Entre renouveau de la ville, démographique et économique, et renouveau du parti, Dan Biancalana travaille à deux niveaux. Avec la volonté d’être constructif, dit-il. (Photo: Nader Ghavami)

Entre renouveau de la ville, démographique et économique, et renouveau du parti, Dan Biancalana travaille à deux niveaux. Avec la volonté d’être constructif, dit-il. (Photo: Nader Ghavami)

Les dossiers sont nombreux sur le bureau de Dan Biancalana. Le bourgmestre travaille à la diversification économique de la cité en jouant à plein sur sa vocation de pôle régional. Le co-président du LSAP œuvre au rajeunissement du parti et de sa vision afin de préparer un retour aux affaires.

(À nos lecteurs: la rédaction de Paperjam a pris ses quartiers à Dudelange, ces jeudi et vendredi, à la rencontre d’acteurs politiques, sociaux et économiques de cette commune de 22.000 habitants. Cet article s’inscrit dans cette démarche «concentrée». Bonne lecture. Le rédacteur en chef)

Bourgmestre de Dudelange, Dan Biancalana travaille à plein temps avec ses services à la diversification économique de la cité et entends profiter à plein de la vocation régionale de sa commune pour essayer d’attirer aussi bien de nouveaux services étatiques et de nouvelles activités économiques. La fermeture du bureau de l’Adem de la ville ainsi que la faillite de Liberty Steel – deux événements qu’il déplore – ne doivent pas masquer le dynamisme de la commune, insiste-t-il.

L’antenne régionale de l’Adem? «Nous l’avons défendue bec et ongles au sein du conseil communal», détaille le bourgmestre. «Dudelange a vocation à être un centre de développement régional. Nous avons par exemple un centre culturel régional, une bibliothèque régionale, une école de musique régionale, une antenne de la Caisse nationale de santé. Nous retirer l’Adem, c’est nous amputer d’un des piliers de cette vocation. C’est sacrifier toutes les collaborations et les synergies que nous avions mises en place.»

Un revers – avec l’accord tacite du CSV local – mais un revers qui l’incite à poursuivre le développement de la vocation régionale de sa commune. D’abord en attirant de nouveaux services étatiques, mais aussi en développant ceux qui existent. Il compte profiter à plein du développement du site NeiSchmelz, une ancienne friche industrielle qui cède la place à un nouveau quartier. Dans les mois à venir, Dudelange va attirer le Centre national des collections publiques – un endroit ouvert au public où seront regroupées les œuvres des artistes luxembourgeois –, des antennes régionales des services de l’Administration des contributions directes, de l’enseignement fondamental et de la protection internationale. Seront également développés des espaces de coworking pour les services étatiques.

Dan Biancalana entend également profiter des infrastructures existantes comme le Laboratoire national de santé et les activités de recherche qui vont avec ou le pôle multimodal des CFL. «Notre challenge, c’est de connecter la Ville avec les services étatiques et aussi avec les entreprises. Il faut rapprocher tous ces acteurs afin qu’ils puissent profiter des services communaux que nous offrons en tant que ville – commerce, gastronomie, services publics et communaux, loisirs.»

Diversification économique tous azimuts

Dans ce contexte, la fermeture enfin actée de Liberty Steel lui laisse un goût amer. «On ne peut que regretter que toutes les promesses qui ont été faites en matière de développement et d’investissements n’aient pas été tenues. Le potentiel du site n’a pas pu être exploité. Il y a tout un savoir-faire et une production spécifiques qui ont été perdus pour le pays.»

Mais ce «drame humain» ne doit pas masquer le fait que Dudelange est une ville à vocation industrielle. En tant que pôle régional, la commune – en partenariat avec l’État – voit ses zones d’activité se développer. «L’industrie reste un pilier important pour la ville. Nous avons, avec les acteurs – Ampacet, Eurofoil et d’autres –, des échanges permanents afin de connaître leurs soucis et de chercher des solutions.»

Cette volonté de diversification économique se retrouve également dans la politique commerciale de la Ville. À Dudelange, le pourcentage de surfaces commerciales vides est de 6% contre 11% au niveau national. La Ville s’est dotée d’un city manager et, face à des cellules commerciales désertes, prend l’initiative de les louer elle-même afin de pouvoir les sous-louer, principalement à des activités innovantes ou pour combler des manques dans l’offre commerciale. «Une initiative de longue haleine qui commence à porter ses fruits.»

