POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Guylaine Bouquet-Hanus (House of Entrepreneurship)

«L’entrepreneur ‘de bonne foi’ doit pouvoir échouer»



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«La culture de l’échec rapide tendrait parfois à minimiser les conséquences plus ou moins lourdes de l’extinction d’une entreprise, à commencer par la destruction d’emplois», estime Guylaine Bouquet-Hanus. (Photo: Vincent Flamion Photography)

La deuxième journée des Entrepreneurs Days se déroulera le 12 juin prochain à la House of Entrepreunership, autour de la notion d’apprentissage par l’échec. Explications avec Guylaine Bouquet-Hanus, business manager à la House of Entrepreneurship – One-Stop Shop.

Ce printemps, la House of Entrepreneurship a décidé d’évoquer la dynamique d’apprentissage par l’échec. Pourquoi?

Guylaine Bouquet-Hanus. – «Pour toute personne qui entend cultiver en elle la fibre entrepreneuriale, la question du rapport à l’échec est centrale. L’entrepreneuriat implique un certain goût pour le risque.

Si l’entrepreneur doit croire en sa vision, prendre un cap et s’y tenir, la réalité se chargera de confirmer ou d’infirmer les hypothèses sur lesquelles il a bâti son projet.

Au travers de cette session des Entrepreneurs Days, la House of Entrepreneneurship souhaite présenter l’entrepreneuriat comme une philosophie pratique qui fait de l’échec, ou plutôt des développements progressifs et itératifs, une étape dans un processus de construction personnel, une occasion d’apprendre, et non plus un point de non-retour.

La House of Entrepreneurship défend ainsi l’idée d’un rapport à l’échec plus ‘décomplexé’, qui permette à l’entrepreneur d’apprendre et de se développer, avec une certaine prise de recul.

L’idée est aussi de prévenir les difficultés et aider les dirigeants à analyser l’échec…

«On entend très souvent parler du mantra ‘fail fast’ de la Silicon Valley. Mais le concept ‘d’échouer vite’ a aussi ses côtés sombres.

Bien entendu, le fait d’échouer rapidement est un excellent moyen d’accélérer l’apprentissage et de limiter la perte de temps et d’argent. Les États-Unis ont ainsi intégré cette approche depuis des années.

Mais il y a des différences culturelles notables justement entre nations/continents, qui doivent être prises en compte lorsqu’il s’agit d’aborder l’échec entrepreneurial; et présenter l’échec rapide aux entrepreneurs comme la seule et unique option est quelque part réducteur.

Notre but en tant que House of Entrepreneurship n’est pas de promouvoir la solution de facilité et d’encourager les entrepreneurs à abandonner trop facilement face aux difficultés, ni de faire l’apologie de l’échec.

La culture de l’échec rapide tendrait parfois à minimiser les conséquences plus ou moins lourdes de l’extinction d’une entreprise.

Guylaine Bouquet-Hanus,  business manager,  House of Entrepreneurship – One-Stop Shop

La culture de l’échec rapide tendrait parfois à minimiser les conséquences plus ou moins lourdes de l’extinction d’une entreprise, à commencer par la destruction d’emplois. Il ne faut pas oublier que les entreprises sont constituées de personnes. Elles ne sont pas des entités qui apparaissent et disparaissent comme par magie sans conséquence.

Quand une entreprise s’éteint, certaines personnes perdent leur emploi. Et d’autres vont perdre leur argent. Et dans le cas des entreprises écoresponsables ou à impact social, la disparition de cette entreprise peut avoir un impact négatif sur les écosystèmes ou les communautés qu’elles essaient de servir.

Nous défendons plutôt l’idée pour l’entrepreneur ‘de bonne foi’ de pouvoir échouer en toute conscience, sans être couvert de honte ou accablé par les procédures administratives.

Mais qu’est-ce que cela signifie d’échouer «avec responsabilité»?

«Cela signifie être conscient des raisons, de l’impact et des conséquences de l’échec de cette entreprise. Être conscient des leçons apprises. Et être conscient de la responsabilité de partager ces apprentissages avec son entourage, avec d’autres entrepreneurs qui vont passer par ces mêmes phases.

C’est précisément pour aider l’entrepreneur à prendre du recul en amont, face à une situation qui commence à stagner ou à se dégrader, que nous avons mis en place depuis maintenant une année un centre de prévention des difficultés d’accès gratuit, basé sur la sensibilisation et le coaching collectif et/ou individuel.»

Informations sur le site entrepreneursdays.lu .