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Inspiration italienne

Le CovidCheck en entreprise divise



Obligatoire ou non, tests financés par le salarié ou l’employeur: différentes visions autour du CovidCheck en entreprise luxembourgeoise. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Obligatoire ou non, tests financés par le salarié ou l’employeur: différentes visions autour du CovidCheck en entreprise luxembourgeoise. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Le patronat luxembourgeois réitère son idée de CovidCheck en entreprise, alors que l’Italie va le rendre obligatoire pour tous les salariés dès le 15 octobre. Les syndicats n’y adhèrent pas et soulèvent des difficultés de mise en pratique.

Dès le 15 octobre, les Italiens ne pourront plus se rendre au travail sans avoir été testés, guéris ou vaccinés contre le Covid-19. Le pays prévoit de rendre le pass sanitaire obligatoire en entreprise. Une idée qui plaît au patronat luxembourgeois.

«Nous avions déjà lancé une réflexion sur un CovidCheck simplifié en entreprise», rappelle Jean-Paul Olinger, directeur de l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL). Pour l’instant, son application dans les entreprises au Grand-Duché n’est pas clarifiée, l’employeur ne pouvant cependant pas demander et stocker de données de santé à ses salariés.

Sanctions, financement: des points à trancher

«Si l’employeur doit assurer la santé et la sécurité de ses salariés, clients, fournisseurs, alors il faut lui donner les moyens», pointe du doigt Jean-Paul Olinger. Des mesures de protection existent déjà: distanciation, gestes barrières… «Ces règles ont été mises en place au moment où les vaccins n’étaient pas disponibles.» Pour lui, le CovidCheck en entreprise permettrait un «retour à la normale», pour «réconcilier santé publique et libertés individuelles».

Le modèle qu’il envisage serait facultatif, contrairement à celui de l’Italie. Comme les restaurants, les entreprises pourraient décider de passer en régime CovidCheck ou non. Mais une fois le certificat Covid obligatoire, il le serait pour tous les salariés. Concernant le financement des tests, pour ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent pas se faire vacciner, «il faudrait voir», dit-il. «Mais pourquoi la société devrait-elle financer les tests à long terme, alors que c’est un choix des gens?»

Et si un salarié non vacciné refuse de payer régulièrement pour se faire tester? Jean-Paul Olinger se réfère aux «autres pays». En France par exemple, les employés dans des secteurs où le pass sanitaire est obligatoire risquent de perdre leur emploi en cas de refus. Même si le directeur de l’UEL estime que «ce n’est peut-être même pas une question, les gens demandent un retour aux libertés». Pour les modalités pratiques (contrôle du CovidCheck, fréquence…), il faudrait se «fier aux recommandations de la Direction de la santé», imagine-t-il.

Une autre vision du CovidCheck en entreprise

Le président de la Fédération des artisans (FDA), Ernest Pirsch, se dit aussi pour un CovidCheck en entreprise. Un moyen de «protéger les salariés et les clients» tout en simplifiant l’organisation. «C’est compliqué quand on travaille en équipe, les ouvriers d’un chantier sont dans le camion ensemble», illustre-t-il. La Direction de la santé demande toujours de «privilégier les modes de transport individuel» et de «multiplier le nombre de camionnettes» dans ses recommandations du 15 septembre 2021 au secteur de la construction.

Ernest Pirsch ne voit pas d’inconvénient à ce que les entreprises financent les tests pour les salariés non vaccinés. «Ce sera moins cher» que ce que coûtent les mesures sanitaires actuelles selon lui. Il préfère, de son côté, un modèle obligatoire dans toutes les entreprises, rappelant que sur les chantiers, différentes sociétés travaillent ensemble.

Une demande non justifiée

Du côté des syndicats, «nous sommes favorables à la vaccination, mais sur une base volontaire. Nous sommes contre une obligation de vaccin en entreprise et contre un CovidCheck obligatoire, qui reviendrait à la même chose et où il n’y aurait pas de protection des données médicales», déclare Frédéric Krier, membre du bureau exécutif de l’OGBL.

Christophe Knebeler, responsable de la politique sociale au LCGB, partage cet avis s’il s’agit d’un moyen de contraindre à la vaccination. Il n’est cependant «pas totalement contre» si on peut «lui expliquer le bien-fondé» d’un point de vue sanitaire, «comme à l’hôpital, où se trouvent des personnes vulnérables». Il pose alors plusieurs questions sur sa mise en œuvre. «Par exemple, un salarié qui quitte plusieurs fois le bureau dans la journée devra-t-il présenter son justificatif à chaque fois? Cela risque de lui compliquer la vie.» Si le sujet doit venir sur la table, «il faudra une discussion tripartite», insiste-t-il.

Nous sommes contre une obligation de vaccin en entreprise et contre un CovidCheck obligatoire, qui reviendrait à la même chose.

Frédéric Krier,  membre du bureau exécutif,  OGBL

Du modèle italien au modèle danois

Les cartes sont entre les mains du gouvernement, qui prône pour l’instant une vaccination volontaire. Tout comme les 7.417 personnes qui ont signé une pétition contre le vaccin obligatoire au Luxembourg .

«Ce sera une décision sanitaire et politique», note Jean-Paul Olinger. Il relativise: «Si les chiffres sont très bas et qu’une quatrième vague n’arrive pas, peut-être qu’une autre solution serait celle du Danemark , qui a levé toutes les restrictions», après avoir atteint un taux de vaccination de 73%.

Le ministère de la Santé n’a pas pu fournir à Paperjam la part de vaccinés parmi la population active. 72,9% de la population totale aurait en tout cas un schéma vaccinal complet d’après le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).