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Angste Povera : pour réfléchir sur la peur



 ©PNSL

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La peur revêt bien des formes dans notre société. Le collectif PNSL en explore ses expressions à travers différents médiums et selon diverses approches.

Tout est parti d’une discussion entre amis sur Facebook. Mais plutôt que de rester sur des échanges, certes nourris, mais virtuels, le collectif qui se présente sous le nom de PNSL (du mot « Pinsel », pinceau en français, qui a perdu ses voyelles), a souhaité réaliser une exposition : Angste Povera. Il faut dire que nombre de ses membres sont engagés dans le domaine de l’art et du design et/ou de sa monstration : Tom Bauler (professeur à l’ULB), Laurent Daubach (graphic designer et membre du duo Wennig&Daubach), Serge Ecker (artiste), Josée Hansen (journaliste), Filip Markiewicz (artiste), Karolina Markiewicz (enseignante et critique d’art), Steph Meyers (responsable de la programmation du CarréRotondes), Christian Mosar (photographe, commissaire et critique d’art), Gilles Pegel (artiste), Pascal Piron (artiste), Charles Wennig (enseignant et artiste) et Georges Zigrand (consultant en design). « Nous avons essayé de faire une exposition en groupe et non pas de groupe. Nous nous sommes servis du collectif pour nourrir nos échanges, s’enrichir de nos influences et références mutuelles. Quasi toutes les œuvres sont spécialement réalisées pour cette exposition", précise Christian Mosar.

Occupant les deux étages de l’ancien bâtiment de Paul Wurth, l’exposition montre la peur dans sa polymorphie et diversité, différentes selon les contextes – qu’ils soient historiques, sociaux, culturels- et les personnes qui les vivent. Chaque œuvre aborde une forme de peur, qu’elle soit plus de l’ordre de l’angoisse ou de l’obsession sécuritaire, ou même d’une peur viscérale ou des peurs banales du quotidien. Au rez-de-chaussée, alors qu’on a l’impression de rentrer dans un sous-sol mal éclairé, l’installation « Mine is bigger than yours » représente des capots de voitures légèrement plus grands que la taille réelle et installés à hauteur du regard. « Il s’agit de peurs minables, sans grande importance comparées à d’autres problèmes, mais qui sont des peurs qui prennent de la valeur dans des pays comme le notre. Ces images jouent aussi de l’esthétique publicitaire. Cette agressivité est devenue un argument de vente pour les constructeurs de voiture », explique Georges Zigrand. Un peu plus loin, on découvre une vidéo de Filip Markiewicz réalisée pendant les manifestations étudiantes, marquante pour son étude sur les physionomies de la communication. Après être passé par la cabine (vide) du gardien, on accède à l’étage où nous attend un couloir réalisé à l’aide d’images pixélisées de tapis. Evoquant les couloirs syriens anti-snippers, la pixélisation des tapis nous rappelle que nous ne connaissons principalement la guerre qu’à distance, que nous ne la vivons qu’à travers les médias. Cette pixelisation évoque aussi bien sûr l’univers des jeux vidéos. Il faudra aussi prendre le temps de découvrir le documentaire Les Formidables, écrit, réalisé et produit par Karolina Markiewicz et Pascal Piron. Sous forme de cinq chapitres, ce sont les histoires et témoignages de cinq jeunes qui ont dû quitter leur pays pour différentes raisons (la guerre, l’exil, le manque d’argent) et se retrouvent par hasard au Luxembourg.

Cette exposition s’inscrit parfaitement dans la ligne directrice de l’espace d’exposition du CarréRotondes puisque répond à ses trois axes de programmation, à savoir « des expositions qui se proposent d’aller à la rencontre de collectifs et de mettre en avant des idées plus que des personnes, de soutenir la jeune création et l’expérimentation », précise Steph Meyer. « Nous avions programmé cette exposition avant que les élections nationales ne soient avancées, précise Robert Garcia. Nous souhaitions alors les faire coïncider. Toutefois, il reste les élections européennes. »
Des événements parallèles sont également organisés tout au long de l’exposition : le premier rendez-vous est vendredi 16 mai à 18h avec la conférence musicale Fear by Numbers.

Un journal est également édité pour l'occasion. Nous vous conseillons de prendre le temps de le lire. L'analyse portée par Josée Hansen y est juste et éclairante.

Jusqu’au 29 juin, au CarréRotondes, 1 rue de l'Acierie à Luxembourg (Hollerich), www.rotondes.lu