ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

G-Core Labs ouvre à Amsterdam

Le discret Biélorusse abonné au succès



Devenu milliardaire avec son jeu Wargaming, le Biélorusse Victor Kislyi a compris l’intérêt du cloud et des centres de données. Son autre business à succès, qu’il pilote depuis le Luxembourg.  (Photo: Igromania/Wikimedia Commons)

Devenu milliardaire avec son jeu Wargaming, le Biélorusse Victor Kislyi a compris l’intérêt du cloud et des centres de données. Son autre business à succès, qu’il pilote depuis le Luxembourg.  (Photo: Igromania/Wikimedia Commons)

G-Core Labs a annoncé, ce mercredi, ouvrir un nouveau cloud public à Amsterdam. La société du milliardaire biélorusse Victor Kislyi, à la tête du géant Wargaming, poursuit son expansion mondiale depuis le Luxembourg. Avant d’y venir complètement, face aux polémiques sur les «golden visas» chypriotes?

«Je me rappelle que sur la carte de Paris, dans mon Maus, j’étais sur le pont, avec mes coéquipiers derrière moi, et il y avait un adversaire, sans doute en face, qui m’agaçait. Il passait son temps à attendre que ma tourelle, très lente, tourne pour sortir de sa cachette et me tirer dessus. Le temps que je regarde, il avait disparu. Il m’a fait ça plusieurs fois. On essayait de lui tirer dessus, on avait déjà perdu quelques chars, et puis je l’ai vu passer sous le pont. Je me suis dit: ‘Ok, on va sans doute perdre cette bataille, mais je vais te détruire!’ Alors je suis passé par-dessus le magnifique pont de Paris avec mon monstre de 180 tonnes, et je lui suis tombé dessus en l’écrabouillant. J’ai explosé aussi, mais ce type est mort dix fois écrasé comme une crêpe!»

À ceux qui lui tendent un micro, Victor Kislyi raconte souvent une épique bataille de chars. C’est l’histoire de sa vie, les chars! Au point qu’il n’est pas rare de le croiser sur un champ de bataille virtuel, dans l’un de ses jeux vidéo à succès. Né à Minsk de parents scientifiques, le petit Victor les découvre… dans le laboratoire scientifique où travaillait son père. Les ordinateurs y sont aussi lourds que les 400 tanks de son jeu, alors le jeune homme profite de son temps libre, à la faculté de physique de l’université d’État de Minsk pour développer ses propres jeux, à partir de 1996.

Deux ans plus tard, son père l’aide financièrement à fonder sa société. Le succès de Wargaming ne viendra pas tout de suite.  Il faudra six ans pour que Victor et ses amis mettent au point «World of Tanks», le jeu qui va les rendre célèbres, eux qui en avaient marre de jouer avec les blockbusters américains comme «World of Warcraft»…

Chypre et Luxembourg pour se développer

Entre les deux, Kislyi a déménagé à Chypre en 2011, plus propice selon lui au développement de sa société. Mais l’économie va si mal, tellement elle est liée à la catastrophique situation économique grecque, que Kislyi manque d’engloutir sa fortune dans la crise. Pour s’en sortir, il lui faudra l’arrivée… des Américains. De Daniel Loeb notamment, qui amorce le rachat de la Hellenic Bank, dans laquelle Wargaming injecte une quarantaine de millions d’euros pour en devenir un des actionnaires de référence (avec 20,6% des parts).

La banque est sauvée. Le Biélorusse aussi, qui comprend l’intérêt de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et immatricule son autre business, G-Core Labs – la holding puis les filiales –, au Luxembourg, à partir de 2014.

En 2016, il devient le premier milliardaire biélorusse. En exil, il continue de développer ses jeux qui réunissent des millions de joueurs en ligne et en même temps. 

Dans le Guinness World Records

Cette semaine, G-Core Labs annonce l’ouverture d’un nouveau cloud public à Amsterdam. «L’Europe est traditionnellement l’une des principales priorités de G-Core Labs, la plupart des clients de la société se trouvent ici. À cet égard, en plus de la région du cloud public au Luxembourg, nous ouvrons également un puissant cluster des centres économiques les plus importants à Amsterdam, pour la commodité de nos utilisateurs. Et d’ici la fin de l’année, le cloud sera lancé en Allemagne», explique Vsevolod Vayner, responsable des plateformes cloud de G-Core Labs dans le communiqué.

Depuis 2014, la société aux 30 millions d’euros annuels de chiffre d’affaires pour 1,7 million d’euros de bénéfices accumule les citations au Guinness World Records pour être celle qui permet à des millions de joueurs de jouer au même jeu au même moment, grâce à sa trentaine de data centers sur toute la planète.

Les autorités chypriotes marchent sur des œufs. L’enquête menée sur les risques de corruption née du programme d’attribution de la nationalité – au moment où la plupart des 800 employés de Wargaming l’ont obtenue – a mis en lumière 60 cas suspects dans la société de M. Kislyi… mais Odysseas Michaelides, président de la Cour des comptes de la République de Chypre, est lui-même mis sous pression.

Le porte-parole du gouvernement chypriote a indiqué qu’il était allé trop loin. «La plateforme de jeu Wargaming.net, qui a choisi d’installer son siège à Chypre, a contribué pour plus de 800 millions d’euros à l’économie chypriote, ainsi qu’à la création de 700 emplois permanents», a-t-il expliqué, alors que la société elle-même ne publie jamais ses résultats trop en détail, officiellement pour ne pas renseigner ses concurrentes.

Circulez, il n’y a rien à voir. À Luxembourg, G-Core Labs continue de prendre des parts de marché partout dans le monde. Luxembourg compris, où, en association avec Wagner Group, la start-up spécialisée dans le cloud a lancé eConsult, au début de la pandémie en 2020, pour permettre des téléconsultations vidéo et audio. La solution est préférée par l’Agence d’eSanté à un autre acteur luxembourgeois sur le même credo, Doctena. La «guerre» ne se mène pas toujours avec des tanks.

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