Le fait que la population de Dudelange ait un fort pouvoir d’achat aide.

31.000 habitants maximum

Ce contexte dynamique attire du monde. Actuellement, la commune compte 22.000 habitants. «Notre développement se fait de manière ordonnée. Si l’architecture de la cité fait la part belle aux maisons unifamiliales et aux immeubles de petite taille, le projet NeiSchmelz permettra de densifier la population. 1.600 logements seront mis à disposition. Ce qui ne signifie pas que la croissance de Dudelange sera infinie. Dans le cadre de la réforme du PAG, nous nous sommes livrés à un exercice théorique: calculer le maximum d’habitants que nous pourrions accueillir. Et le résultat est de 30.000 à 31.000 habitants.»

La population de Dudelange est composée à 60% de Luxembourgeois et à 40% d’étrangers. Principalement des ressortissants de nationalité portugaise, française, italienne et belge. Et la ville attire de plus en plus d’anglophones. «Ce qui distingue Dudelange, c’est un mix équilibré en termes de catégories socioprofessionnelles. Il y a peu de grandes disparités ce qui renforce la cohésion sociale de la population.»

La difficile recherche de la représentativité

Dan Biancalana veut intégrer les non-Luxembourgeois à la vie politique locale. Pour cela, toute une politique participative a été développée. «Dans le cadre du projet NeiSchmelz, nous avons sollicité les habitants des quartiers avoisinants pour qu’ils donnent leurs idées et qu’ils expriment leurs craintes aussi. Nous avons également développé différents formats de participation citoyenne dont un budget participatif doté d’une enveloppe de 110.000 euros. Nous avons sollicité l’Université du Luxembourg et son pôle ‘participation citoyenne’ afin de développer d’autres outils. Toute une dynamique est en train de se mettre en place».

La question de la représentativité politique au Luxembourg est un sujet qui importe à Dan Biancalana, homme politique de stature nationale. Il est depuis deux ans et demi co-président du LSAP avec .

Avoir 48% de non-Luxembourgeois qui participent à la vie économique du pays sans rien à avoir à dire sur la politique du pays est un souci majeur. «Bien sûr, il y a eu des avancées en matière d’accès à la nationalité et de niveau de langue exigé. Mais cela reste limité de ce point de vue. Au LSAP, nous avons épousé cette idée de faire participer les non-Luxembourgeois aux élections nationales. Une participation sous condition: avoir participé au préalable aux élections communales. Des élections qui, grâce à l’assouplissement de la clause de résidence, ont permis de faire participer beaucoup de monde.»

Nouvelle génération

Un autre chantier qui lui tient à cœur est celui du rajeunissement du parti. «Nous voulons donner davantage la parole aux jeunes au sein de nos instances. Nous avons rajeuni le comité directeur du parti, le précédent et l’actuel. Nous avons également donné à nos jeunes militants plus de visibilité et plus de responsabilités. Un pari réussi si on regarde nos derniers résultats électoraux. On reproche souvent aux jeunes leur manque d’expérience. Ils ont surtout une autre manière de faire et d’approcher les problèmes qui n’est pas moins mauvaise. Il faut aussi les encadrer, les guider. Cela demande beaucoup d’énergie et beaucoup d’engagements, mais cela en vaut la peine.»

Après 20 ans de participation au gouvernement, le LSAP a entamé une phase d’opposition. Souvent, une cure d’opposition peut-être une bonne chose, une manière de se régénérer. Dan Biancalana en convient. «Quand on est aux affaires, on est tenu par un accord gouvernemental par rapport à des projets qui sont mis en place. Dans l’opposition, on est plus libres, ce qui nous permet de développer de nouvelles visions, une nouvelle dynamique. Cette liberté dans nos positionnements et nos propositions – des propositions toujours réalistes – porte ses fruits dans les urnes.» En attendant le retour du LSAP aux affaires – un retour qu’il espère rapide, le parti assume sa position d’opposant. «Une opposition constructive. Les choses qui nous semblent positives pour le pays, notamment les baisses d’impôts, nous les soutenons. Nous essayons aussi de donner des impulsions.»