PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Grande interview

«Les défis de l’industrie des fonds luxembourgeois»


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 Camille Thommes, directeur général de l’Alfi. (Photo: Maison Moderne)

Camille Thommes, directeur général de l’Alfi. (Photo: Maison Moderne)

Après une année 2019 record, 2020 s’annonce plus mouvementée pour l’industrie des fonds. L’écosystème, cependant, se dit prêt à relever de nombreux défis, pour soutenir la croissance à long terme et contribuer au développement d’une finance au service de la société de demain. Évocation des grands enjeux avec Camille Thommes, directeur général de l’Alfi.

Cette interview a été réalisée le 11 mars, avant le déclenchement de la crise liée au Covid-19.

Fin 2019, le total des actifs sous gestion au Luxembourg s’élevait à 4.718 milliards d’euros, en progression de 16,1% sur l’ensemble de l’année écoulée. Cette hausse est soutenue par l’apport de nouveaux actifs, soit 133 milliards d’euros nouvellement injectés à travers de nouvelles souscriptions à des produits luxembourgeois. Mais si le volume d’actifs sous gestion a sensiblement gonflé, c’est principalement en raison de la bonne performance des marchés tout au long de l’année dernière.

La crise du coronavirus a depuis lors refroidi les ardeurs. «La valeur des actifs sous gestion sera impactée. En outre, il est difficile d’évaluer les répercussions d’une telle crise sur les souscriptions nettes», confie Camille Thommes, directeur général de l’Alfi.

Nous devons pouvoir prendre la transformation numérique à bras-le-corps, pour nous assurer d’avoir une longueur d’avance.
Camille Thommes

Camille Thommes,  directeur général de l’Alfi

Bien avant de voir le Covid-19 venir jouer les trouble-fêtes, l’industrie des fonds dans son ensemble et la place luxembourgeoise en particulier avaient identifié certains défis à venir. L’Alfi est actuellement occupée à fixer les priorités du secteur pour 2025. Celles-ci seront rassemblées dans un document en cours de finalisation et s’articuleront autour de quatre principaux axes.

Accompagner l’innovation et la transformation numérique

Le premier réside dans un meilleur accompagnement de l’innovation et la transformation numérique de l’écosystème luxembourgeois. C’est un enjeu-clé pour la place financière, qui doit rester à la pointe en matière de gestion et d’administration des actifs ainsi que de distribution des produits. L’écosystème doit innover, pour plus d’efficacité et en vue de réduire les coûts inhérents notamment à la conformité réglementaire. «Nous devons pouvoir prendre la transformation numérique à bras-le-corps, pour nous assurer d’avoir une longueur d’avance», poursuit le directeur de l’Alfi. «Avec les initiatives prises, autour de la blockchain, avec la Lhoft, à travers divers groupes de travail, nous sommes déjà bien engagés dans cette direction.»

Faciliter l’accès à l’épargne à long terme

Une deuxième priorité vise à faciliter l’accès à l’épargne à long terme, à travers la promotion des PEPP, les produits paneuropéens d’épargne-retraite individuelle mis en œuvre par la Commission européenne. «Il s’agit d’une opportunité importante pour la gestion collective d’actifs en Europe», précise Camille Thommes. «En 2060, on comptera 2 personnes en âge de travailler pour quatre pensionnées. D’ici là, la pression sur nos systèmes de retraite va se faire grandissante. Il s’agit donc de promouvoir les plans de pension personnels volontaires, en encourageant notamment chacun à investir sur le long terme. C’est ce à quoi la Commission européenne veut s’atteler à travers l’initiative PEPP, tout en soutenant la constitution d’un marché unique des capitaux.»

Poursuivre le développement du segment alternatif

La troisième priorité identifiée par l’Alfi vise à poursuivre la croissance des investissements alternatifs et le développement de l’écosystème qui les sous-tend au Luxembourg. «Quand on regarde la croissance des différents segments, ces dernières années, on constate que l’évolution autour des fonds alternatifs est prometteuse. Au départ d’AIFMD, nous devons démontrer que nous pouvons créer une marque aussi puissante que UCITS à partir du Luxembourg. Il y a en tout cas un intérêt croissant d’une clientèle internationale pour ces produits», assure Camille Thommes.

Soutenir la finance durable

L’autre grande opportunité, quatrième axe prioritaire de l’Alfi, réside dans le développement de la finance durable. «Les acteurs de la gestion sont invités à jouer un rôle plus actif dans la lutte contre le réchauffement», explique Camille Thommes. «Les nouveaux programmes politiques et les réglementations, au-delà d’un enjeu de meilleure gestion des risques et d’une volonté de protéger les investisseurs, visent une allocation des capitaux vers des projets plus durables, porteurs de croissance économique et créateurs d’emplois.»

Sur ce segment, le Luxembourg représente 31% des parts du marché européen en nombre de fonds créés et 39% si l’on considère les actifs sous gestion. «Si l’on considère les fonds d’impact, deux véhicules sur trois créés en Europe sont domiciliés au Luxembourg. Notre centre financier a été l’un des premiers à promouvoir les activités d’investissement responsable. Il faut saluer le travail de pionnier de LUXFLAG dans ce domaine ou encore la contribution du Luxembourg Green Exchange.»

De beaux atouts à faire valoir

D’autres tendances occupent les acteurs de l’industrie des fonds, et notamment une exigence croissante des investisseurs de profiter de produits plus accessibles, avec notamment des exigences de transparence toujours plus grandes et le développement de produits de types ETF, de gestion passive. «En outre, la concurrence est beaucoup plus rude que par le passé. Mais le Luxembourg a toujours de beaux atouts et la capacité de faire la différence à l’échelle globale, grâce à des prestataires de qualité, une réelle expertise, une boîte à outils répondant aux diverses attentes des promoteurs et un environnement stable», précise Camille Thommes.

L’industrie luxembourgeoise des fonds, en outre, reste une référence en matière de distribution transfrontalière de produits d’investissement, avec des accords établis avec plus de 70 pays à travers le monde.
Camille Thommes

Camille Thommes,  directeur général de l’Alfi

L’industrie luxembourgeoise des fonds, en outre, reste une référence en matière de distribution transfrontalière de produits d’investissement, avec des accords établis avec plus de 70 pays à travers le monde. «Cependant, à côté de nos concurrents traditionnels, comme l’Irlande, d’autres initiatives se développent par ailleurs», explique le directeur de l’Alfi. «On peut par exemple citer le passeport ARFP, résultant d’un accord entre plusieurs juridictions en Asie-Pacifique, et qui entre directement en concurrence avec UCITS. La concurrence est globale et nous oblige à poursuivre nos efforts de promotion internationale afin de bien nous positionner.»

Dans un monde qui change, les défis sont nombreux. Les acteurs de l’industrie luxembourgeoise des fonds, soutenus par les autorités nationales, voient aussi de nombreuses opportunités pour contribuer à une finance globale plus saine, plus utile, durable.