POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Frank Engel (président du CSV)

«Le CSV n’atteindra plus les sommets du passé»



243492.jpg

Frank Engel veut repositionner le CSV. Selon lui, ce n’est pas vers la droite qu’il doit se diriger. (Photo: Matic Zorman / Archives)

Les élections se suivent et se ressemblent pour le CSV, qui a essuyé deux revers durant les législatives d’octobre puis lors des européennes du 26 mai. Le parti est clairement à un tournant de son histoire. Frank Engel, son président, estime qu’un repositionnement est nécessaire. Et urgent.

Les résultats des élections européennes ont été une grande déception?

Frank Engel . - «La perte d’un siège d’eurodéputé, pas vraiment, car cela avait été anticipé. On savait que ce serait très difficile de garder trois élus, même si on avait rattrapé notre retard par rapport au résultat des législatives (ndlr, le CSV avait enregistré une baisse de -5,37% par rapport à 2013). J’avais fait mon deuil de cet élu.

La perte de voix (-16,55% ) est tout de même énorme et fixe votre parti à 21,1%...

«C’est en effet une perte substantielle. Cela constitue en tout cas une sérieuse mise en garde par rapport à la vision de notre parti. Être au même niveau que le DP (21,44%) et Déi Gréng (18,91%) est en tout cas assez inédit. Même si, on l’oublie, cela a déjà été le cas par le passé. Je me suis plongé dans nos archives et nous avons été dans le même cas en 1974, quand le CSV a été mis dans l’opposition.

Pour la première fois, une majorité populaire de 53% se dégage... sans le CSV.
Frank Engel

Frank Engel,  président du CSV

Qu’est-ce que cela signifie selon vous?

«Que contrairement à ce qui est souvent dit, le CSV n’a pas toujours plané au-dessus de la mêlée.

C’est aussi un enseignement pour le futur?

«Oui, et il faut aussi se rendre compte que le CSV est, je pèse mes mots, un parti ‘normal’, pas celui qui domine tout et à qui tout réussit.

Quelle analyse des chiffres avez-vous menée?

«Que pour la première fois, une majorité populaire de 53% se dégage et est possible sans le CSV. C’est le total des chiffres du DP, de Déi Gréng et du LSAP. Il faut donc réagir et réfléchir à un repositionnement du parti.

Notre message ne passe plus auprès de l’électorat urbain.
Frank Engel

Frank Engel,  président du CSV

Qu’allez-vous proposer, vous qui êtes le président?

«Je ne peux rien imposer. Ce sont les organes démocratiques du parti qui prennent les décisions. Il va y avoir une grande consultation en interne, notamment des présidents de circonscription, avant l’été. Des propositions seront émises et il faudra, à un moment, décider. Et que tout le monde soit bien d’accord sur les options prises.

Quelle est votre conclusion personnelle?

«Si on observe le spectre politique on voit que, sur notre droite, il n’y a plus que l’ADR, qui passe les 10%. Les électeurs perdus sont ceux du centre, c’est une évidence. Ensuite, à l’examen de la carte des résultats électoraux, on voit clairement que le CSV a un problème dans le Centre, dans la capitale et dans les grandes villes du Sud. Notre message ne passe plus auprès d’un électorat urbain. On doit donc travailler à ce niveau.

Les résultats donnent tort à ceux qui, chez nous, souhaitaient être plus souples à l’égard de l’ADR.
Frank Engel

Frank Engel,  président du CSV

Quelle pourrait être votre stratégie?

«Les résultats donnent tort à ceux qui souhaitaient être plus souples à l’égard de l’ADR, en tout cas. Le CSV est un parti actuellement d’opposition, mais qui doit aussi être la première force de proposition du pays. C’est un travail important, qui doit être fait dans un contexte difficile. Pourquoi? Par exemple, il est évident que nous devons intégrer un concept comme la durabilité. Mais pas en essayant d’être de meilleurs Verts que les Verts!

Pour mener ce travail, il faut un parti uni. Or cette unité est fragile...

«Ce n’est pas le cas. Maintenant, je pense aussi que nous aurions fait un meilleur résultat si certains n’avaient pas passé deux mois à lancer des piques sur les sites de certains médias! Cela nous a nui alors qu’on lançait notre équipe en campagne.

Qui sont-ils?

«Tout le monde sait bien qui a fait quoi, pas besoin de donner des noms. Maintenant, une période sans élection proche s’ouvre, et j’en suis content. Les choses sont limpides: soit chacun se soumet au débat démocratique – moi le premier – et accepte les décisions prises en interne, même soumises au vote, soit on en tire les conséquences. Je répète qu’avoir porté des critiques sur la place publique a beaucoup nui. Le CSV doit être uni, et projeter cette image. C’est aussi un message que je lance à ceux qui n’ont pas fait preuve d’un excès de zèle ces derniers temps.

On doit donc accepter l’idée que nous n’atteindrons plus jamais les sommets connus dans le passé, il y a quelques années.
Frank Engel

Frank Engel,  président du CSV

Le CSV n’est donc pas mort?

«Tous nos partis frères en Europe souffrent, et même beaucoup plus que nous. Qui pouvait croire que le reflux des sociaux-démocrates allait épargner le Luxembourg? Il y a une redéfinition du paysage politique, en Allemagne, en France... On doit donc accepter l’idée que nous n’atteindrons plus jamais les sommets connus dans le passé, il y a quelques années. Ce qui n’empêche pas, encore une fois, d’être la plus importante force de proposition.

Pour une alliance PPE, ADLE, S&D et Verts

Membre du PPE, vous soutenez la candidature de Manfred Weber à la présidence de la Commission?

«Oui et sans aucune ambiguïté. J’ai d’ailleurs voté des textes en faveur du principe du ‘Spitzenkandidat’. Le PPE reste la première force politique européenne. Il est évident que nous ne pouvons plus avoir la présidence de la Commission et du Parlement. Mais croire que l’on peut faire sans le PPE est aussi une erreur.

Quelle alliance a votre préférence? 

«Il y a les Verts qui sont là et je pense que l’heure est venue de leur demander de prendre leurs responsabilités. Je suis pour une alliance entre le PPE, les Verts, le S&D (socialistes et démocrates) et les libéraux de l’ADLE.

Et si le Fidesz, le parti de Viktor Orban, quitte le PPE?

«Pour moi, cela ne changera rien. Le PPE restera la première famille puisque le S&D devra composer avec le départ annoncé des députés britanniques du parti travailliste. Mais une coalition restera impossible sans nous. De toute façon, le Fidesz reste suspendu du PPE. Il ne participe donc plus à la vie de notre famille politique et, en l’état, ne peut adhérer à notre futur groupe au Parlement. Les députés de ce parti pourraient le faire à titre individuel, mais ne pourraient prétendre à aucune fonction. Donc, ils ne le feront pas. C’est une histoire terminée.»