«Il est essentiel de s’attaquer à la divergence des politiques pour lutter contre la fragmentation économique et mettre la zone euro sur la voie de la stabilité et de la prospérité à long terme», a déclaré Rolf Strauch, économiste en chef et membre du conseil d’administration du Mécanisme européen de stabilité, dans un billet de blog publié le vendredi 18 octobre 2024. (Photo: Laurent Antonelli/Blitz)

«Il est essentiel de s’attaquer à la divergence des politiques pour lutter contre la fragmentation économique et mettre la zone euro sur la voie de la stabilité et de la prospérité à long terme», a déclaré Rolf Strauch, économiste en chef et membre du conseil d’administration du Mécanisme européen de stabilité, dans un billet de blog publié le vendredi 18 octobre 2024. (Photo: Laurent Antonelli/Blitz)

L’économiste en chef du Mécanisme européen de stabilité, Rolf Strauch, a averti que les déséquilibres budgétaires croissants, les risques climatiques et les lacunes en matière d’infrastructures entraînaient des divergences économiques dans la zone euro, appelant à des réformes stratégiques de l’UE pour une stabilité à long terme.

Rolf Strauch, économiste en chef du Mécanisme européen de stabilité, a tiré la sonnette d’alarme sur les disparités économiques croissantes dans la zone euro le vendredi 18 octobre 2024, que les déséquilibres budgétaires croissants, les menaces climatiques et les faiblesses des infrastructures poussent la région vers l’instabilité économique à moins que des mesures décisives ne soient prises à la fois au niveau de l’Union européenne et au niveau national.

Dans un billet de blog, M. Strauch souligne qu’il est essentiel de s’attaquer efficacement à ces divergences pour éviter une fragmentation économique à long terme et garantir la stabilité et la prospérité de la zone euro. Le principal défi consiste à élaborer une approche politique coordonnée qui permette d’équilibrer les réformes nationales et la fourniture de biens publics essentiels au niveau de l’UE.

Divergence des politiques

Selon M. Strauch, la zone euro risque d’accroître les disparités économiques en raison des différents niveaux de «marge de manœuvre budgétaire» entre les États membres. Les pays les plus endettés, par exemple, sont confrontés à des ajustements budgétaires plus stricts dans le nouveau cadre budgétaire de l’UE, ce qui pourrait entraîner une certaine lassitude. Ce risque est encore plus prononcé si ces ajustements ne sont pas soigneusement calibrés, ce qui pourrait affaiblir les finances publiques et nuire à l’investissement productif à long terme.

Lors des précédents cycles d’assainissement budgétaire, certains membres de la zone euro ont subi des effets négatifs sur l’investissement, en particulier ceux dont l’économie est moins innovante. Selon M. Strauch, le cadre de gouvernance économique réformé de l’UE pourrait avoir des conséquences similaires si les pays ne parviennent pas à concevoir des mesures d’assainissement qui protègent les investissements favorisant la croissance. En outre, la fin prévue du fonds de relance de l’UE de nouvelle génération en 2026 éliminera un mécanisme clé qui a contribué à réduire les disparités en matière de capital productif dans la zone euro.

M. Strauch a souligné que ces dynamiques placent les pays dans des positions de départ différentes pour relever les défis à long terme, ce qui exacerbe le risque de fragmentation économique au sein de la zone euro.

Finances publiques

M. Strauch a également indiqué que les pressions budgétaires à long terme varient considérablement dans la zone euro, en raison des différences démographiques, de l’exposition aux risques climatiques et des préoccupations en matière de sécurité. Par exemple, les pays méditerranéens sont plus vulnérables aux phénomènes climatiques extrêmes, ce qui nécessite des mesures d’adaptation coûteuses, tandis que les pays d’Europe du Nord peuvent se concentrer sur des initiatives de durabilité dans leurs climats plus tempérés. De même, les pays bordant des zones de conflit sont confrontés à des défis géopolitiques différents, ce qui entraîne des besoins divers en matière de dépenses de défense.

