POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Monde du travail

Des discours syndicaux pugnaces lors du 1er-Mai



Les présidents de l’OGBL et du LCGB ont répété leur appel pour plus de dialogue avec le gouvernement. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/Archives)

Les présidents de l’OGBL et du LCGB ont répété leur appel pour plus de dialogue avec le gouvernement. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/Archives)

Le 1er-Mai est toujours l’occasion pour les syndicats de dresser un bilan des mois écoulés et de dessiner ce que seront ceux à venir, du moins selon leurs vœux. Dans un contexte toujours délicat, OGBL et LCGB ont envoyé un message clair au gouvernement: la gestion des suites de la crise ne pourra se faire sans eux.

Cela faisait 30 ans que l’OGBL n’avait plus célébré le 1er-Mai dans son fief historique d’Esch. Qui est aussi celui de sa présidente Nora Back , fière et heureuse, malgré la crise sanitaire, «d’être ensemble dans la rue en ce jour, le jour du travail».   

Pas de discrimination envers les frontaliers

Elle a d’abord rappelé que le 1er-Mai était synonyme de respect des droits humains. «À l’instar de ce qui existe dans certains pays européens, une loi doit, sans plus tarder, ériger en obligation le fait de faire attention à ce que tous les partenaires commerciaux et les sous-traitants que nous avons au niveau mondial respectent les droits humains», a insisté Nora Back. Avant d’en venir très vite aux plus de 200.000 travailleurs frontaliers du Luxembourg, dont les droits doivent aussi être intégralement respectés: «Il ne doit pas y avoir de discrimination, que ce soit au travail, à la Sécurité sociale, en matière de fiscalité ou en ce qui concerne les allocations familiales, uniquement parce qu’on est frontalier.»

L’OGBL et le Landesverband, a aussi rappelé Nora Back, ont été à la pointe du combat lors de la dernière année et de la crise qui en a été le fil rouge, et qui n’est pas terminée, notamment «pour éviter que la crise sanitaire ne devienne une crise sociale, alors que la crise économique est déjà inévitable». Et de déplorer à ce sujet le cavalier seul du gouvernement dans le cadre du plan européen de relance et de résilience. «Toutes ces mesures doivent désormais être discutées. Ensemble. Et c’est pourquoi nous lançons aujourd’hui un appel urgent au gouvernement, pour qu’enfin il prenne le dialogue social véritablement au sérieux.»

L’OGBL ne veut pas d’une politique d’austérité

La menace est claire: «Le dialogue social est le prix à payer pour la paix sociale.»

Et alors que «les inégalités se creusent et se creusent», Nora Back demande de ne pas commettre aujourd’hui les mêmes erreurs qu’en 2008. «L’OGBL et le Landesverband n’accepteront pas qu’on retombe dans une politique d’austérité, ici, au Luxembourg», indique-t-elle. Au contraire, l’exigence est de voir de nouveaux investissements publics consentis et le pouvoir d’achat des ménages renforcé.

Et ces investissements devront notamment avoir lieu dans le domaine de la santé, mais également dans l’enseignement. 

Nous ne pourrons pas non plus passer à côté d’une discussion fondamentale quant à l’imposition du patrimoine.
Nora Back

Nora Back,  présidente,  OGBL

Nora Back a aussi mis le doigt sur le problème du logement, qui conduit «tout droit vers une catastrophe sociale (…). Le projet de loi 2.0 doit être révisé et amélioré. La même chose vaut pour le projet de loi portant sur le bail à loyer. Quant à la spéculation dans le secteur du logement, il faut lui enlever son oxygène.»

Le climat et la sécurité sociale retiennent aussi l’attention de l’OGBL, qui ne supportera pas des coupes dans les pensions. Un risque qui existe, car les caisses de l’État ne sont plus aussi pleines que par le passé, a-t-on entendu. Imposer les plus-values sur action est une piste avancée pour aider à les renflouer, «et nous ne pourrons pas non plus passer à côté d’une discussion fondamentale quant à l’imposition du patrimoine. Et il doit être possible d’augmenter massivement l’impôt foncier.»

Une taxe «corona», encadrée et donc ciblée, serait aussi une piste à suivre.

Et de conclure, alors que des temps difficiles s’annoncent, que «nous sommes prêts pour relever tous ces défis. Et pour sortir les muscles, si cela s’avère nécessaire. Que personne ne doute de cela. L’avenir n’est pas écrit à l’avance. Il doit l’être encore.»

Un second 1er-Mai en mode digital pour le LCGB

Le LCGB avait, pour sa part, fait le choix d’un 1er-Mai complètement en mode digital, pour la seconde année de suite. Et la crise sanitaire a inspiré le président Patrick Dury quant à sa gestion au niveau européen. Une institution qui a joué son rôle, car «en tant que petit pays, il est clair que nous ne pourrons pas contrer un tel défi sans l’Union européenne. Nous devons ainsi tirer les bonnes conclusions de cette crise. C’est ainsi que le LCGB revendique un renforcement de l’Union européenne, car au niveau global, les pays européens ne peuvent pas mobiliser la masse critique nécessaire individuellement afin de continuer à exister à travers cette situation exceptionnelle.»

