PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique des chefs économistes

La croissance chinoise passera à un rythme plus lent



Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg. (Photo: Maison Moderne)

Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg. (Photo: Maison Moderne)

Après une année de fortes exportations dans le contexte de la crise sanitaire, l’économie chinoise devrait voir la demande extérieure ralentir en 2021. Un phénomène qui ne devrait pas avoir trop d’influence sur les économies occidentales, estime Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam.

La Chine fut le premier pays à avoir maîtrisé l’épidémie et à atteindre son niveau d’activité économique d’avant-crise. À la différence des pays développés, dont les aides fiscales visaient avant tout à aider les ménages, la Chine a stimulé son économie à travers de nouvelles dépenses en infrastructure. De plus, l’économie chinoise a bénéficié durant la pandémie de la forte demande de produits chinois. Ces deux facteurs qui avaient soutenu la croissance économique chinoise l’année dernière risquent de devenir de plus en plus des freins pour l’économie.

Certains indicateurs pointent vers un ralentissement du secteur de la construction chinois. Chaque année, en mars, le gouvernement central chinois annonce le montant maximum d’emprunt autorisé par les gouvernements locaux en vue de financer de nouveaux projets d’investissement, principalement en infrastructure. En 2020, au même titre que les plans de relance passés de Pékin, cet outil est resté l’outil de relance économique principal des autorités. La hausse significative de ce quota d’émission obligataire en 2020 a jusqu’à présent soutenu l’activité de ce secteur ainsi que la demande de métaux industriels, la Chine représentant pas moins de 50% de la demande mondiale pour un grand nombre de ces métaux.

Réduction de la limite d’emprunt

En 2021, l’activité économique chinoise s’étant normalisée, le gouvernement a légèrement diminué cette limite d’emprunt. De surcroit, la nouvelle réforme des produits financiers risque de peser sur le financement de ce secteur. En effet, certains émetteurs à risque de crédit élevé (tels que des développeurs immobiliers et des entités liées à des gouvernements locaux) utilisent des produits promus par des banques pour se financer. Bien souvent, les Chinois investissant dans ces produits partent du principe que les banques offrent des garanties, alors qu’en réalité, aucune garantie explicite n’existe en cas de défaut de l’emprunteur.

La nouvelle réglementation a pour objectif de protéger les investisseurs de ces produits en rendant plus transparent le risque encouru. Par conséquent, il est hautement probable que les taux d’emprunt augmentent pour les émetteurs les plus risqués et que le crédit leur soit plus difficilement accessible. À long terme, cette réforme est donc positive pour l’économie chinoise, car les rendements des produits financiers reflèteront de manière plus juste le risque. Cependant, à court terme, la réforme risque d’accentuer le ralentissement du crédit, qui impactera plus particulièrement le secteur de la construction, dont l’activité est fortement dépendante de l’accès au crédit. Dans un tel scénario, le ralentissement de la demande de métaux industriels de la Chine aura une répercussion négative sur leur prix. S’il est vrai que la demande pour ces métaux provenant des nouvelles technologies vertes est en forte croissance, elle ne permettra probablement pas de contrebalancer la perte de vitesse du secteur de la construction en Chine.

En plus de ces nouvelles dépenses en investissement, l’économie chinoise a été portée par la hausse des exportations depuis le début de la pandémie.
Alexandre Gauthy

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

En plus de ces nouvelles dépenses en investissement, l’économie chinoise a été portée par la hausse des exportations depuis le début de la pandémie. En effet, durant la période de confinement, les ménages des pays développés ont privilégié la consommation de biens, à un moment où la consommation de certains services était rendue impossible. La Chine, de par sa position de centre de production manufacturier mondial, a profité de ce changement d’habitude de consommation. Mais au fur et à mesure que les mesures de restriction seront levées, les habitudes de consommation reviendront à la normale, en faveur des services dont la consommation est plus locale. Par conséquent, les exportations chinoises devraient continuer de ralentir dans les prochains mois. Ces deux facteurs devraient peser sur la croissance économique chinoise dans les trimestres à venir.

Dans les cycles passés, un ralentissement de la croissance économique chinoise avait une conséquence directe et négative pour le reste du monde. Mais cette fois-ci, la décélération de la demande chinoise aura moins de répercussions sur les pays développés, dans lesquels des moteurs internes puissants de croissance devraient limiter cet impact négatif. En effet, aujourd’hui, les ménages peuvent compter sur un excédent d’épargne important qui pourra être partiellement dépensé une fois que les mesures de restriction seront levées. La croissance économique post-Covid des différentes régions du monde devrait donc être principalement expliquée par des facteurs endogènes.