Les différences en matière d’infrastructures et de ressources énergétiques contribuent également à faire varier les besoins d’investissement dans la zone euro, certains pays étant à la traîne en ce qui concerne l’adoption des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique. Strauch a noté que cette divergence pourrait s’aggraver à mesure que les marchés financiers se concentrent davantage sur les pressions fiscales et les performances économiques plus faibles, ce qui pourrait entraîner des coûts de financement plus élevés pour certains pays.

Approvisionnement centralisé

Face à ces risques multiformes, M. Strauch a plaidé en faveur d’une répartition plus efficace des responsabilités entre l’UE et les niveaux nationaux, en particulier en ce qui concerne la fourniture de biens publics. Alors que les États membres doivent entreprendre des réformes pour s’assurer que leurs économies sont prêtes à relever les défis à venir, M. Strauch a fait valoir que certains domaines politiques bénéficieraient d’une centralisation au niveau de l’UE. Historiquement, l’UE a fourni des biens publics principalement par le biais de la réglementation, comme dans le marché unique et le commerce extérieur, ce qui a été crucial pour la croissance et la compétitivité. Toutefois, M. Strauch a souligné que l’environnement géopolitique et économique actuel nécessitait davantage d’investissements directs de l’UE dans des domaines critiques.

M. Strauch a mis l’accent sur trois domaines clés pour une centralisation potentielle de l’UE: la recherche et le développement, les externalités de réseau et la stabilisation macroéconomique. La recherche et le développement centralisés pourraient générer d’importantes retombées de connaissances, stimulant l’innovation et la croissance dans les États membres. Les investissements dans l’infrastructure numérique commune et les projets transfrontaliers d’énergie verte pourraient produire des effets de réseau, tandis que l’achat conjoint de matières premières critiques et de fournitures de sécurité renforcerait la résilience et réduirait les coûts. En outre, M. Strauch estime que l’existence d’un mécanisme de stabilisation macroéconomique au niveau de l’UE contribuerait à atténuer les risques financiers posés par des chocs économiques importants d’origine externe.

Priorités politiques futures

M. Strauch a conclu que l’UE devait donner la priorité aux réformes à long terme afin de renforcer son infrastructure institutionnelle, qui a historiquement évolué en réponse aux crises. Le défi actuel, cependant, découle de questions à évolution lente telles que le déclin de la compétitivité, la fragmentation géoéconomique et l’impact du changement climatique. M. Strauch a souligné que l’incapacité à relever ces défis conduirait à une croissance plus faible, à une résilience réduite et à une fragmentation plus profonde au sein de la zone euro.

Pour ce qui est de l’avenir, M. Strauch a fait remarquer que l’infrastructure financière de l’UE peut être plus rentable que des mesures nationales individuelles pour faire face à ces problèmes à long terme. Il a souligné que les discussions à venir sur le budget de l’UE pour la période 2028-2034 seraient l’occasion de réévaluer l’allocation des ressources de l’UE. Le , qui préconise de recentrer les ressources financières de l’UE sur des projets stratégiques, va dans ce sens. M. Strauch a suggéré que les fonds de l’UE complètent les investissements privés, une réserve élargie de ressources de l’UE contribuant à réduire les coûts et à éviter la nécessité de plans de transfert permanents.

Enfin, M. Strauch a souligné le rôle du MES pour relever les défis futurs en matière de stabilité financière. La ratification du traité sur le MES et les discussions sur l’ajustement de la boîte à outils du MES sont des étapes importantes pour réduire le risque de divergence dû aux chocs économiques. M. Strauch a souligné que seule une action concertée des décideurs politiques européens et nationaux permettra à la zone euro d’éviter de nouvelles divergences économiques et d’apporter une réponse unifiée aux défis futurs.

Basé au Kirchberg, le MES joue un rôle de soutien financier pour les pays de la zone euro qui rencontrent, ou pourraient rencontrer, des difficultés de financement.

Cet article a été rédigé initialement et traduit et édité en français.