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Environnement

Déchets nucléaires: 7.000 Luxembourgeois ont déjà réagi



La ministre belge Marie-Christine Marghem a longuement répondu aux questions des bourgmestres de la province de Luxembourg. (Photo: Capture d’écran)

La ministre belge Marie-Christine Marghem a longuement répondu aux questions des bourgmestres de la province de Luxembourg. (Photo: Capture d’écran)

Info Paperjam – 7.000 Luxembourgeois ont déjà réagi à l’enquête en cours en Belgique dans le cadre d’un projet de positionnement quant au possible enfouissement de déchets nucléaires. Un effet de l’alerte lancée par la ministre Carole Dieschbourg (Déi Gréng).

Ce vendredi, la ministre fédérale de l’Énergie, de l’Environnement et du Développement durable du gouvernement belge, Marie-Christine Marghem (MR), a évoqué avec les bourgmestres de la province de Luxembourg l’enquête publique en cours qui doit aider la Belgique à se positionner quant à l’enfouissement de déchets nucléaires . Paperjam a été invité à assister à cet échange mené par le député fédéral et bourgmestre de Tintigny, Benoît Piedboeuf (MR).

Le processus en cours a surpris beaucoup de personnes , qui l’ont découvert suite à une conférence de presse organisée par la ministre luxembourgeoise du Climat, de l’Environnement et du Développement durable Carole Dieschbourg . Celle-ci reprochait à la Belgique de procéder à l’envers: «Ils veulent définir les zones de stockage sans savoir quel est l’impact environnemental.» Elle regrettait l’exclusion de «l’évaluation des incidences transfrontières du stockage géologique en reportant l’analyse des effets transfrontières à des stades ultérieurs». 

«Le rapport ne nous permet pas de connaître les incidences environnementales sur l’eau, le pays et la population», constatait encore Carole Dieschbourg. «Or, des couches géologiques pénètrent jusque dans notre pays, ce qui peut occasionner des problèmes pour l’eau potable pendant des centaines d’années. Il nous faut donc beaucoup plus d’informations», déplorait-elle.

Assez pour causer ce que la ministre Marghem décrit comme  «un incident diplomatique»

Les deux ministres ont eu un long entretien

Carole Dieschbourg invitait d’ailleurs les citoyens luxembourgeois à réagir à l’enquête en cours. Elle a été entendue, puisque Marie-Christine Marghem confirme que 7.000 Luxembourgeois l’ont déjà fait sur le site dédié à la consultation de l’Ondraf  (l’organisme fédéral belge indépendant en charge de la gestion des déchets nucléaires, ndlr), où cela est possible jusqu’au 13 juin. Les Belges ne sont, pour le moment, que 4.800 à l’avoir fait et n’avaient été que 2.700 en 2010 dans le cadre d’une précédente enquête.

Répondant à Paperjam, Marie-Christine Marghem a confirmé «avoir eu un long entretien avec Carole Dieschbourg, durant une heure. Il a été convenu que son administration nous écrive, ce qui a été fait. Nous sommes occupés à répondre. Des relations bilatérales vont continuer à avoir lieu quant à l’instruction du dossier.»

La ministre belge est aussi revenue sur différents aspects de ce dossier.

Quel est le but de la consultation?

Les experts et les enquêtes scientifiques internationales semblent démontrer que l’enfouissement des déchets nucléaires est la meilleure solution.

L’enquête en cours ne vise donc qu’à aider le gouvernement à se positionner quant au fait de savoir si oui ou non il faut enfouir. Ce qui semble une évidence, car «on ne va pas les mettre en mer, comme dans les années 70, et des bunkers sur le sol ne sont pas recommandés, car il y a des risques de fissure».

«Les enquêtes environnementales, d’incidence… ne viendront que plus tard. Il n’est pas question ici d’aborder le volet de la localisation», note Marie-Christine Marghem.

En quoi le Luxembourg est-il concerné?

La consultation est ouverte à tous habitants des pays voisins de la Belgique car, afin de se positionner sur le principe de l’enfouissement, «toute la qualité géologique du sous-sol belge est étudiée». Cela malgré qu’il soit évident que des régions comme l’Ardenne et la Gaume sont naturellement peu propices et déjà disqualifiées. D’autant que l’argile de Boom, en Flandre, a de longue date été identifiée comme le meilleur par les experts.

De plus, depuis juillet 2016, la Belgique a un accord avec le Luxembourg pour la prise en charge des déchets radioactifs, principalement issus des hôpitaux. «Dans ce cadre, le Luxembourg s’est engagé à respecter la loi et les procédures belges», a rappelé la ministre Marghem. «C’est aussi ce que j’ai rappelé à Carole Dieschbourg.» Avant de rassurer: «La Belgique continuera à tenir tous ses engagements à l’égard du Luxembourg.»

Quand la Belgique pourrait-elle commencer à enfouir ses déchets?

Les études sont en cours depuis 40 ans, et la Belgique ne s’est pas encore positionnée quant au principe de l’enfouissement. Cette étape est en cours. Dans tous les cas, le premier déchet ne sera pas enfoui avant 20 ans, le temps de mener les enquêtes, les études, de faire face aux recours et de construire les galeries qui devront être sécurisées pour des milliers d’années.

Le dernier déchet sera descendu dans le sous-sol, en profondeur, vers 2120-2140. Les galeries seront alors totalement et définitivement condamnées. Certains l’ont déploré, estimant que «les évolutions scientifiques auront peut-être permis d’autres méthodes de traitement».

Quel est le délai de l’enquête en cours?

Pour différentes raisons, il aurait été difficile de reporter la consultation en cours, malgré le confinement. Vu les ratés connus ces derniers jours, Benoît Lutgen (cdH), député européen et bourgmestre de Bastogne, a proposé de tout simplement la recommencer. Pas question pour la ministre, pour qui «il n’est pas question de faire l’autruche».

Les citoyens peuvent se manifester jusqu’au 13 juin.

Quel est l’historique de ce dossier?

Cela fait 40 ans que l’Ondraf travaille sur ce dossier. Comme d’autres, la Belgique doit se positionner quant au devenir de ses déchets nucléaires. Une enquête avait donc eu lieu en 2010, une proposition de loi a été écrite, mais aucun gouvernement ne s’en est préoccupé.

Or, l’Union européenne presse la Belgique de prendre une attitude, raison pour laquelle une nouvelle enquête «volontairement très large» a été relancée «par souci de transparence».