POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Friedrich Mühlschlegel et Alain Leriche

«En 2020, le LNS a passé un stress test»



2020, une année Covid, mais pas que, pour le LNS, qui continue de développer ses sept départements. (Photo: LNS)

2020, une année Covid, mais pas que, pour le LNS, qui continue de développer ses sept départements. (Photo: LNS)

1 à 1,5 million d’euros investi, 50 intérimaires, +600% de tests PCR en un an… Le LNS a été un acteur majeur pendant la crise du Covid-19. Ce qui ne l’a pas empêché de développer d’autres départements, comme la génétique et la pathologie. Bilan de son année 2020.

Samedi 29 février 2020, le Laboratoire national de santé (LNS) détectait le premier cas positif de Covid-19 au Luxembourg depuis son siège à Dudelange. Une pandémie qui, sans surprise, marque son rapport annuel, publié voici peu.  Friedrich Mühlschlegel , directeur, et Alain Leriche, directeur financier, l’évoquent dans cet entretien.

De l’analyse au séquençage, comment vos activités Covid ont-elles évolué depuis le début de la crise?

Friedrich Mühlschlegel. – «Quand le premier cas est arrivé, nous étions prêts , avec un certain nombre de protocoles PCR pour le détecter. Une expérience qui a été utile pour les autres acteurs du secteur. Lorsque les besoins en tests ont augmenté, il y a eu une très bonne collaboration. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase en installant notre propre station de tests ici, au LNS, et avons contribué aux tests du centre de consultation Covid au Kirchberg. Puis, avec le testing des élèves. En parallèle, le LNS a établi les tests sérologiques pour détecter des anticorps au Covid-19. Comme toujours, en tant qu’institution principale, nous avons comparé les protocoles et conseillé les acteurs impliqués. Nous avons également contribué à l’évaluation des tests rapides.

Nous avons dû intensifier nos efforts, mais pas aux dépens de nos activités habituelles. Ce qui était essentiel: les gens ont continué d’avoir des cancers, de faire des tests génétiques…

Justement, comment avez-vous réorganisé les équipes (326,3 équivalents temps plein, contre 276,9 en 2019) pour assurer cela?

Alain Leriche. – «Nous avons improvisé de nouveaux métiers. Nous étions peu mobiles, sauf pour aller chercher des échantillons dans les hôpitaux ou laboratoires pour des analyses spécifiques. Avec le Covid, nous sommes allés dans les résidences pour personnes âgées et dans les écoles faire les tests. Environ 50 intérimaires sont venus renforcer nos équipes de manière permanente pendant l’année 2020. Nous avons recruté 72 personnes, dont 10 contrats à durée déterminée. Notre staff comprend 20 nationalités différentes.

Les nouveaux postes étaient-ils tous liés à la crise?

A.L. – «Notamment, mais les autres services sont systématiquement en évolution. Nous nous sommes professionnalisés et avons véritablement institué deux nouveaux départements depuis la loi hospitalière de 2018: la pathologie et la génétique. Avant, beaucoup de ces analyses se faisaient à l’extérieur du pays, ce qui n’est plus le cas. Cela s’accompagne du recrutement d’experts très pointus.

En 2020, nous avons repris un service qui était fragmentaire au niveau du gouvernement, le contrôle de la pollution intérieure, au sein d’entreprises ou de foyers. Ce service devrait être constitué de six personnes en 2022. Pour l’instant, ils sont quatre.

Quelles sont les autres activités développées?

F.M. – «Notre centre national de génétique a connu une expansion notable. Avec des développements passionnants pour notre plateforme de séquençage conjointe avec le Luxembourg Institute of Health (LIH). (Lancée en 2018, elle doit être transformée en un centre de génomique commun de recherche et de compétences. Cela consiste en l’étude de séquences d’ADN, ndlr).

