Les débats sur la stratégie d’investissement du Fonds de compensation ont duré plus de quatre heures ce jeudi à la Chambre des députés.  (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/Archives)

Les débats sur la stratégie d’investissement du Fonds de compensation ont duré plus de quatre heures ce jeudi à la Chambre des députés.  (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/Archives)

La stratégie d’investissement 2023-2027 du Fonds de compensation ne va pas assez loin et doit être revue. Tel est le signal envoyé jeudi par une majorité des députés. En matière d’investissements soutenant la transition écologique notamment, mais aussi de désinvestissement dans le nucléaire.

Depuis sa création en 2004, le Fonds de compensation commun au régime général de pension (FDC) gère les surplus financiers engrangés par le système de retraite luxembourgeois. Avec pour mission de faire fructifier cette réserve, afin d’en garantir la pérennité. Ce qu’il a jusqu’à présent réussi à merveille, ayant accumulé – depuis qu’il est devenu pleinement opérationnel en 2007 – des rendements d’environ 9 milliards d’euros sur ses investissements, tout en gérant aujourd’hui un portefeuille évalué à environ 26 milliards d’euros. Ce qui serait suffisant pour couvrir plus de quatre années de paiement des retraites.

Un dossier sensible

Cependant, ces réserves sont appelées à diminuer dans les années à venir. Dans un de ses derniers rapports, l’Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS) fixait ainsi à l’horizon 2027 le moment où le système des pensions luxembourgeois dépensera sur une année davantage que les cotisations engrangées. Précisant dans le même document que la réserve pourrait être entièrement utilisée entre 2045 et 2048.

Cette motion est un vrai pas en avant par rapport à la stratégie initiale. Cependant, il faudra évidemment voir si elle se concrétise vraiment…
Sven Clement

Sven Clementdéputé Piratepartei

C’est dans ce contexte que se déroulent depuis quelques semaines les discussions sur la nouvelle stratégie d’investissement de ce FDC, celle appliquée pour la période allant de 2023 à 2027.

Un dossier hautement sensible, cette politique d’investissement étant régulièrement critiquée, notamment par des organisations environnementales, du fait qu’elle apparait en décrochage partiel avec les objectifs climatiques mondiaux. Le rapport d’investisseur responsable 2020, la première évaluation du FDC en la matière, faisait ainsi état d’un dépassement de 13% au niveau de son budget carbone (un quota fixé afin de maintenir l’augmentation du réchauffement de la Terre en dessous de 2°C).

Une motion des partis de la majorité

Lundi 6 février, Greenpeace et le groupe de défense des droits de l’Homme ASTM avaient livré sur cette nouvelle stratégie d’investissement, y voyant des améliorations, mais aussi de gros manquements. Pointant notamment l’absence de lien direct avec l’accord de Paris sur le climat. On ne sait pas si les députés luxembourgeois y ont jeté un œil, mais une majorité d’entre eux ont en tout cas signifié ce jeudi, lors d’un débat ayant pour objet cette stratégie, que le FDC n’allait pas assez loin dans sa directive d’investissement.

Emmenés visiblement par , les trois partis de la coalition DP-LSAP-déi Gréng ont ainsi fait passer un message en déposant une motion – signée par les députés (LSAP), (DP) et (déi Gréng) – à la Chambre des députés. Dans celle-ci, ils invitent le gouvernement à:

– s’assurer que le FDC continue à intensifier sa stratégie d’investissement en cohérence avec les objectifs de l’Accord de Paris et les critères ESG.

– inciter le FDC à favoriser les investissements soutenant la transition énergétique/écologique, lesquels sont en phase avec la position du gouvernement par rapport à la nouvelle taxonomie européenne.

– adopter une stratégie de désinvestissement dans les entreprises productrices d’énergie nucléaire et des entreprises ne pouvant pas se prévaloir d’une trajectoire de décarbonisation en ligne avec les objectifs de l’Accord de Paris.

– encourager le FDC à soutenir la création de logements à coûts modérés.

Un pas en avant

Une motion qui a été votée par la majorité, mais aussi les députés d’opposition de déi Gréng et du Piratepartei.

Du côté du CSV, cela a un peu cafouillé, certains votant contre, d’autres s’abstenant. Un CSV où on soutenait  officiellement la stratégie proposée par le FDC, «sans être d’accord sur tout à 100%, notamment au niveau du nucléaire» comme l’expliquait le député (CSV).


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À l’instar de déi Lénk, (Piratepartei), aurait, lui, souhaité qu’on aille encore plus loin. «Plus loin, mais aussi plus vite dans certains désinvestissements. Tout en investissant davantage encore dans le futur», précisait-il.

Mais le député d’opposition faisait contre mauvaise fortune bon cœur, expliquant: «Cette motion reste quand même un vrai pas en avant par rapport à la stratégie proposée initialement. Cependant, il faudra voir si elle se concrétise vraiment, puisque, par nature, elle n’est pas contraignante. Cela fait quand même dix ans que cette coalition est au pouvoir. Et elle ne se réveille que maintenant…»

On guettera donc avec attention la réaction d’un conseil d’administration du FDC à qui il appartient d’établir les directives concernant les règles de gestions de celui-ci, ces dernières étant soumises à l’approbation d’un ministre de la Sécurité sociale, (LSAP), qui a suivi ce jeudi les plus de quatre heures de débat.