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Covid-19 et conséquences pour l’investissement ESG



Closeup of a young man in an office holding a briefcase and a surgical mask in his hand (Photo: Lyxor ETF)

Closeup of a young man in an office holding a briefcase and a surgical mask in his hand (Photo: Lyxor ETF)

L’investissement ESG a fait preuve de résilience durant la période de forte volatilité des actions en mars, démontrant l’engagement à long terme pour les expositions durables. Florent Deixonne, Head of Sustainable & Responsible Investments chez Lyxor Asset Management, vous propose son analyse.

Quel impact global la crise du coronavirus va-t-elle avoir sur les investissements ESG?

S’il est trop tôt pour définir avec certitude de quelle manière le COVID-19 va influencer le marché ESG, nous pensons que cette crise pourrait être le vecteur d’une nouvelle phase de croissance.

Premièrement, la crise a véritablement focalisé les esprits sur la qualité de la gestion des entreprises, de leur planification de crise à la résilience de leurs sources de revenus. Les investisseurs (et les autres) sont désormais de plus en plus nombreux à questionner la durabilité des modèles d’affaires et la corrélation entre une meilleure gouvernance et la performance à long terme.

Alors que l’économie mondiale s’oriente vers la reprise, nous pensons que le «S», qui correspond à l’aspect social du concept «ESG», pourrait occuper le devant de la scène, la priorité étant de créer un modèle plus durable pour le monde de demain. À cette occasion, la pression va peut-être s’accroître sur les émetteurs et les gouvernements dont la gestion de la crise a laissé à désirer, et les investissements s’orienteront sans doute davantage vers ceux qui ont réussi à maîtriser la situation.

C'est ce que nous constatons déjà au niveau des flux de capitaux. Les fonds ESG européens se sont remarquablement bien comportés au cours de la crise. Si, en mars, les investisseurs ont réduit en urgence leur exposition en actions, ils ont surtout vendu d’importants volumes de fonds indiciels généraux traditionnels (qui sont habituellement pondérés selon la capitalisation boursière et non selon les notations ESG), tout en maintenant, voire en renforçant leur allocation ESG. Une ligne de conduite judicieuse dès lors que les allocations ESG constituent généralement des poches plus stables que les autres expositions aux actions au sein des portefeuilles, ce qui s’inscrit dans la logique à long terme de l’investissement durable.

Nouveaux actifs nets cumulés depuis le début de l’année (YTD) dans les ETF ESG et non ESG en Europe (Mio€)

Nouveaux actifs nets cumulés depuis le début de l’année (YTD) dans les ETF ESG et non ESG en Europe (Mio€) Lyxor International Asset Management, au 16/07/2020.

Nouveaux actifs nets cumulés depuis le début de l’année (YTD) dans les ETF ESG et non ESG en Europe (Mio€) Lyxor International Asset Management, au 16/07/2020.

Enfin, certains investisseurs avaient peut-être décidé d’augmenter leur allocation ESG, mais ont mis leurs projets en attente. Dans ce cas, compte tenu des sorties de capitaux récentes, ils disposeront sans doute de réserves plus volumineuses à redéployer au cours des mois et années à venir. Avec tous ces événements, les investisseurs vont peut-être adopter une nouvelle perspective concernant certains risques d’investissement auxquels les fonds ESG cherchent à répondre. Selon nous, cette approche pourrait mener à une réallocation à long terme du capital susceptible de soutenir la croissance du marché ESG.

Le COVID-19 va-t-il modifier la hiérarchie dans l’intérêt porté à chacun des trois piliers ESG?

Très probablement. Le COVID-19 a déjà constitué un test de résistance sans précédent pour la responsabilité sociale des entreprises. J’ai déjà mentionné précédemment la nouvelle priorité accordée au «S» du concept «ESG»: par là, j’entends la «chaîne de valeur sociale», qui s’étend de la protection des employés à l’assistance client, à la gestion de la chaîne logistique et aux questions liées à la protection des données personnelles.

L’importance accrue accordée à cette problématique est déjà visible dans la multiplication des controverses d’ordre social liées au COVID-19 qui ont nui à la performance de certaines entreprises et à leur réputation. Combien de fois n’avons-nous pas entendu parler d’un manque d’équipements de protection pour le personnel de certains secteurs, de politiques ou de procédures lacunaires en matière de protection des consommateurs, d’informations fausses ou trompeuses sur la pandémie, de questions liées à la gestion des données et au droit au respect de la vie privée, etc.