Nous avons investi entre 1 et 1,5 million d’euros liés au Covid.
Alain Leriche

Alain Leriche,  directeur financier,  LNS

Quels sont les objectifs pour les années à venir?

F.M. – «En 2020, le LNS a passé un stress test. Le plan stratégique du LNS se termine en 2022, nous serons donc occupés à élaborer le prochain. Nous avons beaucoup d’idées, mais il est trop tôt pour les formuler.

Comment le LNS est-il financé?

A.L. – «Nous avons nos propres ressources, lorsque nous réalisons des prestations de biologie médicale pour le compte de laboratoires privés ou d’hôpitaux. Plus deux gros contributeurs: le ministère de la Santé pour les actes spéciaux non couverts par la nomenclature, et la Caisse nationale de santé (CNS), qui assure le financement majoritaire des départements de pathologie et de génétique. (Le pourcentage de chaque n’est pas donné, ndlr).

Votre résultat net est passé de 3,65 à 4,69 millions d’euros en un an. Comment ont évolué vos investissements?

A.L. – «Nous avons dû nous équiper de manière industrielle en microbiologie en acquérant énormément de plateformes PCR. Avant la crise, le nombre de tests PCR en virologie – qui ne servent pas uniquement à détecter le Covid – était de 16.000. Il est passé à 112.000 en 2020, une augmentation de 600%. Nous avons investi entre 1 et 1,5 million d’euros liés au Covid.

Nous avons eu d’autres acquisitions, comme celle d’un NovaSeq6000 pour 1 million d’euros. Ce qui nous met au niveau des grands instituts de recherche des pays voisins.

F.M. – «Il permet une capacité plus importante de tests génétiques et de séquencer des génomes humains. (Améliorant les diagnostics et conseils, en particulier au niveau des maladies rares et du cancer, ndlr).

Quels seront les prochains investissements?

A.L. – «Ce sera soumis au vote du Parlement, qui intervient en fin d’année. Nous devons renouveler le parc actuel et aller plus loin dans la médecine de diagnostic, qui évolue en permanence. Nous souhaitons aussi faire un gros investissement en 2022 en médecine légale.

Quand le premier cas est arrivé, nous étions prêts.
Friedrich Mühlschlegel

Friedrich Mühlschlegel,  directeur,  LNS

Comment se partage l’activité entre vos six centres et départements?

A.L. – «En termes de personnel, le département le plus important est celui de la pathologie. (95 personnes, ndlr).

Pathologie (323.220 analyses en un an, plus 192.216 en cytologie gynécologique) et génétique (20.846 analyses et 44 salariés) sont en fort développement. La biologie médicale (104.627 analyses, 28 salariés) aussi, qui propose des actes spécifiques non traités par les laboratoires privés, comme la détection de la malaria.

Le département de microbiologie (52 salariés pour 112.733 tests PCR, 35.069 bactériologies, mycologies et analyses de résistance aux antibiotiques, 22.913 analyses sérologiques et 5.120 analyses de génomes) a explosé avec le Covid et deviendra plus important à l’avenir, du fait du Covid, mais aussi des autres maladies similaires que l’on va retrouver. Il faudra un bastion local pour les détecter et prévenir. Dans le cadre du Covid, nous avons participé à énormément d’études internationales.

Il y a aussi des évolutions en médecine légale (41 salariés, 11.859 identifications génétiques, 12.065 analyses de la plateforme technique pour la toxicologie analytique et la chimie pharmaceutique, 4.180 demandes d’expertise en toxicologie légale et 130 autopsies et rapports de témoins d’experts). Si on va vers une libéralisation du cannabis, par exemple, même médicale, nous devrons développer nos prestations.

C’est aussi le cas sur la protection de la santé (36 employés, 34.977 analyses liées à l’environnement et à la santé, et 14.280 à la surveillance alimentaire). La détection de la pollution peut aller vers la détection sur les chantiers de matières polluantes, tout comme la surveillance alimentaire, qui préoccupe de plus en plus.»