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Un écart entre les pensions amené à se réduire



Les femmes de la génération d’après-guerre travaillaient traditionnellement peu. Mais l’activité croissante des femmes dans les décennies suivantes réduit peu à peu l’écart entre les pensions des femmes et des hommes. (Photo : Shutterstock)

Les femmes de la génération d’après-guerre travaillaient traditionnellement peu. Mais l’activité croissante des femmes dans les décennies suivantes réduit peu à peu l’écart entre les pensions des femmes et des hommes. (Photo : Shutterstock)

L’écart de 43% relevé par Eurostat entre les revenus de pension des hommes et des femmes au Luxembourg tient principalement au fait que les femmes actuellement retraitées travaillaient moins que celles des générations suivantes.

L’étude d’Eurostat «Closing the gender pension gap?» , publiée la semaine dernière, a placé le Grand-Duché sous les projecteurs d’un podium peu reluisant: celui de l’écart de niveau de pension entre les hommes et les femmes. Avec un écart de 43%, le Luxembourg s’affiche ainsi en bon dernier de la classe européenne, dont la moyenne s’établit à 30%.

L’explication principale de cet écart très marqué se trouve dans la tradition en Europe occidentale, encore plus marquée au Luxembourg, selon laquelle les femmes restaient à la maison pour s’occuper des enfants. «Les femmes jadis travaillaient peu ou cessaient leur carrière quand arrivaient leurs enfants», rappelle Marco Wagener, conseiller de direction à la Chambre des salariés. «Parfois, elles reprenaient leur activité beaucoup plus tard, ce qui fait que leur carrière est incomplète et conduit à un niveau de pension forcément plus faible, surtout par rapport aux hommes.»

Il s’agit vraisemblablement, en larges parties, de femmes ayant juste atteint le cap de 20 années d’assurance donnant droit aux compléments de pension minimum.

Inspection générale de la sécurité sociale

L’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS) a effectivement relevé qu’en 2015, parmi les pensionnés ayant fait toute leur carrière au Luxembourg, 25% des femmes recevant une pension de vieillesse anticipée touchaient une pension proche du minimum. 16% des femmes percevant une pension de vieillesse à 65 ans ne gagnaient pas plus qu’une demi-pension minimum (soit entre 1.000 et 2.000 euros).

«Il s’agit vraisemblablement, en larges parties, de femmes ayant juste atteint le cap de 20 années d’assurance donnant droit aux compléments de pension minimum», commentait l’IGSS dans son bilan technique en 2016. D’ailleurs, 29,9% des femmes partant à la retraite à 65 ans bénéficient d’un complément de pension, contre seulement 7,4% des hommes.

Autre facteur décisif: la prévalence du temps partiel parmi les femmes actives. «Même si elles accumulent une carrière complète, les femmes travaillent beaucoup plus fréquemment à temps partiel que les hommes, ce qui veut dire un salaire aussi partiel et une pension inférieure à celle d’un homme effectuant le même travail, mais à temps plein», explique M. Wagener. Cet élément transparaît dans les données de l’IGSS concernant la répartition des assurés par tranche d’assiette mensuelle. Près de 9% des femmes actives gagnaient le salaire social minimum en 2015 contre moins de 6% des hommes actifs. À l’inverse, 4% des hommes affichaient un salaire de 9.700 euros contre à peine plus de 1% des femmes.

Il me paraît hasardeux de mesurer d’emblée l’effet des différences de salaire sur les pensions. Mais il est certain qu’une différence de salaire induit une différence de pension.

Marco Wagener,  conseiller de la direction,  Chambre des salariés

La rémunération inégale entre hommes et femmes à poste identique peut-elle aussi contribuer à cet écart de niveau de pension? «S’il existe une différence de salaire de 15% au niveau agrégé, on peut le conclure», admet M. Wagener, qui nuance toutefois le poids de ce facteur. «C’est souvent pour les carrières élevées que joue le plafond de verre. Or, les pensions sont plafonnées. Il me paraît donc hasardeux de mesurer d’emblée l’effet des différences de salaire sur les pensions. Mais il est certain qu’une différence de salaire induit une différence de pension.»

L’activité croissante des femmes conduit toutefois à une diminution de l’écart de revenu entre hommes et femmes. Celles-ci représentaient ainsi 32,4% des bénéficiaires de la pension de vieillesse en 2015 contre 29,8% en 2010, indiquait ainsi le bilan technique du régime général d’assurance-pension en 2016. «Le fait que les femmes ont gagné plus de 6 points de pourcentage dans la catégorie des pensions de vieillesse anticipée depuis 2010 montre que de plus en plus de femmes affichent des carrières d’assurance complètes de 40 ans», ajoutait l’Inspection générale de la sécurité sociale.

Si vous avez travaillé durant 40 ans au salaire social minimum, mais à temps partiel, vous allez recevoir une pension de 1.800 euros, soit davantage que ce que vous avez gagné auparavant.

Fernand Lepage,  président,  Caisse nationale d’assurance-pension

Cela se ressent également sur le niveau des pensions. «Chez les femmes, une tendance vers le haut est manifeste», notait encore l’IGSS. «Le montant moyen actuel des pensions de vieillesse attribuées il y a 10 ans s’élève à 2.008,19 euros. Celui des pensions nouvellement attribuées en 2015 correspond à 2.429,08 euros, soit une augmentation de 20,9%.» Et ce alors que les hommes pensionnés n’ont connu que «très peu de différence au cours des dix dernières années (montant moyen: 3.901,47 euros)».

Le système de pension prévoit déjà plusieurs «dispositions prévues pour essayer de répondre à la situation spécifique des femmes, même si ce n’est pas toujours suffisant», indiquait à Paperjam Fernand Lepage, le président de la Caisse nationale d’assurance-pension, dans le dossier consacré aux pensions paru dans l’édition magazine de février 2020. «Si vous avez travaillé durant 40 ans au salaire social minimum, mais à temps partiel, vous allez recevoir une pension de 1.800 euros, soit davantage que ce que vous avez gagné auparavant.»

Les hommes aussi peuvent travailler moins

Les «baby years» (années d’éducation d’un enfant valorisées comme des périodes cotisées), la pension minimum et les périodes complémentaires sont autant de mesures en vigueur pour atténuer le manque d’années cotisées. La récente réforme des pensions de 2013 a également introduit la possibilité de racheter des années non cotisées.

Mais «le meilleur moyen de combler le fossé demeure l’égalité de traitement dans la vie active», souligne M. Wagener, «c’est-à-dire que les hommes aient davantage recours au travail à temps partiel pour s’occuper des enfants plutôt que les femmes».

La Chambre des salariés milite également pour la multiplication des structures d’accueil pour enfants «qui permettent aux femmes de continuer leur activité» et pour une extension des heures de prise en charge gratuites (20h aujourd’hui).