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Gestion du danger

Inondations: une alerte donnée à temps mais mal entendue



Jeudi 15 juillet, le Luxembourg s’est réveillé les pieds dans l’eau. Malgré les alertes. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Jeudi 15 juillet, le Luxembourg s’est réveillé les pieds dans l’eau. Malgré les alertes. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

L’alerte aux inondations aurait-elle dû être lancée plus tôt? se demande-t-on en Allemagne et en Belgique. Côté luxembourgeois, l’Administration de la gestion de l’eau assure avoir prévenu la population à temps. Même si tout le monde n’a pas pris son message au sérieux.

Samedi 10 juillet 2021: le Système européen d’alerte pour les inondations (EFAS) prévenait déjà les gouvernements belge et allemand d’importants risques d’inondations. Quatre jours plus tard, les prévisions se confirmaient. Et au Luxembourg? «Le 10 juillet, une information de l’EFAS est en effet sortie pour le Rhin», confirme Christine Bastian, responsable du service Hydrologie de l’Administration de la gestion de l’eau. Mais rien ne concerne les cours d’eau du Grand-Duché.

Et le Rhin ne constituerait pas un réel élément d’alerte pour le Luxembourg: «C’est un système fluvial beaucoup plus important qui reçoit de l’eau de beaucoup de cours d’eau.»

L’alerte de l’EFAS pour la Sûre n’aurait été donnée que le mercredi 14 juillet.  Surtout, «ce ne sont que des indications».

Des scénarios contradictoires

Les services luxembourgeois reçoivent des informations des services météorologiques allemand et français. «S’il y a des différences entre les deux, nous nous mettons en contact avec Meteolux, qui utilise d’autres modèles», explique encore Christine Bastian.

Ce qui a été le cas le lundi 12 juillet. «Nous nous sommes réunis, car l’un (allemand, ndlr) prévoyait beaucoup de pluie, mais l’autre (français) non.» Il était encore «trop tôt» pour publier une alerte. Mais face à ces contradictions difficile  «de savoir ce qui allait advenir».

Le lendemain matin, «nous nous sommes de nouveau réunis en espérant que les deux convergeraient, mais ce n’était toujours pas le cas». Le modèle allemand prévoyait toujours de fortes pluies. «Nous avons donc décidé de nous mettre en phase de vigilance.»

Un bulletin a donc été envoyé au CGDIS et à la presse luxembourgeoise à 14h, avec un avertissement spécifique aux chantiers et campings en zones inondables. Finalement, le 14 juillet, à 6h43, Meteolux a lancé l’alerte orange de crues à partir de midi. Les précipitations se sont ensuite poursuivies avec des dégâts tangibles dès le 15 au matin.

Le temps d’évacuer

Aurait-il fallu s’y prendre plus tôt pour limiter les dégâts? «Non», assure Christine Bastian. Les gens avaient le temps d’évacuer. «Je pense que tout a bien fonctionné au niveau de notre service. Mais l’information n’a pas été suffisamment entendue.»

Le chef adjoint de Meteolux, Brice Brière, confirme: «Nous faisons les alertes météo et l’Administration de la gestion de l’eau s’occupe des conséquences. Nous avions fait une alerte le jour même à 6h45, même s’il y avait beaucoup d’incertitudes concernant la quantité.»