Plusieurs initiatives à orientation sociale ont vu le jour depuis le début de la crise, comme la déclaration des investisseurs de Domini Impact Investments, de l’Interfaith Center on Corporate Responsibility et de l’Office of the New York City Comptroller.1 Cette lettre, qui exhorte les entreprises à offrir des jours de congé à leurs employés, à adopter des mesures d’hygiène et de sécurité au travail et à protéger les emplois, a été approuvée par des investisseurs représentant plus de 9.200 milliards de dollars US d’actifs sous gestion.1 L’initiative PRI (Principes pour l’investissement responsable) de l’ONU a organisé un atelier spécial avec les investisseurs.2 La European Leverage Finance Association (ELFA) a publié un ensemble de bonnes pratiques en matière d’établissement de rapports afin d’appuyer les discussions entre investisseurs et directions des entreprises au cours de cette période.3 Ce genre d’initiatives devrait selon nous se poursuivre.

Quels sont les principaux enjeux de l’investissement socialement responsable?

Le premier enjeu pour parvenir à un investissement véritablement responsable d’un point de vue social est de pouvoir disposer de données climatiques et ESG de qualité. Chez Lyxor, nous avons établi des partenariats avec certains des fournisseurs de données les plus à la pointe dans ce domaine (par exemple, MSCI, la Climate Bonds Initiative, Sustainalytics) et nous nous targuons d’avoir en notre sein des équipes disposant d’une excellente expérience dans l’ingénierie financière et capables de faire un travail formidable avec les données issues de ces partenariats. C’est pourquoi nous sommes en mesure de créer des systèmes d’avant-garde aidant les investisseurs à évaluer l’impact de leurs portefeuilles en ce qui concerne les risques climatiques et ESG.

Mis à part les données, le deuxième enjeu de taille, notamment eu égard aux nouvelles réglementations européennes,4 sera la publication à partir de 2020 par les entreprises du secteur d’informations sur la «température des portefeuilles». Il sera bientôt possible de calculer des scénarios de hausse des températures implicites pour la totalité des principaux indices boursiers de référence (comme le CAC 40, l’Euro Stoxx 50, le S&P 500, le MSCI Europe, etc.) et de constater immédiatement si un portefeuille ou un indice est conforme (ou non) avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat.5

Même si la méthodologie sous-tendant cette question est très complexe sur le plan théorique, en pratique, associer un thermomètre à un portefeuille d’investissement est un concept d’une simplicité puissante, susceptible d’être compris par tous, partout à travers le monde et qui, selon nous, devrait devenir de facto un repère très utile pour les investisseurs de demain.

La mauvaise surprise qui attend les acteurs du marché cela dit est que la totalité des principaux indices de référence boursiers sont actuellement associés à des scénarios de hausse des températures de l’ordre de 4 à 5 degrés, ce qui, selon toutes les données scientifiques, augure des perspectives catastrophiques. La température d’un portefeuille constituera une donnée de première importance lors de l’orientation des portefeuilles vers la décarbonisation, qui d’après nous représente pour un opérateur financier la stratégie la plus efficace pour gérer les risques liés à la transition ainsi qu’une stratégie d’investissement judicieuse pour optimiser la rentabilité du portefeuille à moyen terme, à un niveau de risque donné.

Quels sont les avantages d’une approche passive pour les investisseurs ESG?

Adopter une approche passive en matière d’ESG présente de nombreux avantages. Le premier, que j’ai évoqué un peu plus tôt, est que l’amélioration de la qualité des données rend possible la création d’indices reflétant toutes sortes de politiques climatiques et ESG, ainsi que leur mise à la disposition des investisseurs pour un coût minime. Parmi les innovations dans ce domaine, citons les filtres de sélection qui écartent, par exemple, les entreprises qui consomment ou extraient des quantités élevées de charbon thermique. Ces approches appliquent des valeurs spécifiques telles que l’égalité des sexes ou la sélection des actions selon l’intensité carbone ou encore la compatibilité avec les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies.

Dans l’ensemble, des données plus fines se traduisent par des indices de meilleure qualité et une augmentation des solutions d’investissement indicielles transparentes, bon marché et basées sur des règles – autant d’éléments importants que les investisseurs cherchant à générer une performance durable sur le long terme doivent prendre en compte.

Deuxième avantage, la transparence extrême des véhicules passifs. En ce qui nous concerne, nous mettons à disposition des investisseurs la méthode propriétaire d’analyse ESG et de l’empreinte carbone que nous utilisons pour nos ETF, ce qui leur permet de surveiller et de mesurer l’empreinte carbone de leur portefeuille. Nous pouvons communiquer la ventilation des notes ESG attribuées aux entreprises, ainsi que la tendance positive ou négative de ces dernières, la nature de l’activité des entreprises, l’exposition du portefeuille aux controverses ESG, aux controverses par rapport au Pacte mondial de l’ONU et aux risques de transition, la gestion du risque carbone, l’exposition aux émetteurs proposant des solutions environnementales et la part du chiffre d’affaires consacrée aux solutions environnementales contribuant à la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. 

