ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Bilan et perspectives

Le Covid-19, un révélateur de l’ambition de l’ICT



De gauche à droite: Gérard Hoffmann (président honoraire), Yves Reding (vice-président), Vincent Lekens (président) et Marc Hemmerling (vice-président et secrétaire général). (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

De gauche à droite: Gérard Hoffmann (président honoraire), Yves Reding (vice-président), Vincent Lekens (président) et Marc Hemmerling (vice-président et secrétaire général). (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

Le confinement a rappelé l’importance de l’ICT pour assurer la continuité de l’économie. Une phase qui a aussi poussé entreprises et pouvoirs publics à faire preuve d’agilité. Pour ICT Luxembourg, cette capacité d’adaptation doit être mise au profit d’une ambition: faire du pays une des e-capitales européennes.

«Nous pouvons être fiers de ce qui a été fait par le passé, et qui nous a permis d’affronter le cap de la crise sans problème majeur.» Yves Reding , CEO d’EBRC et vice-président d’ICT Luxembourg, résume l’état d’esprit du bureau de l’alliance d’acteurs et d’utilisateurs du digital.

«Si cette crise avait frappé nos sociétés il y a à peine 10 ou 15 ans – à une époque où l’ICT était bien moins disponible et mature –, l’économie aurait largement et durement été mise à l’arrêt. La gestion de crise se serait alors révélée davantage complexe, lourde, et surtout trop lente pour réagir à l’évolution de la pandémie», résume ICT Luxembourg dans son «ambition paper».

Les infrastructures ICT dans lesquelles le pays a investi depuis une dizaine d’années ont donc répondu présentes lorsqu’il a fallu gérer une demande grandissante de la part des utilisateurs, mue par la mise en place du télétravail à l’échelle des principaux pans de l’économie, dont la place financière.

La période actuelle coïncide traditionnellement avec la remise au gouvernement d’une vision stratégique et d’une série de recommandations pour le secteur. Covid-19 oblige, ICT Luxembourg (fondée en 2010) s’est donc essayée à un inventaire et à une vue prospective sur base des leçons livrées par le vécu d’une situation inédite.

«La stratégie du Luxembourg a payé, à savoir investir à long terme dans les infrastructures, tant à l’initiative des acteurs étatiques que des acteurs privés», résume Gérard Hoffmann , président honoraire d’ICT Luxembourg et CEO de Proximus Luxembourg. Mais il prévient: «Certains investissements à venir ne doivent pas être retardés en raison du Covid-19, car ils nous serviront dans la prochaine crise.»

«La stratégie du Luxembourg a payé, à savoir investir à long terme dans les infrastructures, tant à l’initiative des acteurs étatiques que des acteurs privés», résume Gérard Hoffmann, président honoraire d’ICT Luxembourg et CEO de Proximus Luxembourg. (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

«La stratégie du Luxembourg a payé, à savoir investir à long terme dans les infrastructures, tant à l’initiative des acteurs étatiques que des acteurs privés», résume Gérard Hoffmann, président honoraire d’ICT Luxembourg et CEO de Proximus Luxembourg. (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

Outre le maintien du calendrier du déploiement de la 5G, par exemple, ICT Luxembourg demande avant tout de poursuivre avec l’état d’esprit observé durant la crise dans le secteur privé, mais aussi du côté de l’État: une capacité de réaction rapide, une volonté d’innover et d’expérimenter, ainsi qu’une mobilisation nationale.

«Beaucoup de choses qui n’étaient pas possibles, dont certaines de nos propositions, se sont révélées réalisables en l’espace d’un week-end», note Vincent Lekens, président d’ICT Luxembourg et COO & head of business development de X-Cite.

«On peut parler d’un changement de culture parmi les banques, qui ont montré qu’elles étaient à même de déployer rapidement le télétravail, grâce aux bonnes infrastructures et à l’obligation de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) de mettre en place des business continuity plans (BCP)», résume Marc Hemmerling , vice-président et secrétaire général d’ICT Luxembourg et general counsel Digital Banking, Fintech and Payments à l’ABBL. «Nous devons voir quels sont les bénéfices retirés de cette expérience et comment les maintenir dans une organisation ‘à la normale’.»

D’autres virus à éviter

Mais les responsables d’ICT Luxembourg se projettent déjà dans un futur qui serait marqué par d’autres crises de différentes natures, dont le risque de virus informatiques toujours plus nuisibles.

Deux éléments sont ainsi placés en haut de l’agenda: la mise en place d’un cloud public au Luxembourg, et d’une infrastructure nationale en matière de cybersécurité. Deux projets ambitieux, mais qui permettraient de mettre (à nouveau) le Luxembourg sur la carte.

«Nous avons proposé plusieurs fois que le Luxembourg devienne un leader en Europe en tant que centre de compétences dans la cybersécurité», ajoute Vincent Lekens. «Nous avons les infrastructures et les compétences pour réaliser cette vision.»

«Le pays est crédible, car il est perçu comme étant sûr», ajoute Yves Reding. «Le Luxembourg est aussi neutre et a le potentiel pour devenir, discrètement, une vraie capitale de l’ICT en Europe.»

