autres moyens de communication», disent en choeur LCGB et OGBL.

Les deux organisations syndicales, «mais aussi le patronat» indique Jean-Paul Olinger, ont aussi d’ores et déjà fait part de leur volonté de tenue «d’une véritable tripartite dès la fin de la crise sanitaire». D’ici là, des discussions ponctuelles pourront se poursuivre aussi avec le ministère de la Sécurité sociale ou le ministère de la Santé.