Mais l’Europe doit aussi faire sa mue: «On n’arrive pas à se débarrasser du sentiment que l’activité à Bruxelles tourne exclusivement autour des technocrates et bureaucrates de l’administration européenne. Ceci doit prendre fin immédiatement.»

Il est inadmissible que le nombre élevé d’infections et de morts au sein de ces structures à cause du coronavirus soit simplement traité comme une fatalité.
Patrick Dury

Patrick Dury,  président,  LCGB

Au niveau national, des conclusions doivent aussi être tirées, selon Patrick Dury. Et notamment quant à ce qui s’est passé dans les maisons de retraite. «Il est inadmissible que le nombre élevé d’infections et de morts au sein de ces structures à cause du coronavirus soit simplement traité comme une fatalité. Le LCGB demande au gouvernement de s’efforcer de faire en sorte que les personnes malades et âgées ne soient traitées que par du personnel vacciné», plaide le président.

Le LCGB veut une tripartite pour préparer la relance

La politique de santé doit également être auditée et sans doute réformée. «Le LCGB demande une politique de santé qui mette le patient au centre de l’attention.»

Et alors que la crise économique s’annonce, «le LCGB demande au gouvernement de réunir la tripartite nationale. Le LCGB revendique avant tout un état des lieux de la situation économique et sociale actuelle, et ceci dans les différents secteurs de l’économie. La tripartite doit préparer la relance de l’économie à l’issue de la crise sanitaire.» Une tripartite qui devra se questionner quant au pouvoir d’achat des familles, comme demandé aussi par l’OGBL, raison pour laquelle «le LCGB revendique également un allègement fiscal des salaires bas et moyens». Il faudra aussi aborder le monde du travail de demain.

Plus d’équité sociale et plus de dialogue social

«Enfin, le LCGB demande que le modèle social soit renforcé en conséquence de cette crise. Notre caisse de santé devra finalement implémenter les améliorations des prestations tant promises, particulièrement dans le domaine de la médecine dentaire et des aides visuelles. Notre système de pensions doit absolument être renforcé par de nouveaux modèles de financement. Si de nouveaux modèles fiscaux, comme un impôt numérique ou un impôt particulier pour les gagnants de la crise sanitaire, seront implémentés, les recettes devront au moins en partie être utilisées pour la sécurisation et le développement de notre couverture sociale», souligne Patrick Dury.

«Notre pays, notre économie, les salariés se retrouvent face à de grands défis. Le LCGB demande au gouvernement de ne pas faire l’autruche, mais de trouver des solutions dans l’intérêt des salariés au sein de la tripartite. Mais on ne peut trouver des solutions qu’ensemble. C’est-à-dire à trois: gouvernement, patronat et syndicats. C’est une honte qu’à l’occasion de la dernière réunion du Semestre européen, où le patronat et les syndicats représentatifs au niveau national ont pris une position commune quant au plan de résilience et de relance et ont présenté un papier de position commun quant au développement des recettes fiscales, le gouvernement soit resté quasiment sans réaction», a terminé Patrick Dury, qui exige donc plus d’équité sociale et plus de dialogue social.

Le président de l’ALEBA, Roberto Mendolia , a aussi envoyé un message dans le cadre du 1er-Mai. Une occasion de rappeler que «le combat pour la préservation de nos droits est essentiel et permanent».

Malgré le fait que le télétravail soit bien perçu par une grande majorité des salariés, nous constatons de plus en plus qu’il a ses limites.
Roberto Mendolia

Roberto Mendolia,  président,  ALEBA

C’est aussi le télétravail qui a retenu son attention. «Malgré le fait que le télétravail soit bien perçu par une grande majorité des salariés, nous constatons de plus en plus qu’il a ses limites. L’isolement, le stress provoqué par la crise et le bouleversement de l’organisation du travail, le contrôle et la reconnaissance des heures réellement travaillées, etc. ont ajouté des éléments dans une balance déjà bien chargée, rompant l’équilibre déjà fragile des travailleurs entre vie privée et vie professionnelle, et conduisant à un certain nombre d’épuisements professionnels, voire de burn-out. L’une des clés pour éviter ces fléaux de notre société est la prévention. Le rôle des délégués à la santé et la sécurité présents sur les lieux de travail est de détecter les signes avant-coureurs, de les remonter au management et de trouver une solution», a souligné Roberto Mendolia.

Pour ce dernier, «la santé des salariés doit être la priorité. Le monde du travail d’aujourd’hui et de demain aura un autre visage. C’est certain. Le travail à distance deviendra peut-être une norme. Cette nouvelle forme d’employabilité aura besoin d’un cadre et de règles encore mieux définies qu’aujourd’hui.»