Un écosystème à renforcer, une résilience à éprouver, des informations à échanger davantage entre les acteurs… les chantiers ne manquent pas, mais ils pourraient permettre au pays de décrocher une sorte de «triple A» dans la cybersécurité.

Google, une pièce maîtresse

Un maillon important dans cette démarche se trouve pourtant ballotté au gré de l’actualité politique: le projet de mega data center de Google qui n’en finit plus de faire couler de l’encre.

«Il est déplorable que le dossier prenne un tournant négatif», note Gérard Hoffmann. «Or, il s’agit d’une infrastructure qui, en matière de consommation de ressources naturelles, est à l’avant-garde. Il est important de compter sur la présence d’un de ces acteurs de ce secteur au Luxembourg, dans l’optique de disposer d’un cloud souverain. J’ajoute qu’une telle infrastructure signifie un besoin en termes de compétences et génère à son tour un écosystème autour d’ingénieurs de haut niveau, de l’intelligence artificielle… La tendance vers le cloud entraîne le besoin pour les grands acteurs d’investir dans des sites supplémentaires.»

La revanche de l’Europe?

En attendant le dénouement de ce dossier stratégique qui est apparu sur la place publique il y a bientôt trois ans , les responsables d’ICT Luxembourg suivent par ailleurs les ambitions de la Commission européenne von der Leyen dans le digital. Entre les deux puissances dominantes – américaine et chinoise –, l’Europe proposera-t-elle une troisième voie bâtie autour de la protection des données et d’une collaboration industrielle ouverte?

«Nous devons avoir une industrie ICT européenne qui est capable de créer au moins une partie des équipements nécessaires, par exemple, au développement de l’IoT», estime Marc Hemmerling, qui insiste également sur l’importance de la mise en place du cadre réglementaire de la data economy.

À l’intersection de ces chemins, le projet franco-allemand pour une infrastructure européenne de données baptisé Gaia-X est aussi salué au Grand-Duché. Il connaîtra une nouvelle mise au point ce jeudi à la faveur d’une rencontre entre le ministre fédéraI allemand de l’Économie et de l’Énergie Peter Altmaier et le ministre français de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire.

Le moment serait au dialogue à tous les échelons. Pourvu qu’il débouche sur des ambitions à long terme jalonnées de concrétisations pragmatiques. Pour ne pas être pris au dépourvu lors de la prochaine crise.

ICT Luxembourg rassemble l’ABBL, l’APDL , l’Alfi, l’Apsi, Cloud Community Europe-Luxembourg, le Clusil, Fedil ICT, la Fédération des intégrateurs, Finance & Technology Luxembourg, Lëtzblock, et l’Opal.

Les priorités d’ICT Luxembourg

Communiqué par ICT Luxembourg:

La disruption, sur laquelle toute la concentration a été portée en urgence, ne doit pas sous-estimer les besoins énormes en faveur de la sécurité dans le cyber. Le combat qui a lieu sur ce terrain depuis des années devra être largement soutenu à l’avenir. La gestion de la crise ne peut détourner l’attention de la fiabilité et la disponibilité des services ICT: au contraire, il doit s’agir d’un enjeu prioritaire. La crise a démontré que l’ICT est systémique pour notre société. Dès lors, les enjeux de sécurité doivent être mieux encore coordonnés à un échelon global et national, pour tous les secteurs publics et privés. Le gouvernement devra mettre en place ou renforcer les stratégies, les structures et les moyens pour la cyberdéfense. Cette impulsion centrale est indispensable au regard des enjeux qui concernent toutes les composantes de la nation.

Avec son classement à la sixième marche du Desi (Digital Economy and Society Index, EU, 2019), le Luxembourg a en main de nombreuses cartes pour continuer à se réaliser dans le digital de crise. La détermination dans la réussite de toute la population, de tous les décideurs et de toutes les entreprises offrira le meilleur cadre de résilience ICT. La crise a permis aux différents acteurs d’acquérir de nouvelles compétences: télétravail, téléconferencing, travail collaboratif… ICT Luxembourg recommande de profiter de ce moment et de l’élan pour établir le nouveau standard de travail avec ces outils et principes comme étant ceux du quotidien. Formons la nation à ces nouvelles lignes de force et à la cybersécurité dans cette nouvelle réalité. Pour bon nombre d’observateurs, l’expérience qui s’est imposée sur le travail à distance a ouvert de nouvelles possibilités. Le télétravail, indépendamment des secteurs, devra être encadré dans la durée. Mis en place dans l’urgence, le travail à distance devra faire partie de la nouvelle équation sociétale. Il faudra donc mettre en place le cadre nécessaire pour pérenniser le télétravail pour les résidents et les frontaliers, en ce compris dans sa sécurité sociétale et fiscale. Les membres d’ICT Luxembourg agiront à travers l’UEL pour traiter ces points avec les autorités. Pour les aspects technologiques, et surtout les enjeux de sécurité, ICT Luxembourg supportera et se propose de coordonner les initiatives qui verront certainement le jour.