Toutes ces informations sont facilement accessibles depuis les pages produits de notre site Internet public. Par conséquent, toute personne qui investit dans nos ETF dispose de ces informations essentielles à portée de clavier. Par ailleurs, nos ETF et fonds indiciels privilégient les actifs cotés en bourse par rapport aux actifs non cotés et, dans la mesure où les actifs cotés en bourse sont plus liquides que les actifs non cotés, un investisseur indiciel peut mobiliser des montants de capital plus élevés et s’employer à ce qu’ils atteignent ses objectifs.

Enfin, les bons gérants passifs peuvent vraiment jouer un rôle actif et établir des politiques de vote de la même manière qu’un gérant actif. Ces politiques et les historiques de vote sont publics, et le gérant doit rendre des comptes aux investisseurs de nos fonds. Dans notre cas, la politique d’engagement actionnarial de Lyxor implique un dialogue direct avec les entreprises afin de leur faire connaître nos attentes, par exemple en matière de gouvernance. Ces décisions montrent que l’investissement indiciel peut tout à fait encourager des pratiques durables au sein des entreprises, pour autant que cet investissement soit réalisé auprès d’un gérant passif «actif» et responsable.

Comment voyez-vous les ETF ESG dans cinq ans?

D’après nous, l’allocation aux ETF ESG n’est pas une tendance, mais une réelle mutation. La seule question qui se pose pour nous est de connaître la vitesse à laquelle cette mutation va s’opérer. En Europe, les ETF ESG représentent toujours moins de 5% des actifs totaux, même s’ils comptaient pour près de 17% des flux nets l’an dernier.6 Jusqu’à maintenant, l’année 2020 a été beaucoup plus volatile, mais le segment ESG reste le seul segment des actions qui enregistre une collecte nette, et représente plus de 20% de l’ensemble des flux de capitaux à destination du revenu fixe.

En mars, au plus fort de la crise du COVID-19, les ETF ESG ont fait preuve d’une résilience extraordinaire, n’accusant aucun signe de faiblesse alors même que le marché mondial s’effondrait. Globalement, la crise a validé la décision des investisseurs de se tourner vers l’ESG, la plupart des ETF ESG ayant affiché une surperformance significative au cours de la période.6 Cette surperformance pourrait attirer de nouveaux investisseurs, ce qui, selon nous, devrait accélérer cette mutation. 

Dans les prochaines années, plusieurs facteurs pourraient favoriser une réorientation massive vers les ETF ESG. Premièrement, la conviction grandissante que l’approche indicielle n’est pas seulement compatible avec l’investissement durable, mais qu’elle pourrait même être parfaitement adaptée. Deuxièmement, la grande variété des indices couvrant toutes les philosophies d’investissement et tous les niveaux d’intensité ESG en ce qui concerne les objectifs de diversification et d’écarts de suivi. Enfin, l’émergence de nouveaux segments tels que les ETF Transition climatique, dont l’utilité sera mise en évidence par la réglementation européenne à venir sur les indices climatiques.4 

Si l’on prend en compte tous ces aspects, les ETF ESG devraient selon nous s’approcher d’au moins 20% des actifs totaux d’ici cinq ans, soit plus de quatre fois ce qu’ils représentent aujourd’hui. Sans oublier que les ETF présentent un risque de perte en capital.

Si vous êtes un investisseur professionnel et souhaitez en savoir plus sur la gamme de Lyxor ETF dans ce domaine, nous vous invitons à visiter  notre site internet

1 https://www.iccr.org/investor-statement-coronavirus-response

2 https://www.unpri.org/covid-19

3 https://elfainvestors.com/resources/Documents/ELFA%20COVID-19%20Reporting%20Best%20Practice%20Guide.pdf

4 https://ec.europa.eu/info/publications/sustainable-financeteg-climate-benchmarks-and-disclosures_en

5 https://unfccc.int/process-and-meetings/the-parisagreement/the-paris-agreement

6 Source: Lyxor International Asset Management. Données au 25/05/2020. En 2019, les flux de capitaux dans les ETF ESG ont atteint 17 milliards d’euros et les actifs sous gestion, 102 milliards d’euros. Les performances passées ne constituent pas un indicateur fiable des résultats futurs.