POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

CONSENSUS Flash DE LA FONDATION IDEA

La crainte d’une seconde vague plane sur les décideurs



Le panel interrogé par Idea s’attend à une baisse de 6% du PIB en 2020 et à un taux de chômage de 7,1%. (Photo: Shutterstock)

Le panel interrogé par Idea s’attend à une baisse de 6% du PIB en 2020 et à un taux de chômage de 7,1%. (Photo: Shutterstock)

Les décideurs du Luxembourg livrent des prévisions pessimistes sur la croissance et le chômage pour les deux années à venir, selon le dernier «Consensus Flash» de la Fondation Idea. Ils s’inquiètent surtout d’une seconde vague d’infections. Ils ont en revanche confiance en l’État pour la relance. Sarah Mellouet, économiste, analyse les résultats.

La Fondation Idea publie ce vendredi les résultats de son dernier «Consensus Flash». Cette consultation vise à prendre le pouls des décideurs économiques et politiques au sujet de la conjoncture du pays, notamment pendant cette crise du Covid-19. 118 personnes ont ainsi été interrogées entre le 15 et le 17 juin 2020. Le point sur les résultats avec Sarah Mellouet, économiste à la Fondation.

Dans quel état d’esprit se trouvent les décideurs aujourd’hui?

Sarah Mellouet. – «Ils sont plus pessimistes concernant le PIB et le chômage pour l’année 2020 qu’ils ne l’étaient lors du précédent ‘Consensus Flash’, publié en avril . Entre-temps, le Statec a sorti sa note de conjoncture, avec ses prévisions pour 2020 et 2021.

En moyenne, ils s’attendent à une baisse de 6% du PIB en 2020. C’est équivalent aux prévisions du Statec. Pour l’année 2021, le panel se montre nettement plus pessimiste et table sur une année à +2%. C’est tout de même un petit peu mieux que ce qu’ils avaient pu entrevoir en avril en plein confinement (0%).

Il faut vraiment voir ces deux années comme un bloc. Si, en 2020, on détruit 6%, et qu’en 2021, on crée 2% de PIB, ça veut quand même dire qu’entre les deux années, on a perdu 4% de croissance.

C’est un panel qui est réaliste par rapport à toutes les données qui sont sorties de la part des instituts statistiques nationaux. Il est éclairé, au fait de la situation, avec quand même un certain pessimisme pour 2021, qui ne se traduit pas dans les prévisions des instituts publics.

Sur le volet du chômage, notre panel estime un taux de 7,1% en 2020, là où le Statec parle de 6,7%. Ils prévoient une très légère baisse en 2021, pour un taux de chômage à 6,9%, là où le Statec voit une hausse pour un taux qui s’établirait à 7,3%.

Quelles sont leurs préoccupations principales?

«Beaucoup émettent une forte incertitude sur l’occurrence d’une seconde vague, qui pourrait aboutir à un reconfinement. Le message, c’était ‘voilà ce que j’anticipe pour 2020 et 2021 en matière de PIB et de chômage, mais c’est sous condition qu’on n’ait pas à faire face à une deuxième vague’. Ils mettaient beaucoup de précautions.

Que pensent-ils du plan de relance présenté le 20 mai par le gouvernement

«Les panélistes considéraient le plan comme adapté, ils étaient 78% à nous répondre positivement sur les mesures.

Les autorités affichaient quatre objectifs: le maintien de l’emploi, la relance urgente dans les secteurs les plus touchés, l’accélération de la transition vers plus de durabilité, et le soutien au tourisme national. Globalement, les priorités des répondants sont le maintien de l’emploi et la relance des secteurs les plus touchés.

Pour rappel, le plan de stabilisation (25 mars) avait convaincu près de 90% du panel en avril.

Quelles autres mesures suggèrent-ils?

«On a identifié trois piliers: des mesures de nature à renforcer la compétitivité et l’attractivité du Luxembourg, comme la révision de la loi sur les faillites pour améliorer le droit à la seconde chance. Des mesures pour relancer la consommation et l’investissement, pour les ménages et les entreprises (baisse de la TVA, des impôts directs, etc.). Et de nouvelles aides directes remboursables, telles que celles qui ont pu être introduites aux mois de mars et d’avril.

Vous les avez aussi interrogés sur la proposition de relance européenne?

«Nous les avons interrogés sur l’un des instruments de ce plan qui a fait grand bruit, celui de l’emprunt par la Commission sur les marchés pour l’ensemble des États. Une écrasante majorité (presque 90%) de panélistes se disent très satisfaits de cette proposition.

Quelle conclusion principale tirez-vous de l’étude?

«On constate une grande confiance dans les autorités publiques pour mener à bien la relance.»