POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

François Bausch, vice-Premier ministre

«Un deuxième ‘lockdown’ n’est pas envisageable»



«Tout le monde sait très bien que les Verts n’étaient pas pour le projet», déclare le vice-Premier ministre François Bausch. «Nous estimons qu’il n’apporte rien de positif, même pas pour le tissu économique luxembourgeois. Créer de l’emploi pour les frontaliers, cela n’a aucun sens. Mais c’est une opinion personnelle.» (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

«Tout le monde sait très bien que les Verts n’étaient pas pour le projet», déclare le vice-Premier ministre François Bausch. «Nous estimons qu’il n’apporte rien de positif, même pas pour le tissu économique luxembourgeois. Créer de l’emploi pour les frontaliers, cela n’a aucun sens. Mais c’est une opinion personnelle.» (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

De la stratégie de sortie de crise à la finance durable en passant par Fage, le vice-Premier ministre, François Bausch (Déi Gréng), a répondu aux questions de Paperjam. Il estime que la coalition a géré la crise de manière très solidaire, et qu’un nouveau confinement est désormais inenvisageable. Deuxième partie d’une interview en deux volets.

Comment se porte la coalition?

François Bausch.  «La crise sanitaire a soudé la coalition. Nous avons essayé au maximum de gérer ensemble la crise, de la meilleure façon possible. Et l’ambiance est bonne au gouvernement. Bien sûr, il y a toujours des dossiers avec des divergences, comme Fage, mais ce n’est pas nouveau. Il n’y a pas eu de projets nouveaux qui remettent en cause le fonctionnement de la coalition. Nous sommes sur une approche solidaire.

Après la gestion de la crise sanitaire et la mise en place du plan de relance, quelles sont désormais les priorités de la coalition?

«Le plan de relance que nous avons mis en place n’est pas la dernière étape. Il faudra ajuster ou prolonger certaines mesures. La crise ne sera pas finie au 31 décembre 2020. En particulier la crise économique, qui va durer, surtout dans certains secteurs, comme le tourisme.

Donc la première préoccupation du gouvernement reste la sortie de crise, et pas seulement sanitaire, mais aussi sociale et économique. Avec l’espoir qu’au printemps prochain, la situation sanitaire sera meilleure.

Est-ce que vous envisageriez le renforcement des mesures anti-Covid actuelles?

«Un deuxième ‘lockdown’ n’est pas envisageable, il y aurait davantage de risques économiques et sociaux que de risques sanitaires. Bien sûr, il faut faire attention, prendre au sérieux la crise. Mais il faut trouver des solutions pour vivre avec le Covid, sans limiter les libertés individuelles.

Ce qui est mis en place au Luxembourg, je crois que c’est une limite. Il faut vraiment affiner les mesures, et agir localement quand on constate qu’il y a un ‘hot spot’ local. Mais pas fermer la société entière.

D’autant que, désormais, nous connaissons mieux le virus, les hôpitaux sont mieux préparés, moins de gens meurent. Tout cela permet à la société de continuer à fonctionner.

Le président du CSV, Frank Engel, a récemment ouvert le débat au sujet de la redistribution des richesses. Une réforme de la fiscalité fait-elle partie des outils pour lutter contre la crise?

«C’est un débat qui n’est pas nouveau. Il a commencé au plus tard après la crise de 2008, qui avait bien souligné la mauvaise redistribution des richesses dans notre société en général. C’est un débat qu’il faut mener. Maintenant, de là à dire qu’il faut aujourd’hui augmenter ou réintroduire tel ou tel impôt, sans débat, je ne trouve pas ça très sérieux. Parce que ce dont il faut se préoccuper durant ces deux prochaines années, c’est de sortir de cette crise.

Cela dit, nous espérons réussir à faire une première partie de la réforme fiscale en janvier. Celle-ci aura des éléments de redistribution, d’équité fiscale, comme avec le fameux FIS, dont la réforme est dans l’accord de coalition. Même chose pour les stock options. Et des éléments écologiques seront également introduits. Nous sommes en train de voir tout cela.

Une deuxième partie de la réforme est prévue pour 2022. Ce qui est bien, car il est aujourd’hui très difficile de prédire ce qu’il en sera alors.

La levée de 1,5 milliard d’euros d’obligations durables a été un succès. Qu’en pensez-vous?