En matière d’e-administration, l’administration électronique, la crise a permis de briser les résistances de longue date pour réaliser des services électroniques en un temps record et de manière spectaculaire: des consultations médicales électroniques à la gestion de multiples nouvelles demandes par les e-guichets. Les initiatives e-Government en général doivent être amplifiées pour une administration plus simple, plus transparente, plus efficace. Les enjeux de santé en particulier ne peuvent plus être figés par des processus du passé.

L’e-santé doit devenir la nouvelle norme et soutenir l’intégralité des parcours de soins, mais également toutes les démarches administratives liées. La vitesse du papier ne peut plus être en phase avec les nouvelles réalités sanitaires. Seul le digital peut permettre d’alléger la charge en santé et libérer tous les acteurs impliqués à la faveur des patients et des personnels soignants. Dans bon nombre d’autres pans de l’administration publique, les stratégies «digital first» doivent être soutenues. L’automatisation des processus, l’intelligence artificielle... sont autant d’opportunités à déployer dans une chaîne administrative. Les citoyens et les entreprises sont prêts, et l’administration publique est l’ambassadeur idéal pour porter ces changements.

L’enseignement a subi également un choc violent par sa mise à l’arrêt, imposée par la situation de crise. Heureusement, les structures, les enseignants, les étudiants et les familles ont fait preuve d’imagination pour poursuivre la mission d’enseignement. Les classes, désormais virtuelles et présentielles, doivent être coordonnées. Les solutions mises en place pour soutenir les étudiants et élèves n’avaient jamais été testées auparavant, et les défis relevés en urgence doivent être revus avec sérénité. Grâce à la crise, l’enseignement se trouve catapulté à l’avant-garde de l’utilisation des technologies du 21e siècle et a le potentiel de rattraper presque instantanément le retard notoire que d’aucuns lui reprochent depuis des années. C’est un défi énorme qu’ICT Luxembourg supportera avec énergie.

Comme déjà évoqué, la formation digitale comme base à ces nouveaux modes de fonctionnement sera indispensable. Pour ICT Luxembourg, c’est le chapitre le plus difficile. Comment faciliter ce saut quantique en compétences à grande échelle sans oublier les plus faibles? Nous invitons les acteurs à réinventer tant les contenus que les approches d’apprentissage pour la formation des professionnels. Le moment est idéal pour réformer ce sujet. La technologie est désormais notre quotidien. Finalement, une formation au digital tout au long de la vie de tout citoyen (enfants, élèves, travailleurs et retraités) sera un must et un atout pour la société et l’économie de demain.

Permettre aux entreprises de déduire l’intégralité des frais liés à ces apprentissages bénéficiera à l’ensemble de la nation. ICT Luxembourg plaide en faveur de la fin des critères d’exclusion de certains publics aux mesures d’accompagnement à l’apprentissage continu; principalement au regard des nouvelles technologies. Ces apprentissages doivent être pour tous, inscrits comme faisant partie de la nouvelle ligne de base professionnelle et au-delà. ICT Luxembourg s’inscrira dans un effort national de transformation des compétences, en symbiose avec les autorités responsables.

L’adaptation face à l’adversité est la nouvelle norme. La résilience «opérationnelle» qui permet de garantir une disponibilité à 100% est évidemment une condition sine qua non de l’avenir des nouveaux processus digitaux, auxquels la sécurité donnera la confiance demandée par les usagers. Dans un monde de l’instantanéité, il faudra compter sur les systèmes basés sur l’intelligence artificielle durable et éthique pour soutenir les activités comme le screening de tentatives de fraude ou de blanchiment d’argent, etc., et qui permettent de cantonner les risques dans les cadres réglementaires donnés. La résilience «cyber» devra garantir que le nouveau monde étendu soit capable d’absorber les chocs permanents dans le digital.

La crise sanitaire a bien démontré la résilience «géopolitique» nécessaire dans les secteurs critiques. L’ICT fait évidemment partie de ces secteurs critiques. Si, à ce stade, le Luxembourg et l’Europe n’ont pas connu de problème, il faut veiller à ce que l’UE, ses économies et ses États membres aient accès sans barrière aux solutions ICT requises. Traités et accords garantiront la continuité des relations avec les pays fournisseurs de solutions et de supports stratégiques pour l’industrie ICT européenne (équipements, applications, réseaux...).

L’innovation reste la toile de fond du succès économique. Les start-up ne devront pas être les entreprises tombées au champ de la crise. Leur contexte fragile mérite une attention particulière pour qu’elles continuent à alimenter le futur de notre économie et de notre secteur. Le digital est très souvent alimenté par ces jeunes pousses.

Les réalités de terrain se sont montrées aussi sensibles à la globalisation pour le secteur numérique, dominé par des fournisseurs internationaux. Durcie par la crise, ICT Luxembourg constitue un point focal du secteur. L’ICT luxembourgeois, courroie de transmission vers ces technologies, devra disposer d’un élan pour faire aboutir une stratégie digitale nationale qui s’intègre dans une stratégie européenne ambitieuse. La place de l’ICT luxembourgeois et européen se construit maintenant, alors que l’Union européenne et l’ordre mondial se réinventent.