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Drogue à la gare: plus de policiers et une loi en vue



Les contrôles doivent encore être étoffés à la rentrée lorsque de nouvelles recrues rejoindront la police à l’automne, en attendant une réponse législative de fond avant la fin de l’année. (Photo: Christophe Olinger / Archives Paperjam)

Les contrôles doivent encore être étoffés à la rentrée lorsque de nouvelles recrues rejoindront la police à l’automne, en attendant une réponse législative de fond avant la fin de l’année. (Photo: Christophe Olinger / Archives Paperjam)

Le vice-Premier ministre et ministre de la Sécurité intérieure, François Bausch , annonce un renforcement des contrôles policiers dans le quartier de la gare de Luxembourg ainsi qu’un projet de loi élaboré par quatre ministres avant la fin de l’année.

Dealers dans les rues, junkies devant les portes d’immeuble ou de magasin… La situation dans le quartier de la gare redevient préoccupante après un répit relatif durant le confinement.

Une problématique que les ministres de la Sécurité intérieure, François Bausch (Déi Gréng), et de la Justice, Sam Tanson  (Déi Gréng), ont évoquée il y a quelques jours avec les députés des commissions correspondantes ainsi que des représentants du Parquet et de la Direction de la police la semaine dernière.

30 policiers avaient déjà été affectés dans le quartier de la gare à l’automne dernier, en application d’un plan d’action décidé en octobre 2019, dans la foulée d’une séance publique houleuse au cours de laquelle les habitants du quartier ont crié leur ras-le-bol devant ces deux ministres, la bourgmestre Lydie Polfer (DP), le premier échevin Serges Wilmes  (CSV), le directeur général de la police Philippe Schrantz, son directeur régional Patrick Even, le procureur d’État adjoint Georges Oswald et la substitut principale Martine Wodelet.

En septembre, nous affecterons dans le quartier de la gare une partie de la cinquantaine de nouveaux policiers qui sortiront de l’école de police.
François Bausch

François Bausch,  vice-Premier ministre et ministre de la Sécurité intérieure

«Nous avons vraiment réussi à améliorer la situation», commente François Bausch. «Puis, avec le confinement, les vendeurs de drogue se sont retirés parce qu’ils n’avaient plus de clients et parce que les frontières étaient fermées (beaucoup viennent de France, ndlr). Ils ont changé de stratégie, se sont déplacés vers le Sud et au Nord, à Ettelbruck.» Et sont revenus à la faveur de la sortie de confinement.

«Le trafic de drogue a baissé pendant la période de confinement: moins de dealers, moins de saisies et moins d’arrestations aussi», indique de son côté la police grand-ducale. «Mais même en mars, avril et mai, des arrestations ont eu lieu dans le quartier.» Les statistiques précises ont été livrées aux députés, mais restent confidentielles jusqu’à la publication du rapport annuel de la Police sur la délinquance. Tout juste sait-on que les policiers ont effectué moins de 400 contrôles en avril contre 600 à 1.000 avant le confinement, puis 600 en mai.

«Nous sommes en train de rétablir les contrôles comme avant le confinement», assure M. Bausch. «Nous avons la chance de pouvoir effectuer rapidement plus de patrouilles parce que beaucoup de festivités ont été annulées, à l’instar de la Fête nationale. Plus de policiers sont disponibles. Et en septembre, nous affecterons dans le quartier de la gare une partie de la cinquantaine de nouveaux policiers qui sortiront de l’école de police.»

Le Luxembourg doit travailler avec ses pays voisins, surtout la France.
François Bausch

François Bausch,  vice-Premier ministre et ministre de la Sécurité intérieure

Pour autant, la réponse n’est pas que policière, souligne M. Bausch. «La présence policière est importante, mais ne va pas résoudre le problème. Il faudrait – et tous les députés sont d’accord là-dessus avec Sam Tanson et moi – discuter beaucoup plus en profondeur du problème des drogues en général et surtout dans le quartier de la gare.»

Les ministres de la Sécurité intérieure et de la Justice proposent de rédiger un texte à 16 mains – impliquant les quatre ministres concernés, à savoir eux-mêmes ainsi que Jean Asselborn (Immigration, LSAP) et Paulette Lenert (Santé, LSAP). «C’est un phénomène de société qu’il faut vraiment attaquer sur le fond pour le résoudre à court terme ou à moyen terme», plaide M. Bausch, qui prévoit de présenter le texte aux députés à la fin de l’année et d’organiser un débat d’actualité à la Chambre en début d’année prochaine.

Concernant les dealers, M. Bausch souligne la nécessité d’une coopération transfrontalière, puisque «les dealers viennent de l’étranger». «Je devais rencontrer à ce propos le ministre français de l’Intérieur, mais le confinement a tout arrêté.» Or, face à un réseau criminel international comme celui qui semble se cacher derrière les dealers nigérians, «le Luxembourg doit travailler avec ses pays voisins, surtout la France», notamment au moyen d’«actions coup de poing de chaque côté de la frontière». «Il y a une collaboration à intensifier», souligne M. Bausch. Avec une difficulté supplémentaire: le Nigeria refuse souvent le retour de ses ressortissants impliqués dans le crime organisé et expulsés.

Exploration législative en cours

Le ministre Déi Gréng cherche également à donner des moyens législatifs aux policiers pour extraire les junkies des pas de porte et couloirs d’immeubles sur lesquels ils stationnent. «La législation actuelle indique qu’en matière de police administrative, la police peut évacuer pour des raisons de salubrité et de danger imminent, mais cela conserve un certain flou. On ne peut rien faire contre quelqu’un qui est assis devant une porte d’entrée et reste tranquille. Nos juristes sont en train d’analyser comment affiner la législation pour que la police ait les moyens de déplacer une personne qui gêne l’entrée d’un magasin ou d’un immeuble.»

Un point crucial pour les riverains du quartier de la gare – comme ce gérant de magasin qui a trouvé un couple dormant nu devant sa porte. «Nous connaissons la même problématique en Ville Haute par rapport aux bandes organisées» qui placent des mendiants devant des magasins. Un casse-tête juridique en perspective.