«Financer certains projets à travers des emprunts soutenables est une bonne idée. Le ministre des Finances, Pierre Gramegna (DP), a fait un excellent travail.

Cela aide à la diversification de la place financière, mais dans un domaine-clé. Car non seulement il y a un besoin de financement énorme dans ce secteur, mais surtout, les investisseurs essaient de plus en plus de transférer l’argent dans cette direction.

Cette crise climatique concerne tout le monde, pauvre comme riche. Donc la finance durable, c’est un secteur qui aura beaucoup plus d’importance dans les prochaines années.

Mais, concrètement, cette somme de 1,5 milliard, où va-t-elle aller?

«On ne sait pas encore, il faudra voir. Normalement, l’État n’émet pas d’obligation pour un projet précis: selon le principe de l’universalité du budget, quand l’État fait un emprunt général, il est toujours injecté dans le budget central. Puis, à travers les fonds, il est distribué. Ensuite, on peut faire des remarques dessus, dire: on fait l’emprunt probablement pour financer ça et ça. Mais il faut voir.

À mon avis, ce qui sera important quand on va introduire la taxe CO2 – qui sera soumise au même principe d’universalité du budget –, afin que les gens la comprennent et l’acceptent, ce sera de préciser que son utilisation servira à financer des alternatives. Sinon, à la fin, les gens vont se dire que c’est uniquement une nouvelle source d’impôt que nous introduisons.

Quand vous avez de nouveaux moyens financiers, vous devez expliquer pourquoi vous les utilisez. C’est la même chose pour les obligations soutenables qu’on a lancées.

Est-ce que cet argent ne va pas être utilisé pour financer les mesures prises dans le cadre de la crise?

«Ce ne serait pas une bonne idée de dire qu’on a dépensé 5 milliards pour des subsides, et que maintenant, on émet des obligations pour combler ce trou. Si on émet ces obligations, c’est surtout pour des investissements précis.

Et l’investissement est pour moi le plus important, surtout en temps de crise. Car vous faites alors un emprunt qui va servir pour les générations futures. Si vous faites un emprunt pour le tram, vous dépensez beaucoup, mais vous avez un retour sur investissement. Mais si vous dépensez cet argent pour les retraites, ou pour réduire les impôts pour des biens de consommation destinés à relancer la consommation, ou encore pour financer les salaires des fonctionnaires, ce n’est pas une bonne idée, c’est un jeu dangereux.

C’est une erreur de ne pas différencier des dettes pour des besoins de financement de consommation, et des dettes pour des investissements dans les infrastructures, qui vont aider à la fin au développement de votre économie et pour lesquelles le remboursement ne sera pas difficile.

Comment jugez-vous le projet d’implantation de l’usine Fage, qui soulève de nombreuses contestations?

«Tout le monde sait très bien que les Verts ne sont pas pour le projet Fage. Nous estimons qu’il n’apporte rien de positif, même pas pour le tissu économique luxembourgeois. Créer de l’emploi pour les frontaliers, cela n’a aucun sens. Mais c’est une opinion personnelle.

Et la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg (Déi Gréng), doit appliquer la loi, pas son opinion personnelle. Et quand elle a un dossier, si l’entreprise respecte les conditions, elle doit respecter les règles et donner son autorisation. Nous sommes dans un État de droit.

Mais du point de vue personnel, bien sûr que nous sommes contre, nous n’avons pas changé d’opinion.

Est-ce que vous vous trouvez aussi en porte-à-faux avec le projet de satellite Luxeosys?

«C’est différent. Je trouve que c’est un bon projet, mais il y a un problème avec la façon dont cela a été géré, notamment sur l’aspect financier.

Nous avons affiné la charge financière, nous avons réussi à réduire de 41 millions l’excédent qui était prévu. Il y aura toujours un surplus financier, d’au moins 80 ou 100 millions. Ce surplus n’est pas inutile, mais le problème est qu’il aurait dû être dans le projet initial: toutes les différentes fonctionnalités auraient dû être incluses dès le début.

Mais le projet en tant que tel est bon. Ce satellite servira le Luxembourg à différents niveaux, pour la défense, pour le préventif. Il est utilisable pour beaucoup de possibilités dans les domaines civils et militaires, comme l’observation du climat, de l’agriculture, des catastrophes naturelles.»

Retrouvez ici la première partie de cette interview.